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Le boycott du Parti Populaire par des médias aux ordres se fissure. Face à la marée populiste (définition : défense du peuple), des journalistes lucides et attachés à l’honneur de leur profession, publient des articles, où la parole est enfin donnée à Mischaël Modrikamen. Nous reproduisons ci-dessous intégralité de l’article paru sur le site 7sur7 (les photos insérées l’ont été par la rédaction du Peuple).

ELECTIONS 2019 En vue des élections du 26 mai, 7sur7 a choisi de mettre le focus sur le scrutin fédéral en interrogeant les présidents des huit principaux partis francophones. Nous leur avons demandé de choisir sept mesures phare de leur programme et nous vous les expliquons ici afin de vous aider à faire au mieux votre choix. C’est Mischaël Modrikamen, président du Parti Populaire, qui ouvre le bal.

Le scrutin du 26 mai prochain marquera sans doute un moment-clé pour le Parti Populaire, qui peine toujours à décoller dans les sondages. Malgré l’ostracisme médiatique dont il se dit victime (N.D.L.R. le PP est privé d’antenne à la RTBF et à RTL), Mischaël Modrikamen est toujours déterminé. Déterminé à provoquer une rupture et faire trembler ces élites qu’il exècre. Porté par la vague populiste qui déferle un peu partout en Europe, le président du PP espère une belle progression pour son parti, à l’image de Salvini en Italie, de Thierry Baudet aux Pays-Bas ou Bolsonaro au Brésil. Il reste toutefois réaliste. Entretien.


Yasmine Dehaene-Modrikamen, l’épouse de Mischaël Modrikamen, sera tête de liste pour le PP à l’Europe. « Yasmine est l’un des moteurs de notre mouvement », nous confie le président du PP. © Twitter.

Depuis la fondation de son parti en 2010 (avec Rudy Aernoudt), l’ex-avocat des petits actionnaires durant la saga Fortis en a traversé des épreuves, nous explique-t-il depuis la terrasse de sa résidence de Watermael-Boitsfort. Comme ces perquisitions à répétition (dont l’une dans le cadre d’un dossier de fraude à l’utilisation de subventions européennes). « Je suis attaqué et vilipendé simplement parce que je dis les choses telles qu’elles sont et que je veux apporter une vision nouvelle », peste-t-il, dénonçant sans cesse l’establishment qui « veut empêcher l’émergence » de son parti.

« Un déni de démocratie »
Cette petite « caste politico-médiatique », Modrikamen la méprise au plus profond de lui. Et autant dire que les journalistes belges ne sont pas ses meilleurs amis. « La différence avec la presse internationale est flagrante. J’ai donné des centaines d’interviews à la presse étrangère. Ici, très peu me sollicitent. C’est un déni de démocratie. Ça ne se passe pas en Flandre, ça ne se passe dans aucun autre pays d’Europe », nous glisse-t-il pour dénoncer le manque de pluralisme dans les médias francophones. Avant d’embrayer sur la couverture « hallucinante » d’un grand hebdomadaire belge à l’égard du PP. « Dans cet article, on m’accuse notamment d’être un nabab dans un manoir qui débouche des Saint-Emilion Grand Cru très onéreux. Or, la bouteille dont il est question coûte 8,99 euros au supermarché. Voilà un exemple de désinformation et de mauvaise foi », rétorque-t-il, remonté, presque fataliste, en nous montrant la bouteille de la discorde.

Autre exemple cité par MM pour dénoncer cette pensée unique dans les médias: le Pacte de Marrakech. « Nous sommes le seul parti francophone à avoir voté contre. Croyez-vous qu’un journaliste soit venu nous interroger? », se plaint-il. Sans parler de sa proximité avec Steve Bannon, l’ex-conseiller de Donald Trump à la Maison Blanche, qui ne semblerait pas intéresser outre mesure les journalistes locaux.

« Je ne lâcherai pas »
Bien plus préjudiciable pour lui encore: le « boycott » de la RTBF, qui refuse de l’inviter sur ses antennes depuis 2015. Débouté par le Tribunal de l’entreprise dans le litige qui l’oppose au service public, il poursuivra son « combat pour la liberté d’opinion » en menant une nouvelle action en référé (prévue ce 23 avril). « Je ne lâcherai pas », martèle Modrikamen, qui se sert surtout des réseaux sociaux pour véhiculer ses idées. « Faire de la politique sans avoir accès aux plateaux télé, c’est très compliqué. On me demande de concourir sur un ring de boxe en gardant une main dans le dos ».

« Je ne voudrais pas jouer les Calimero mais le fait qu’il soit très difficile de déstabiliser l’establishment politique, c’est ce qui fait que vous avez les mêmes au pouvoir depuis 40 ans. C’est ce qui fait que vous avez le degré de corruption et de clientélisme que l’on connaît. On est dans l’entre-soi. Tout le système est grippé. Cette absence de renouvellement entraîne ces dérives », prolonge celui qui tirera la liste pour la Chambre dans le Hainaut.

