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Il ne serait peut-être pas inopportun d’en revenir aux prénoms légués par les saints du calendrier grégorien…

Choisir le prénom de ses enfants ? À la fois plaie et casse-tête ! Dans son très fouillé Dictionnaire des prénoms (Monts d’Arrée et Picollec éditeurs), Alain de Benoist note en préface : « C’est un acte important que le choix d’un prénom, et il est certainement regrettable que ce choix, qui va marquer un enfant, puis un homme ou une femme pendant toute son existence, se fasse trop souvent de façon hasardeuse, négligente, fantaisiste ou encore en fonction d’engouements superficiels ou de modes éphémères, qui auront déjà disparu quelques mois après la naissance de l’intéressé ! » On ne saurait mieux dire.

Malheureusement ou non, c’est ainsi : « Dis-moi comment tu te prénommes et je te dirai à peu près qui tu es », le prénom étant autrement plus « stigmatisant » que le patronyme ; en termes sociologiques, s’entend.

Ainsi, nous révèle Le Figaro de ce mercredi dernier, il convient « d’américaniser son prénom pour réussir aux USA ». C’est ainsi que « Jean » devient « John » ; « Jean » étant un prénom féminin de l’autre côté de l’Atlantique : voir Norma Jean Baker, plus connue sous le sobriquet de Marilyn Monroe. Ni une ni deux, Jean Rauscher est devenu « John » Rauscher : « Alors même qu’il franchissait la frontière américaine, la contrôleuse des douanes lui annonce que s’il veut faire carrière aux États-Unis, il va rencontrer de sérieuses difficultés… » Et la même, tatillonne comme le sont ces cerbères d’aéroport, de lui affirmer : « Au téléphone, vos pairs vont trouver que vous avez une voix bien grave pour une femme ! »

On passera, évidemment, sur la dimension réactionnaire du machin en question. « Jean » aurait pu être « Jeanne » – voire même le contraire –, ce qui aurait pu faire offense à ceux qui changent de sexe comme de prénom. Il n’empêche, le prénom sera toujours plus discriminant que le nom. D’où, à l’annonce des résultats de notre cher baccalauréat, la prévisible apocalypse des Kevin, Dylan, Jordan, Steven, Morgan et autres Bryan.

A contrario, voyez le record de mentions emporté par Diane, (premier prénom du classement), suivie par Joséphine, Jeanne, Augustin et Alice. Et on ira dire, après, que la lutte des classes n’est plus que concept d’antan…

Les parents de la « beurgeoisie » ne s’y sont évidemment pas trompés, affublant généralement leurs enfants de prénoms bibliques, façon Adam ou Zachariah. Ce n’est pas grand-chose, mais juste petit viatique et geste qui peuvent sauver l’avenir de leurs galopins.

Pour aller plus loin, l’abdication de nos prénoms français aux USA et l’adoption d’autres prénoms en nos contrées, issus de séries télévisées américaines ou d’une imagination débordante 1, est tristement révélatrice des maux frappant notre société en voie d’éclatement. En dehors de nos frontières, nous avons honte de ce que nous représentons, tandis qu’à l’intérieur, nous ne savons plus qui nous sommes.

À cet égard, il ne serait peut-être pas inopportun d’en revenir aux prénoms légués par les saints du calendrier grégorien ; ce qui pourrait éviter le calvaire à venir d’Albator et de Goldorak, ou même de la petite Térébenthine, fille de Cécile Duflot et de Xavier Cantat, frère de Bertrand, naguère chanteur de Désir noir ; pardon, de Noir désir. Dire qui l’on est est effectivement une assez bonne manière de définir qui nous sommes.

Source: http://www.bvoltaire.fr/discrimination-invisible-prenoms-ravages/

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