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En ce début d’année 2017, la parution dans nos journaux des résultats de l’étude Noir Jaune Blues a fait couler beaucoup d’encre. Les chiffres parlaient d’eux même: crainte de l’islamisation de l’Europe, sentiment de dépossession et limites du sacro-saint vivre ensemble tant célébré sur nos écrans mais mal vécu dans la réalité. Le tableau que dressait cette étude était clair: les fractures au sein de notre société sont immenses.

L’auteur de la Carte blanche: Jérôme Munier

Plus récemment, suite au retrait de Lutgen, nos politiques s’adonnent joyeusement au jeu de la chaise musicale, se parant de toutes les vertus retrouvées: décumul, transparence, décumul encore, transparence toujours. Pourtant, ce petit nettoyage de boutiquier en prévision du raz-de-marée électoral qui s’annonce, laisse un goût amer: nous sommes loin, très loin, des enjeux qui devraient nous occuper.

Cette capacité qu’ont nos élus à agir avec une guerre de retard pourrait prêter à sourire si ce n’était là la démonstration du problème fondamental de cette caste politique : à l’heure de la mondialisation sauvage, de la défiance à l’égard de l’Union européenne, du refus de l’immigration de masse, du dumping social et de l’islamisation progressive de nos contrées, voilà qu’on s’attaque – après avoir allègrement piqué dans la caisse – au décumul des mandats.

Gouvernance, gouvernance, gouvernance, pérore-t-on à chaque fois qu’un micro est tendu, sautant comme un cabri, très satisfait d’avoir trouvé le mot du moment et assuré de faire renaître la confiance du citoyen comme par un coup de baguette magique. Gouvernance, ô heureux citoyens !

Et si on se trompait ? Du moins, et si nos politiques commettaient une faute ? Il va sans dire que nous sommes pour une meilleure gouvernance. Mais à l’heure de cette défiance gigantesque que traduisent tous les sondages et enquêtes d’opinion, le Belge en attend peut-être davantage de ses politiques. Qu’on puisse parler des projets de carrière écourtés de certains élus et des limites de cumul, très bien. Mais que la révolution éthique que nos partis traditionnels s’adonnent à mettre en œuvre se fasse avec un peu de discrétion, encore mieux ! Après les scandales, hors de question de distribuer des médailles de bonne gestion.

Il n’en demeure pas moins que c’est de lui dont le citoyen veut qu’on parle maintenant ! Lui, l’actionnaire de Fortis qui a perdu ses maigres économies après le crash. Elle, la travailleuse désabusée qui a acheté un appartement à Bruxelles dans des quartiers transformés par l’immigration. Lui, le camionneur liégeois licencié, car remplacé par un concurrent polonais. Elle, qui travaillait depuis 25 ans chez Caterpillar avant que le plan de restructuration la mette à la porte, laissant peu d’espoir de retrouver un emploi. Lui, Elle et les Autres qui voient beaucoup nos politiques parler d’eux même en ce moment… et qui savent tous, au fond, que la confiance à leur égard ne réapparaîtra pas de sitôt, n’en déplaise aux nouveaux chevaliers blancs de la révolution éthique.

En Belgique, on a laissé se développer un sentiment d’incompréhension et d’inaction politique. Qui se positionne contre une Europe qui ne protège pas, contrairement à ce qu’elle a toujours prétendu ? Qui se positionne pour une politique migratoire plus restrictive, limitant l’immigration de moins en moins perçue comme une chance, et rendant de plus en plus impossible le vrai vivre ensemble ? Qui se positionne pour une rupture politique claire, renouant avec l’ambition de relever les défis de demain, entre autres la réindustrialisation de notre continent et la reconversion écologique ?

Entre les partis traditionnels et l’aventure communiste, quels clivages – et a fortiori quels partis- demain en Belgique pour permettre de traduire les vraies attentes des citoyens ? Faut-il rappeler que la politique sert précisément à porter des idées qui font échos dans la société, et qui demandent à être réglées. Le décumul en fait sûrement partie. Mais quelle erreur que de penser que le renouveau politique de demain ne passera uniquement que par cette voie-là. De la décence, oui. Du décumul, oui.  Une bonne gouvernance, oui. Mais un horizon, une vision pour demain, aussi et surtout ! Telle est la tâche que nous devons réaliser pour redonner véritablement confiance à la politique.

Une recomposition de l’échiquier politique belge ne passera que par le renforcement d’un parti anti-établissement à droite. Un parti qui ne s’en tient pas qu’à la revendication portée par les populistes de gauche – à savoir le partage d’un gâteau de plus en plus réduit, et dont les parts tant espérées par les électeurs risquent de ne pas arriver de sitôt dans les assiettes – mais se veut le porte-étendard d’une politique volontariste et surtout courageuse  sur les plans économique et culturel. Créer et préserver plutôt que distribuer et appauvrir. Pour que l’avenir de notre pays ne soit pas qu’un champ de ruine …

Jérôme Munier – Responsable de la Région Bruxelloise pour le Parti Populaire

 

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