Quel objectif pour le 26 mai?
Si les populismes de droite ont le vent en poupe un peu partout sur le continent européen, le phénomène ne gagne pas la Belgique francophone, qui se tourne de plus en plus vers la gauche si l’on en croit les derniers sondages. Le dernier grand baromètre politique de février prédisait au PP un score de 5,9%, à peu près le même score qu’il avait obtenu en 2014 (5,15%), soit juste au-dessus du seuil électoral. Plein d’espoir mais lucide, Mischaël Modrikamen est conscient qu’il ne fera pas 15% le 26 mai.

« Si tout est mis en œuvre pour empêcher l’éclosion d’un parti comme le mien, c’est parce qu’on sait que mon programme pourrait séduire beaucoup de monde. Si nous jouions à armes égales, je n’aurais aucun doute qu’on serait à 15% ou 20% parce que les Francophones sont en attente d’autre chose. Si l’on obtient 7 ou 8%, on aura bien travaillé », assure le leader populiste, qui voue une admiration à Winston Churchill, ex-homme d’Etat britannique dont un grand portrait orne l’entrée de sa demeure.

Et s’il échoue? « Vous savez, je n’ai pas besoin de la politique pour vivre. J’ai eu une vie avant la politique et j’en aurai une après. Je suis là pour peser ».

« Un peu de cohérence Alain »
Quant à son alliance avortée avec Alain Destexhe, qui a préféré lancer sa propre formation, il regrette de ne pas avoir pu former cette union des droites qu’il appelle de ses voeux. Du coup, il redoute le risque de dispersion des voix à la droite de la droite. « Alain Destexhe trouve le PP trop populiste. Dont acte. C’eut été plus intelligent de faire ensemble 15% que de faire chacun 7 ou 8%. Le poids politique aurait été beaucoup plus important ».

Les 7 propositions/mesures phare du Parti Populaire

1 – LIMITER L’IMMIGRATION NON-EUROPEENNE

Le PP a fait de la réduction de l’immigration (légale et illégale) son cheval de bataille et l’assume. Pour réduire le nombre d’entrées sur le territoire belge, il plaide notamment pour un durcissement du regroupement familial, le principal canal d’immigration légale vers le continent européen. « La Belgique est l’un des pays les plus laxistes en la matière en Europe. Nous voulons durcir les critères, notamment financiers pour freiner le nombre d’arrivées », nous explique Modrikamen. Pour lutter contre l’immigration illégale, le PP plaide pour des push-backs (refoulement des migrants) comme pratiqué par l’Australie, un modèle cité aussi en exemple par Theo Francken.

« La grande majorité sont des migrants économiques. L’immigration nous coûte, net, près de 10 millards par an, selon une étude de l’IDDE (The Institute for Direct Democracy in Europe) », poursuit le président du PP, qui estime qu’on a laissé entrer beaucoup trop de gens. « Ça coûte cher, ça déstabilise notre société, ça provoque du racisme et des conflits autours de valeurs fondamentales », poursuit-il. Le PP peut-il se définir dès lors comme un parti anti-immigration? « Non », nuance-t-il. « Ceux qui viennent ici pour respecter les valeurs du pays d’accueil et pour contribuer à la prospérité du pays sont les bienvenus. Nous ne sommes pas un parti anti-immigration. Nous voulons limiter le nombre de gens qui entrent et plus expulser les indésirables, comme ceux qui abusent de notre système social ».

2 – METTRE FIN AUX RETURNEES ET EXPULSER LES PRECHEURS DE HAINE

S’il reconnaît que Theo Francken a quelque peu mis fin à un certain laxisme, Mischaël Modrikamen veut encore davantage de sévérité. « De nombreux ressortissants reçoivent des ordres de quitter le territoire mais ceux-ci ne sont pas exécutés. La Belgique a l’un des taux d’expulsion effectif parmi les plus faibles de toute l’Europe. Les imams qui véhiculent un discours de haine et ceux qui menacent le vivre ensemble doivent systématiquement être expulsés. Ceux qui ont la double nationalité doivent être déchus de la nationalité belge », prolonge-t-il, tout en précisant que l’islam en tant que tel n’était pas incompatible avec nos modes de vie occidentaux. « Pour autant qu’il soit pratiqué exclusivement dans la sphère privée et qu’il se limite à un rapport à Dieu. Je suis juif et je peux même vous dire que j’ai de la sympathie pour ce type de rapport. Ce qui pose problème, ce sont les revendications communautaristes ».

Quid du retour des djihadistes et de leurs enfants? « Je suis contre leur rapatriement. Pour les enfants en bas âge, on peut éventuellement faire des exceptions pour l’un ou pour l’autre, mais cela ne peut servir de prétexte pour faire revenir le père et ou la mère car ils représentent un danger pour notre société ».

