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Le 10 novembre 1918 (c’était un dimanche), la guerre en était à son 1.560ème jour. Tout le monde attendait la paix, que l’on disait imminente, mais le canon tonnait encore. Depuis le 20 octobre, 8.000 soldats belges étaient morts dans l’opération de « libération du pays », qui avait laissé par ailleurs 22.000 blessés belges sur le carreau. 

Depuis le déclenchement des hostilités, le 4 août 1914, 9 millions de soldats ont été tués, ainsi que 8 millions de civils. Mais en ce 10 novembre, un autre ennemi occupe tous les esprits : la grippe espagnole.

La grippe n’était pas « espagnole »

Une pandémie va faire entre 30.940.000 et 42.880.000 victimes dans le monde. Rien qu’en Europe, on comptera entre 2,3 millions et 2,64 millions de victimes. Mais c’est l’Asie qui paiera le plus lourd bilan : entre 26 et 36 millions de morts.

Signalée pour la première fois au camp Funston (Kansas), le 4 mars 1918, elle débarqua chez nous en avril de la même année et fit des ravages.

On appela cette grippe « espagnole », car un journal de Madrid fut le premier à en parler. L’Espagne était un pays neutre, alors que la censure régnait dans tous les pays belligérants. C’est un journaliste français qui parla de la grippe « venue d’Espagne » que le reste de la presse interpréta comme « la grippe espagnole ».

Cent ans plus tard, les spécialistes se divisent encore sur l’origine et la nature de cette épidémie fatale.

Les oubliés de la guerre

Dans le but de diviser les Alliés, les Allemands lancèrent le bruit que la grippe était, non pas espagnole, mais chinoise. Il s’agissait de faire monter l’hostilité envers les troupes chinoises, engagées dans la guerre aux côtés des Alliés.

Les Asiatiques sont les grands oubliés de cette ignoble boucherie que fut la guerre de 14-18. Ils furent plus de 300.000 à combattre vaillamment, sans que leurs mérites ne soient reconnus à leur juste valeur.

Le criminel de guerre meurt dans son lit.

En ce 10 novembre 1918, l’empereur d’Allemagne, Guillaume II, fuit lâchement. C’est ce ridicule polichinelle qui a voulu la guerre. Il n’a jamais été au front. Le 9 novembre, il prétendait encore pouvoir lever des troupes pour… reconquérir l’Allemagne.

En effet, à Berlin et dans les grands ports allemands, la population s’est soulevée. On craint un « nouvel octobre 1917 » (allusion à la révolution russe), car les émeutes pour la paix sont clairement noyautées par la gauche extrémiste.

Depuis le 9 novembre, la monarchie est officiellement renversée et remplacée par un gouvernement civil, dirigé par Friedrich Ebert.

Guillaume II coule une existence paisible à Spa, dans la riche villa Neubois. Le QG allemand réside à l’hôtel « Britannique » (cela ne s’invente pas), rue de la Sauvenière. Le 9 novembre, il a encore déclaré vouloir mourir plutôt que se rendre. Le 10, à 4 heure du matin, il fuit lâchement vers les Pays-Bas, pays neutre (notre photo le montre, au centre, en gare de Eijsden, non loin de la frontière belgo-néerlandaise), où il parviendra à échapper à tous les juges. Un des plus grands criminels de guerre mourra dans son lit, en 1941.

Une délégation allemande est prête à signer l’armistice

Depuis le 4 novembre 1918, l’empire Austro-hongrois a signé un armistice avec l’Italie. C’est sur le front ouest que se jouent les derniers soubresauts de la guerre.

Une délégation allemande se trouve à Rethondes, dans la forêt de Compiègne, depuis le vendredi 8 novembre, attendant dans un wagon le bon vouloir de Ferdinand Foch, maréchal de France. Ce dernier veut s’assurer que la délégation allemande représente bien le nouveau régime installé à Berlin.

Mais les Alliés (Français, Britanniques, Américains – les Belges sont superbement ignorés) veulent profiter de ces dernières heures de guerre pour occuper des positions stratégiques. Ces manoeuvres mal préparées coûteront des milliers de vies. Inutilement.

Au soir du 10 novembre 1918, tout est encore possible. La guerre peut, à tout moment, relever son affreux museau. Nous l’évoquerons demain, sur cette même page du Peuple.

D.K.

 

 

 

 

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