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Le paganisme n’a pas succombé par la force, mais parce qu’il avait perdu la foi en ses dieux et en lui-même.messe_latin

Qui se souvient que l’Épiphanie, plus ancienne que Noël, fut jusqu’à la fin du IVsiècle la fête unique célébrant l’Apparition du Messie ? Apparition dans sa naissance au sein d’Israël ; dans sa révélation aux autres peuples symbolisés par les mages ; dans son baptême comme fils unique ; dans sa puissance aux Noces de Cana.

Nul n’aurait prévu, sous le règne de Tibère, le succès de cette Apparition. Et pourtant, quatre siècles plus tard, Palladas, un poète grec, disait des derniers païens cultivés de sa génération : « Si nous sommes des vivants, c’est que la vie même est morte. » Dans cet Empire romain tardif, le christianisme supplantait progressivement les antiques religions que nous désignons sous le nom générique de paganisme. Certes, celui-ci restait majoritaire, mais il ne survivait plus que dans les campagnes : le paganus est le paysan, le villageois, par opposition au citadin. Le mot était devenu péjoratif. Mutatis mutandis, pour les chrétiens des villes, les pagani étaient ce que sont les péquenots pour les citadins d’aujourd’hui.

La victoire du christianisme a de multiples raisons. Mais l’une d’elles vaut qu’on la médite aujourd’hui, puisqu’elle n’est autre que l’affaiblissement endémique du paganisme. Le paganisme n’a pas succombé par la force, mais parce qu’il avait perdu la foi en ses dieux et en lui-même. Comme l’écrit Lucien Jerphagnon, « il y avait la grande masse des païens très ordinaires […], attachés à leur religion de famille plus par tradition que par conviction. Si les sondages avaient existé, ils s’y seraient définis […] comme païens. Mais pour eux, sans peut-être oser se le dire […], tout cela était de l’histoire ancienne, du folklore, et en tout cas du réchauffé.

« Tout au contraire, dit Eric Dodds, le christianisme était jugé digne qu’on vive pour lui parce qu’on l’estimait digne qu’on meure pour lui. » Et, de fait, si le sang des martyrs fut la semence du christianisme, il y eut peu de martyrs païens « parce que le paganisme était devenu trop misérable pour qu’on mourût pour lui ».

Mille six cents ans plus tard, où en est le christianisme ? À s’en tenir à l’Europe et à la France, ne devient-il pas, à son tour, « de l’histoire ancienne, du folklore, et en tout cas du réchauffé » ? Un peu plus de 6 Français sur 10 se disent chrétiens, mais combien par conviction plus que par tradition ? Probablement fort peu, pour qu’un Chirac ait osé déclarer que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Et les Européens guère davantage pour que la notion de racines chrétiennes fût évacuée du projet de Constitution européenne.

Plus grave : les Églises catholique et protestantes courent derrière la société. À cet égard, l’attitude du pape François laisse songeur. Il baise les pieds d’immigrants musulmans devant les caméras, mais il ne s’interroge pas sur les conséquences, pour le christianisme, d’une submersion migratoire en Europe. Il s’insurge contre les dégâts de la mondialisation, mais il ne veut pas voir que l’invasion migratoire fait partie des plans de l’hyper-capitalisme global et de ses prêtres du veau d’or.

S’ils laissent leur troupeau en déshérence, nos princes politiques et religieux le livreront à d’autres bergers. À des bergers qui croient en eux-mêmes et en leur religion. À des bergers qui se sentent d’autant plus forts qu’ils amènent leurs propres ouailles chez nous.

Faudra-t-il qu’un jour prochain, comme Palladas, nous constations que « si nous sommes des vivants, c’est que la vie même est morte » ?

Peut-être pas. Le soleil se lève à l’Est. Le martyre des chrétiens d’Orient atteste que le christianisme n’est pas du « folklore ou du réchauffé » pour tout le monde.

Et la renaissance de la sainte Russie assise sur son puissant pilier orthodoxe démontre qu’un peuple qui retrouve ses racines spirituelles se libère des pires tyrannies. Puisse l’Europe le comprendre.

Les Mages venaient d’Orient, selon la Tradition. De l’Est.

Je vous souhaite une bonne Épiphanie.

Source: http://www.bvoltaire.fr/pierrerenucci/le-christianisme-daujourdhui-est-il-le-paganisme-de-jadis,304674

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