3. Sécurité: la « tolérance zéro »

Pour le PP, le sentiment d’impunité doit disparaître. Il réclame notamment l’exécution de toutes les peines, en ce compris les peines de prison de moins de trois ans. « Il faut faire purger les peines des délinquants étrangers, soit 50% des détenus, dans les pays d’origine. Des accords bilatéraux existent pour cela. Je ne dis pas que c’est forcément simple à faire mais s’il y a la volonté politique, c’est possible », assure Mischaël Modrikamen.

4. Moins d’impôts, plus de pouvoir d’achat

Très libéral sur le plan économique, le PP estime que le travail est surtaxé en Belgique et que d’autres domaines, comme l’immobilier ou la finance, ne le sont pas assez. Il préconise dès lors une remise à plat complète du système actuel en revoyant notamment les tranches d’imposition. En résumé, tout le monde y gagne selon le modèle du PP. « L’impôt sur les bas revenus sera divisé par deux. Celui sur les revenus plus importants, réduit d’un tiers environ », confirme MM, qui veut financer cela par une baisse des dépenses publiques (voir point suivant) et la suppression des niches fiscales. « Il y a une autre mesure de justice fiscale très forte: la globalisation des revenus au même taux. Les revenus du capital et de l’immobilier seront taxés au même taux et tous les avantages fiscaux seront supprimés. De ce point de vue-là, on est plus proche de la gauche. Mais oui, nous considérons que l’impôt sur le travail au-delà de 35% est spoliateur ».

Le PP veut également réduire drastiquement le coût du travail en limitant les cotisations sociales à charge des entreprises à 20%. Les entreprises seront également exemptées de charges sociales sur les 3 premiers travailleurs, ce qui devrait permettre la création de 125.000 emplois selon lui. Quant aux sociétés, elles paieront toutes un impôt de 15%, que ce soit une PME, une multinationale ou une start-up. Toutes les entreprises logées à la même enseigne. Fini les Arcelor, KBC ou Delhaize qui éludent tout à fait ou presque l’impôt. « C’est un projet néo-libéral ça? Ces réformes ne vont pas accroître les inégalités, elles vont les réduire », conclut Modrikamen.

5 – MOINS DE DEPENSES PUBLIQUES

Réduire le train de vie de l’Etat et en finir avec la culture du subside: voilà un autre point au cœur du programme du PP. « On dépense trop et mal et parfois on ne dépense pas assez. Les dépenses liées à la multiplication des institutions en Belgique sont exorbitantes. Nous voulons supprimer le Sénat et les provinces qui ne servent plus à rien mais aussi réduire le nombre de parlementaires et de ministres. Les économies à faire sont gigantesques », détaille Mischaël Modrikamen, qui souhaite également mettre de l’ordre dans les absl, intercommunales et parastataux (organismes semi-publics).

6 – RECOURS AU REFERENDUM

Des mécanismes de démocratie directe, comme le référendum, sont un moyen d’arriver à la bonne gouvernance, selon le Parti Populaire. « Je ne crois pas à tous les mouvements citoyens en dehors de la politique », nous confesse Mischaël Modrikamen. « Tout mouvement citoyen est voué à l’échec en raison du poids des partis structurés. Tous ces mouvements partent en vrille très vite parce qu’ils n’ont pas de colonne vertébrale. Par contre, il faut pouvoir consulter le citoyen sur des grands choix de société, comme le droit de vote aux étrangers, l’euthanasie ou l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Mais aussi au niveau local, pour demander l’avis des citoyens sur les projets pharaoniques de certains élus par exemple. Je pense entre autres à la Gare Calatrava à Mons ».

7 – ABROGATION DU DECRET INSCRIPTION

Le PP dénonce un nivellement par le bas qui est le résultat d’une « idéologie égalitariste depuis 30 ou 40 ans ». Pour Mischaël Modrikamen, qui rappelle que l’enseignement francophone figure parmi les derniers élèves de la classe en Europe, les parents doivent avant tout retrouver leur pleine liberté de choix de l’école. A bas le décret inscription. Comme alternative, il prône l’instauration d’un « chèque éducation », à l’image du modèle néo-zélandais. Le principe est le suivant: les parents reçoivent un bon scolaire de l’Etat qu’ils peuvent utiliser dans l’école de leur choix. « Tout distinction entre école publique et privée sera abolie avec ce système et les écoles bénéficieront d’une totale liberté administrative, pédagogique et de gestion », peut-on lire dans le programme du PP. Pour ses détracteurs, ce modèle aurait pour principal effet de générer une ségrégation sociale accrue.

L’entrée du siège du Parti Populaire, avenue du Houx, à Watermael-Boitsfort. © 7sur7.

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