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Un autre Caterpillar en vue ?  C’est ce que déclare Bernard Delvaux , patron de la SONACA, entreprise voisine de CAT à Gosselies au journal Le Soir: «Si rien ne change, le problème se posera aussi à la Sonaca». Cette entreprises aéronautique produit et assemble les parties mobiles avant des ailes de tous les Airbus, mais travaille également pour d’autres avionneurs. L’entreprise a des sièges au Brésil une usine au Québec, une en Chine, où elle a suivi Airbus… et une en Roumanie.

Bernard Delvaux, CEO de Sonaca
Bernard Delvaux, CEO de Sonaca

La déclaration est surprenante venant du patron (catalogué socialiste) d’une société dont la Région wallonne est actionnaire à 98% . En cause, le problème de compétitivité: le salaire horaire d’un ouvrier belge est de 35 € l’heure. Alors qu’au Brésil (où la SONACA a deux unités de production), le salaire horaire est de 10 € l’heure. En Roumanie, ce salaire descend à 5,50 € l’heure. Imbattable …

Il faut savoir que le secteur aéronautique (Airbus pour l’Europe ou Boeing aux USA) a été très longtemps protégé des aléas de la concurrence internationale. Les Japonais se sont vu interdire de construire des avions après la dernière guerre. Et l’Union soviétique gardait sa production pour son « empire ». La Chine n’était pas encore capable de produire des avions. Le coût du travail était donc moins important pour une entreprise publique comme Sonaca, très cyclique vu le type de contrats, qui avait fabriqué nos F16, avant de participer de plus en plus largement dans le programme Airbus. 

Les entreprises aéronautiques européennes, telle Sonaca, sont très menacées à terme. Le secteur a été protégé jusqu'à présent, mais c'est terminé...
Les entreprises aéronautiques européennes, telle Sonaca, sont très menacées à terme. Le secteur a été protégé jusqu’à présent, mais c’est terminé…

Mais la Chine commence à dicter ses conditions qui constituent une menace terrible pour l’aéronautique européenne. Ils ont acheté des dizaines d’Airbus, mais à une condition… de produire les suivants eux-mêmes. Même Sonaca a dû suivre, et a construit une unité à côté de l’usine Airbus en Chine. Si la politique bêtement globaliste de l’Europe ne change pas, cela signifie la fin à terme du secteur aéronautique européen, encore surprotégé pour l’instant.

Plus interpellant pour Sonaca, cette entreprise de la Région wallonne avait déjà par le passé actionné la procédure Renault et licencié collectivement 450 ouvriers et employés en 2009 sur un total de 1.600. Les difficultés rencontrées par l’entreprise : une perte de 136 millions d’euros et un cash flow d’exploitation négatif de 9 millions d’euros en 2008  dues à l’effet conjugué de la crise économique et de l’extrême volatilité du dollar américain durant cette période. Même constat que pour Caterpillar.

La Roumanie pourra demain remplacer Gosselies dans la production des parties mobiles de l'Airbus géant A380
La Roumanie pourra demain remplacer Gosselies dans la production des parties mobiles de l’Airbus géant A380

Cerise sur le gâteau de la politique industrielle (socialiste) wallonne : La SONACA a construit une unité de production en Roumanie en 2015 afin d’y produire des pièces de l’Airbus A320. A 5,50 € de l’heure ! Bernard Delvaux ne s’en cache pas : l’objectif est d’augmenter les cadences à un taux salarial toujours plus bas et d’ajouter : « une mise à l’arrêt du site pour quelque raison que ce soit (sociale, incendie, accident, etc) aurait des répercussions sur toute la chaîne de production. Il faut donc l’assurance qu’une autre usine puisse prendre le relais ». Delvaux veut mettre la pression sur les syndicat de Gosselies et avoir un levier efficace dans la négociation; c’est l’usine roumaine.

Entendez : en cas de grève prolongée sur le site de Gosselies, la production sera absorbée par l’usine roumaine dont l’administrateur-délégué de la SONACA vante les qualités de productivité et de fiabilité. Vive le dumping social et salarial et tout bénéfice pour la Région wallonne qui voit ainsi augmenter ses dividendes.

A-t-on assisté à l’époque à une levée de bouclier de la part des syndicats, ces syndicats qui hurlent au hold-up dans le cas de Caterpillar? Que nenni. Pierre Sassi, président de la délégation FGTB de la Sonaca Gosselies justifiait l’inaction syndicale en ces termes : « Certes, ce n’est conforme à la solidarité syndicale qu’on pourrait attendre de nous mais nous n’avons pas le choix : il y a aujourd’hui une telle concurrence dans le monde entier et nous ne sommes ni les premiers ni les derniers à le pratiquer. Il y a des choix à faire … Si toute la production pouvait se faire à Gosselies, nous serions ravis. Mais les infrastructures ne permettent pas d’agrandir. En tous cas, nous avons exigé, et obtenu, que le volume d’emplois ne bouge pas ici ».

En résumé : la Région wallonne aux mains des socialistes et les syndicats ont donné leur accord à la délocalisation de la production d’une société belge vers la Roumanie pour cause de compétitivité salariale et pour garantir la production en cas de mouvements sociaux sur le site de Gosselies. Exactement ce que reprochent les éminences rouges et oranges aux commandes de la Région wallonne et leurs affidés syndicalistes aux patrons de Caterpillar. On nage donc dans l’hypocrisie totale : Haro sur le capitalisme sauvage et délocalisons la production d’entreprises wallonnes majoritairement aux mains de la Région.

Pas belle la vie ?

P.H. et L.R.

Sources :

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1536/Economie/article/detail/981431/2009/08/26/450-emplois-menaces-a-la-Sonaca.dhtml

http://www.actionnariatwallon.be/organisme/sonaca-32840

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_la-sonaca-investit-en-roumanie-avec-l-accord-des-syndicats?id=8910190

http://plus.lesoir.be/57639/article/2016-09-03/bernard-delvaux-sur-caterpillar-si-rien-ne-change-le-probleme-se-posera-aussi-la

 

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