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NDLR : Ci-dessous un communiqué du collectif « Sauvons le Climat » sur les énergies marines. Cette association indépendante, créée par des scientifiques français, a pour objectif d’informer ses concitoyens sur le réchauffement climatique et sur les solutions réalistes pour le limiter au moindre coût. 

Depuis des années, on ne compte plus les déclarations enthousiastes pour la mise en œuvre de l’énergie de la mer, sous toutes ses formes : éolienne (alias « offshore », qui n’a de vraiment marin que la planéité horizontale), de la houle, des vagues, thermique, osmotique, etc.

énergies marines EDF à Paimpol
Le projet d’énergies marines réalisé à grand fracas médiatique par EDF en début 2016 au large de Paimpol-Bréhat (Bretagne). A cause de problèmes techniques, elles n’ont pas produit d’électricité…

Mmes Batho, Royal…, MM. Bayrou, Borloo, Hamon, Mélenchon, Valls… ont tou(te)s [1], un jour ou l’autre, fait miroiter une perspective consensuelle au possible, rendez vous compte : renouvelable, inépuisable, ni gaz à effet de serre, ni radiations suspectes, ni bruit, ni impact visuel (hors éolien offshore) !

Et les journalistes ne sont pas en reste[2], prêts à vanter ces avantages au point que l’on peut craindre que politiciens ou journalistes soient, pour la plupart, « Verts » ; de peur… de perdre leurs électeurs ou lecteurs.

Mais l’avenir radieux des énergies marines tarde à se concrétiser, au risque de fatiguer les bailleurs de fonds. En dépit des nombreuses incitations et autres « Appels à Manifestation d’Intérêt » susceptibles de délier les bourses, le succès peine à faire surface.

Déjà dans son édition du 14/2/2015, « Le Télégramme » sonnait l’alarme avec le directeur de « France Energies Marines » qui, trois ans après la création de cet Institut, attendait toujours les crédits d’Etat… Et le journal publiait la photo des énormes tubes métalliques de l’embase de l’hydrolienne « Sabella » censée être (re)mise en place dans le Fromveur au printemps 2015, après qu’on ait annoncé sa mise en service pour 2014… sans que le souci de financement puisse expliquer ces retards. Deux ans plus tard, elle ne produit toujours rien…

énergies marines EDF à Paimpol-Bréhat
L’immersion d’une hydrolienne d’EDF au large de Paimpol en début 2016.

En 2016, l’actualité des essais réalisés à Paimpol confirme cette prévision d’impasse technico-économique.[3] Les vibrations, plus redoutables que prévues, semblent ne pas être pour rien dans ces échecs.  Les causes structurelles en sont pourtant bien connues, par exemple décrites dans les travaux pratiques canadiens[4]: en résumé, la construction d’hydroliennes est envisageable… mais sans milieu salin, ni tempête. Seules les rivières recèlent un certain potentiel.

Il n’est donc pas inutile de faire le point sur l’état de développement mondial des énergies électro-marines (sachant que les moulins à marée datent de l’antiquité). Le tableau ci-après dresse la liste exhaustive[5] des sites de production commerciale d’électricité marine (hors offshore), tous à base d’énergie marémotrice[6] :

  Pays Type Mise en service Puissance (MW) Production (GWh/an)
Rance France
Baie du Mt St Michel
estuaire 1966 240 5 à 600
Annapolis Royal Canada
Baie de Fundy
estuaire 1984 20 ?
Sihwa Lake Corée du Sud lac artificiel 8/2011 254 540
Strangford Narrows Royaume-Uni
Irlande du Nord
«Loch» étroit[7] 4/2008 1,2 ~ 1,4

Puissent politiciens et journalistes méditer sur ce classement :

– d’abord, contrairement à l’antienne rabâchée, la France n’est pas en retard, ayant ainsi produit 10 fois plus d’énergie électrique que son challenger coréen (puissance similaire mais mise en service récente) !

– cette liste est très courte car la mer est un milieu hostile : les sites propices ne sont pas nombreux (Raz Blanchard, passage du Fromveur, en France) et, précisément, ce sont ceux où les marins ne veulent pas aller ; et, a contrario de l’éolien, la turbine ne pouvant se mettre en drapeau en cas de tempête, la machine doit être dimensionnée en conséquence.[8]

– le productible marémoteur est faible, proche de celui de l’éolien : 2000 à 2500 heures[9] sur les 8760 heures d’une année ; cette énergie est donc intermittente, même si elle a le grand avantage, elle, d’être prévisible. Et les autres dispositifs marins – hydrolien notamment – ont, semble-t-il, une efficacité bien moindre (1000 h/an ?) : alors que l’intuition voudrait que les courants marins produisent davantage que les vents, vu leur régularité, les experts prévoient à peine 10 à 15% de facteur de charge moyen, contre 23 % pour l’éolien terrestre et 36 % pour un bon éolien offshore. Ceci est inhérent au mode de captage en mer ouverte, sans que le flux utile puisse être canalisé comme il l’est dans un barrage, au fil de l’eau.

En clair, la mer n’est pas encore la panacée annoncée. On a le droit de rêver, pas forcément celui de fantasmer ! Encore moins de faire fantasmer ! Principe que nombre de politiques se devraient de mettre en pratique avant de délier la bourse des finances… publiques.

Source : www.sauvonsleclimat.org

[1] Nous omettons sûrement beaucoup de noms.

[2] L’hebdomadaire « La Vie », particulièrement, ayant interviewé un historien de la Marine, prétendu spécialiste de l’énergie dans un article sans nuance : « La mer est l’avenir de l’homme » (8/2013). Récidive (3/2014) par 2 pages sur « Christian Buchet, Prophète de la mer » !

[3] Cf. Hydroliennes. Partie remise devant Paimpol © Le Télégramme

[4] Cf.Les hydroliennes (cf. Idénergie)

[5] A cette liste, il conviendra d’ajouter le mégaprojet (1320 MW) coréen d’Incheon, dont la mise en service prévue en juin 2017.

[6] « Carnegie Wave Energy » annonce (Enerpresse, 24/02/2015) le « raccordement » de 3 machines houlomotrices CETO5, « première mondiale » australienne de 1,35 MW… Notons que :
– CETO4, le précédent prototype livré en septembre 2011 à La Réunion, n’a plus fait parler de lui depuis.
– « la toute première ferme à vagues au monde » (2,25 MW, sous la marque Pélamis reprise par « Carnegie Wave Energy », à Aguçadoura, au Portugal), datant de septembre 2008, n’avait tenu que 2 mois !

[7] Cette « Seagen » irlandaise, parfois présentée comme une hydrolienne, est tout au plus une hydrolienne fluviale.

[8] « L’hydrolienne Sabella D10 de 17 m de hauteur et équipée d’un rotor de 10 m de diamètre pour un poids de 450 tonnes » (Le Télégramme, 24/4/2015), produisant une puissance de 1 MW, soit 900 fois moins qu’un réacteur nucléaire de 900 MW dont l’alternateur a sensiblement le même poids !

[9] Dans le cas de Sihwa Lake, 540 GWh/254 MW*1000 soit 2126 heures, simple calcul qu’ignorent de trop nombreux journalistes.

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