Print Friendly, PDF & Email

Ce 18 novembre 2018, Mickey Mouse fêtera ses 90 ans. Nous y reviendrons demain. Pour ce 17 novembre, un pan très peu connu de l’oeuvre de Walt Disney, qui évita à l’Amérique latine de devenir nazie.

Dès après le 7 décembre 1941 (attaque de Pearl Harbor par les Japonais), Walt Disney proposa ses services au gouvernement américain. C’était dans sa nature d’être un vrai patriote.

En 1917, il s’était engagé dans l’armée pour combattre en Europe. Il y fut un ambulancier, notamment dans la région de la Somme. Trente quatre ans plus tard, Walt Disney offrit le savoir-faire de ses studios pour soutenir le moral des troupes, tourner des films de formation militaire, dire la vérité sur ce qu’était le pouvoir nazi.

Entre 1941 et 1945, il tourna 170 courts métrages pour l’armée, la marine et l’aviation américaine. Pour cet effort, qui mobilisa l’ensemble des employés Disney, le père de Mickey n’accepta aucun bénéfice. Le gouvernement régla les frais de production, pas un cent de plus. Remarquable, en comparaison d’industries tel Henri Ford : le constructeur automobile enregistra des bénéfices records pendant la guerre… tout en affichant sa sympathie et en travaillant pour les nazis…

L’Amérique latine en danger

Mais la guerre contre l’Allemagne avait débuté bien avant. Dès 1930, le président Franklin D. Roosevelt tint à établir de bonnes relations avec les pays d’Amérique centrale et latine. Ainsi naquit le programme « Good Neighbor’ (bon voisin). Il s’agissait d’aider les pays sud-américains aux plans financiers, industriels et agricoles.

En mars 1933, le programme devint opérationnel. Mais un de ses responsables, Nelson Rockefeller, alarma le gouvernement américain : « Nous sommes en train de perdre la guerre psychologique« . Il visait par là les entreprises de séduction des nazis, afin de tourner les mentalités contre les Etats-Unis et créer ainsi un front hostile aux frontières des USA, en cas de guerre.

Le 31 octobre 1940, alors que la guerre faisait rage en Europe, Rockefeller approcha Roy Disney, le frère aîné de Walt. L’ébauche d’une collaboration entre le CIAA et Disney fut évoquée, alors ue les studios mettaient en production les courts-métrages pour l’armée.

Dès le début de la guerre en Europe (1939), Rockefeller était devenu Coordinateur des Affaires Inter-américaines (CIAA). De toute urgence, la collaboration avec Walt Disney devait prendre forme.

C’est alors que naquit l’idée d’une tournée des studios Disney en Amérique latine. Le programme n’était guère enthousiasmant et risquait le flop magistral. Walt Disney le transforma en triomphe.

La tournée débuta le 15 août 1941 pour se terminer le 22 octobre de la même année. En un temps aussi court, Disney déclencha un formidable élan de sympathie envers ses personnages – Donald Duck en tête -; ses films et, plus généralement, les Etats-Unis.

Au cours son périple sud-américain (Argentine, Brésil, Pérou), Disney rencontra des chefs d’Etat, mais aussi des artistes locaux, notamment les enseignants et élèves de l’académie des arts, à Buenos Ayres.

Cela lui donna l’envie d’ouvrir un studio produisant des films typiquement sud-américains, avec une sensibilité adéquate, et non une vision folklorique et paternaliste, comme Hollywood se faisait une spécialité de diffuser.

A lui tout seul, Walt Disney étouffa dans l’oeuf les efforts de séduction des Allemands. Deux films naquirent de ce formidable combat anti-nazi : Saludos Amigos (1942) et Les Trois Caballeros (1944).

L’engouement pour Walt Disney et ses personnages se transforma en sympathie pour le « bon voisin » états-uniens. Le père de Mickey Mouse avait évité aux USA la naissance d’un troisième front de guerre (les deux premiers étant l’Europe et le Pacifique), alimenté par les nazis aux frontières mêmes de leur frontière sud. Un exploit patriotique à saluer, au moment où Mickey fête ses 90 ans !

D.K.

 

Commentaires