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Ecolo propose de faire passer d’ici 2020 l’aide à la presse écrite de 9 à 15 millions d’euros, ce qui ferait dépendre approximativement 300 journalistes francophones d’une subvention publique. Une pure folie quand on sait que cette aide est mendiée chaque année par les patrons de presse aux partis politiques, rendant les journaux encore moins critiques envers le pouvoir. La presse écrite doit reconquérir ses lecteurs et vivre moins de la publicité et des subventions. Pour ce faire, il faut un journalisme plus offensif, moins conformiste et moins germanopratin*.

Quelle mouche a piqué Ecolo ? A quelques mois d’élections cruciales pour la Belgique, le parti vert propose d’augmenter encore l’aide à la presse écrite en la faisant passer de 9 millions à 15 millions d’euros d’ici 2020 tout en la conditionnant à des embauches à hauteur de 58% au lieu de 48%.

Une vision collectiviste digne d’un autre âge.

Car si l’aide à la presse était une solution à la chute continue des ventes, ça se saurait depuis longtemps. C’est bien simple : on peut dresser un schéma avec la courbe de l’aide à la presse, passée de 6 à 9 millions entre 2009 et 2014, en miroir avec celle du nombre d’exemplaires de quotidiens vendus : elles évoluent inversement.

L’aide à la presse est, en effet, perverse à 4 égards :

  1. Elle amplifie le phénomène de collusion entre les journalistes et les partis politiques. Ainsi, si Le Peuple est arrimé au Parti Populaire et l’assume pleinement, Le Soir est le journal officieux du PS (et en particulier de l’axe Di Rupo-Magnette), La Libre Belgique celui du cdH et la Dernière Heure celui du MR. Seuls les magazines du groupe Roularta (Le Vif-l’Express…) peuvent revendiquer une indépendance totale puisque ne recevant d’aide d’aucune sorte.
  2. Elle empêche les directeurs de journaux de faire leur aggiornamento et de dresser un constat d’échec sans fard afin de trouver des vraies solutions.
  3. Elle déguise les journalistes en fonctionnaires. Une aide de 15 millions d’euros, à 50.000 euros bruts par journaliste par an, reviendrait à subventionner environ 300 ETP journalistes. Du délire !
  4. Elle fait dépendre les journaux encore moins de leurs lecteurs (qui ne contribuent plus qu’à 25% dans le coût de leur journal) ; or, le marketing lecteur est la meilleure manière de reconquérir le public perdu.

L’intention des écologistes est claire : dès lors que 80% des journalistes belges francophones votent écolo et à gauche, il s’agit de les brosser dans le sens du poil pour maintenir une doxa intellectuelle sur tous les débats de fond pour que les journaux défendent les éoliennes et autres fumisteries vertes.

Au contraire, la presse doit, pour préserver son indépendance, progressivement se passer de toute aide publique, reconquérir ses lecteurs par des articles de qualité et diminuer la part relative des recettes publicitaires dans son chiffre d’affaire au profit d’abonnements payants.

Il fut un temps pas si lointain où les propriétaires de journaux s’enrichissaient. C’était une époque où les journalistes toisaient les puissants et pas l’inverse ; une époque où les journaux étaient craints…

J.-M. d’AUBRET

* littéralement « De Saint-Germain des Prés », soit snob et coupé des réalités.

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