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Quel que soit le résultat de la prochaine élection présidentielle, l’Europe de Maastricht est condamnée à courte ou moyenne échéance.

Il y a de cela vingt-cinq ans, François Mitterrand croyait permettre l’avènement d’une Europe politique, française. Il s’est voulu bâtisseur, néo-Charlemagne d’un grand empire occidental ressuscité. Une erreur colossale dont nous payons encore les conséquences aujourd’hui. À défaut de compter sur une armée en état de marche et de déployer une vision politique prospective, l’Allemagne s’est employée à livrer une guerre économique totale à ses voisins. Mais le traité de Maastricht n’a pas eu pour effet que de mettre le continent au service de l’industrie allemande. Aujourd’hui, nous le savons : la conséquence la plus pernicieuse du traité fut, avant tout, de nous soumettre aux névroses masochistes d’un pays traumatisé par les guerres qu’il avait déclenchées au début du siècle dernier.
 
Maastricht fut le point de départ de la fuite en avant de la construction européenne, devenue une machine post-démocratique déconnectée des peuples qui composent ses États membres. Depuis, nous sommes tombés de Charybde en Scylla. L’adoption des trois piliers (l’Union européenne instituée par le traité de Maastricht reposait sur trois piliers : les Communautés européennes, la politique étrangère et de sécurité commune, et la coopération en matière de justice et d’affaires intérieures) n’était que le prélude vers plus d’intégration en marche forcée : entrée en vigueur de la troisième phase de l’Union économique et monétaire en 1999, signature du traité de Nice en 2001 et – coup fatal – entrée en vigueur du traité de Lisbonne après que la France et les Pays-Bas, États membres fondateurs de l’Union, ont rejeté par référendum le traité constitutionnel européen.

Aboutissement de l’instauration d’une monnaie unique, le traité de Lisbonne dotait l’Union européenne de la personnalité juridique, dépossédant les États d’un grand nombre de leurs prérogatives traditionnelles.
 
En 1992, les technocrates annonçaient que l’euro serait générateur d’une pax economica qui exorciserait l’Europe de ses vieux démons guerriers et nationalistes. Nous allions voir ce que nous allions voir : une croissance éternelle, le plein-emploi et l’harmonie concurrentielle. Résultat ? Rien ne s’est passé comme l’espéraient les champions du « oui ». L’Europe est plus divisée qu’elle ne l’a jamais été depuis les années 1950 : l’euro n’a pas remplacé le dollar comme monnaie de réserve, l’économie de la zone euro est à plusieurs vitesses, la croissance est au point mort, les dettes publiques ont explosé, l’Europe est littéralement envahie par l’immigration de masse et le continent n’a pas plus les moyens de se projeter militairement que de faire entendre une voix commune en politique internationale. Un échec sur toute la ligne.

Tout le monde, ou presque, s’accorde à dire que l’Union européenne est en panne. Ceux qui continuent à défendre la monnaie unique le font sur le registre de Cassandre, estimant que la situation pourrait empirer si nous sortions de la zone… Un aveu d’impuissance terrible. L’Allemagne, pourtant principale bénéficiaire de cet euro qui n’est qu’un super mark, commence même à s’impatienter. Ainsi, Angela Merkel pense que l’euro est présentement « sous-évalué », étant presque à parité avec le dollar… Son point de vue, hypocrite par bien des aspects, peut s’entendre ; mais il prouve aussi qu’aucun État membre n’est réellement satisfait par cette monnaie.

La raison est simple : l’Union européenne n’est pas un ensemble politique unitaire et ne le sera jamais. C’est pour cela qu’elle doit profondément se transformer.

Source: http://www.bvoltaire.fr/gabrielrobin/revoir-a-leurope-de-maastricht,315757

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