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Le 2 janvier 2018, Buck Danny a fêté ses 71 ans. Et il n’est pas prêt de prendre sa retraite!
C’est dans le numéro 455 du journal de Spirou, daté du 2 janvier 1947, que débutèrent les aventures de vaillant pilote américain. Un titre à déclencher une éruption d’urticaire chez les mondialistes : « Les Japs attaquent« . C’était une époque où l’on osait encore appeler un chat, un chat, et un oriental, un Jap !

Notre Buck vivait encore chez sa maman, cherchait un boulot à New York et envisageait de combattre pour son pays. Il le fit du côté de l’océan Pacifique.

Pour la petite histoire, la première planche que nous reproduisons ici n’a pas été scénariste par Jean-Michel Charlier. Les 9 premières planches ont été écrites par Georges Troisfontaine, un mordu d’aviation, qui tenait une chronique de petite aviation dans le journal de Spirou.

Troisfontaine avait un flair inestimable pour capter l’air du temps. Le monde sortait de la guerre, l’Amérique représentait le rêve d’opulence et de réussite, les pilotes de l’armée de l’air étaient des « chevaliers du ciel », avec tout le panache requis. Troisfontaine le comprit avant tout le monde et approcha le dessinateur liégeois Victor Hubinon (1924-1979) pour illustrer une nouvelle saga d’aventure.

Elle avait été précédée d’une bande dessinée, qui avait aussi pour cadre la Guerre du Pacifique, mais se basait sur des faits réels, à peine romancés – elle parut dans Le Moustique, un autre hebdomadaire des Editions Dupuis. Avec Buck Danny, les jeunes lecteurs entraient de plain pied dans l’aventure.

Surchargé de travail (il dirigeait aussi une agence de presse et une agence de publicité), Troisfontaine confia le développement des « Japs attaquent » à un autre Liégeois, Jean-Michel Charlier, qui se révèlera un des scénaristes les plus doués de sa génération – certains n’hésitent pas à parler de « génie », à juste titre.

Et Buck Danny partit à l’assaut du Japon ! La série remporta un succès phénoménal – elle est encore régulièrement rééditée aujourd’hui. Sans doute dut-elle son triomphe à un subtil mélange entre le récit feuilletonesque et le soucis du détail juste. Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon obtinrent chacun leur brevet de pilote… à la Sabena.

Eternel curieux, Charlier dévorait tout ce qui s’écrivait sur les avions, tissait un réseau d’amitiés qui lui fournissait des documents confidentiels sur les appareils que la US Air Force s’apprêtait à mettre en service. Cette documentation était tellement précise qu’un beau matin, Chariler vit débarquer chez lui des spécialistes du contre-espionnage américain, inquiets de la manière dont l’auteur avait mis la main sur des plans top secret !

A la mort prématurée de Charlier, le 10 juillet 1989, précédée de celle d’Hubinon, en 1979 Buck Danny se trouva d’autres pères spirituels. Ses aventures se poursuivent aujourd’hui encore. Mais les temps ont changé : l’Amérique n’est plus aussi populaire – il y a eu la guerre du Vietnam – et l’aviation militaire ne requiert plus des as tels que Buck Danny, Sonny Tuckson et Jerry Tumbler. Pas plus que des Michel Tanguy et Ernest Laverdure, autres créations de Charlier, en plus de Barbe-Rouge et de Blueberry. L’électronique, les satellites et les drones permettent d’anéantir un site libyen depuis une salle de commandes en Arizona.

Néanmoins, Buck Danny reste une des plus belles et impressionnantes créations de la bande dessinée belge. Un vrai héros belge !

D.K.

 

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