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On sait que la zone EURO a été créée sans solide réflexion, en y intégrant des pays dont les monnaies pouvaient converger (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, même Belgique, etc…) mais aussi des économies faibles, dont la Grèce – une pure folie irresponsable – Bravo pour la Belgique, à Didier Reynders (MR), à l’époque !

Le Commissaire français Moscovici lance un plan ambitieux… qui va prendre le mur.

On sait que les critères de Maastricht, indispensables pour homogénéiser la zone monétaire unique n’ont jamais été respectés par des pays comme la France (2 années seulement avec un budget en déficit de moins de 3%) ou la Belgique (une dette abyssale de plus de 100% du PIB sur quasi toute la période alors qu’elle devrait être à 60%).

Pas de convergence obligatoire, pas de politique économique et fiscale commune, la zone EURO est un lamentable bricolage et nous en payons les pots cassés aujourd’hui, par exemple en soutenant la Grèce à bout de bras, sans espoir de la voir s’en sortir avant plusieurs décennies.

Et voilà que la Commission européenne, grande responsable des manquements du système, remet ça avec une « Note de réflexion » de 30 pages, une espèce de football-panique pour faire évoluer la zone EURO, sous la pression des populistes, que les Eurocrates rêvent de voir disparaître…

Elément aggravant, c’est Pierre Moscovici, l’ancien ministre des Finances de François Hollande, recasé à la Commission, un des pires ministres des Finances français, qui porte le projet.

Grandes idées :

  • Un budget propre de la zone EURO
  • La création d’ « actifs sans risques » : ils n’osent plus parler d’ « euro-obligations », équivalents des « Bons du Trésor » américains
  • Un vrai ministre des Finances européen pour piloter le « Trésor »

Bravache, Moscovici (qui n’a jamais respecté les critères de Maastricht lorsqu’il était ministre français) déclare « le statu quo n’est plus une option… Le maître-mot doit être la convergence, sous peine de voir une zone EURO fonctionner à deux vitesses ». Il y a de quoi rire. La zone Euro fonctionne à deux vitesses, aujourd’hui déjà ! La grande peur des Eurocrates et de la Commission, c’est de voir les doutes du monde de la Finance se transformer en méfiance définitive et en effondrement de l’EURO, comme le prévoit le Nobel de l’Economie Stiglitz…

Tant qu’il n’y aura pas une seule politique économique pour les pays de la zone EURO, la rengaine de l’achèvement de l’Union Economique et Monétaire (UEM) restera lettre morte. L’idée de la « convergence » est d’une faiblesse insigne et montre qu’on ne parvient pas à s’entendre sur la politique économique, vu les divergences politiques des gouvernements nationaux des pays membres. Comment définir une politique économique commune entre l’extrême gauche Tsipras et Schaüble, le ministre des Finances de Frau Merkel ?

Et puis il y a la fragilité des banques, notamment en Italie pour le moment. Il faut la mise en place d’un Fonds d’assurance européens des dépôts, mais aussi d’un mécanisme de financement du Fonds de résolution des faillites bancaires. Celui-ci existe déjà, mais est sous-financé : en cas de défaut d’une banque dite systémique, c’est l’Etat d’origine qui doit venir à son secours, avec tous les risques d’affaiblissement de sa dette souveraine. L’union bancaire est censée mettre fin à ce risque national…

La volonté de la Commission, c’est donc un « saut démocratique » vers plus d’Europe, ou plutôt la marche forcée vers l’Union budgétaire. Vingt-cinq ans après le traité de Maastricht qui a jeté les bases de l’euro, la construction reste bancale, sans base budgétaire.

Pour forcer la convergence, Moscovici a aussi l’idée de lier l’attribution des fonds européens à la réalisation de réformes économiques dans chaque pays. Il oublie que le budget de l’UE est très peu élevé (1% du PIB européen) et que ce ne sera dès lors qu’une pression sans grand effet sur les gouvernements nationaux…

La Commission veut dès lors un « mécanisme de stabilisation macroéconomique », un outil de stabilisation – financé par un impôt spécifique, voire une capacité d’emprunt – pour soutenir l’investissement public en cas de ralentissement économique, ou créer un régime d’assurance chômage européen.

Alors là, tous les voyants sont au rouge ! Soutenir l’investissement public dans un pays comme l’Espagne où par exemple Podemos – arrivé au pouvoir – aurait décidé un programme gigantesque de grands travaux pour occuper les chômeurs ? Ou alors appliquer ce « régime d’assurance chômage européen » à la Grèce ? Ils sont fous à Bruxelles ! Au moins pour une fois, ils ont été précis et pragmatiques…

Et alors le mic-mac décisionnel qu’entraîne la création d’un ministre des Finances, responsable du Trésor européen, c’est quelque chose de gratiné. Ce ministre serait un Commissaire européen. Il présiderait l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone EURO) et aussi l’Ecofin (les ministres des Finances de l’UE). Les pays de l’UE qui ne sont pas dans l’EURO et ne désirent pas y entrer, ne pourront accepter que l’Ecofin soit présidé par le patron de la zone EURO, les intérêts étant parfois contradictoires…

Le Mécanisme actuel de stabilité européen, renforcé, devrait suffire et la fuite en avant que préconise la Commission avec ce « budget propre de la zone EURO » sera certainement refusée par nombre de pays européens. On se contentera de promettre « plus de convergence » et ce nouveau grand projet s’arrêtera.

L’euroscepticisme des « populistes » s’en trouvera sans doute renforcé.

C.T.

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