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On vous a annoncé les mêmes frissons et la même émotion que pour « Soldat Ryan ». Et bien non ! Le film « Dunkirk », titre initial en langue anglaise repris par beaucoup de distributeurs, est loin de ce niveau. Pas même du « Jour le plus long », construit comme un panégyrique à la gloire des combattants du D Day, mais qui disposait d’un scénario plus fidèle à la réalité historique.

Le rembarquement des troupes anglaises à Dunkerke

Christopher Nolan, de nationalité britannique, producteur à Hollywood, sept récompenses aux Oscars, retrace ici l’évacuation du corps expéditionnaire de l’armée britannique encerclé dans la poche de Dunkerque. L’opération « Dynamo » dura ainsi neuf jours, du 26 mai au 4 juin 1940. C’est un bon film, méritant le détour, de la belle ouvrage, travail soigné, mais lacunaire, partial, laissant le spectateur français sur sa faim.

Nous y suivons ainsi les tribulations de plusieurs tommies (soldats britanniques) tentant d’embarquer sans succès sur un unique quai où tout le monde se presse. Il y a beaucoup d’hommes et pas assez de bateaux. Les destroyers prévus par la Navy sont bombardés, ils coulent, il faut nager avec uniforme et équipement vers ce qui flotte pas très loin pour parvenir à s’échapper, à sauver sa vie. On meurt noyé dans les ponts inférieurs. On suit la bataille aérienne de trois pilotes couvrant l’évacuation à bord de leurs chasseurs Spitfire en limite de carburant, engageant Stukas et Messerschmitt qui sèment l’enfer sur la plage où s’entassent les colonnes régimentaires sagement formées en attente d’embarquement. Emotion recherchée dans l’épopée d’un bateau de plaisance participant au recueil avec toute une flottille de « little ships » civils qui se mobilisent spontanément pour pallier les insuffisances de la Navy. Avec leur faible tirant d’eau, ils permettent les recueils directement sur les plages, ils portent secours aux personnels des bateaux coulés en mer par l’aviation adverse. « La patrie » s’écrie l’amiral commandant l’embarquement en voyant les premiers arriver. Instant patriotique assurément ! Ils sauvent l’opération en permettent de multiplier  par dix l’effectif  évacué initialement prévu : 340 000 hommes au lieu de 45 000.

Le rembarquement a été rendu possible par la défense acharnée de deux divisions françaises, sacrifiées. A Dunkerke, la Whermacht a perdu autant d’hommes que lors du débarquement de Normandie.

La mise en scène suscite intérêt grâce à un scénario haletant, une reconstitution soignée qui a mobilisé beaucoup d’équipements et matériels d’époque (dont un navire hôpital reconstitué, abominablement coulé dans le film) mais les spectateurs français avertis sortiront déçus.

Ce film est d’abord un film à la gloire de la Grande- Bretagne. L’approche immersive qui concerne quelques individualités masque totalement le rôle de l’armée française, quasi-absente du film. Au tout début cependant, quelques soldats en casque Adrian de couleur bleu horizon, défendent une barricade de sacs de sable en entrée de ville. Ils semblent avoir provoqué une fusillade fratricide contre un groupe de héros britanniques qui fuient l’Allemand. Contact peu amène. On comprend tout de même qu’ils protègent ce repli et qu’on les abandonne là. Définitivement. D’autres tentent quelque temps plus tard de s’introduire dans la très longue file d’attente devant le quai d’embarquement. Ils sont implacablement rejetés : on n’embarque pas les Français. Un dernier est reconnu parmi les fuyards dans un uniforme britannique. On pointe le fusil vers lui, c’est un traitre ! Il est menacé d’exécution immédiate.

40.000 Français parviendront aussi à embarquer. Pas un mot sur eux dans le film

Dans ce chaos, le port de Dunkerque est entrevu mais l’écrasement de la ville sous les bombardements n’est aucunement évoqué. Le désordre général et l’énorme et bien connu embouteillage des matériels abandonnés n’apparaissent  pas. La plage est vide, avec ses colonnes de soldats de sa Majesté disciplinés, attendant en bon ordre.

Ceci ne peut que provoquer un sentiment de frustration pour nos compatriotes qui connaissent cette histoire : le film ne dit pas que ce sont les Français qui ont défendu la poche de Dunkerque jusqu’au dernier moment, avec l’énergie du désespoir. L’effectif de deux divisions en arrière-garde fut ainsi sacrifié. Le premier ministre britannique a lui-même reconnu que sans ce sacrifice des Français, et même sans l’aide la marine française, le rembarquement n’aurait pu avoir lieu. 40 000 Français ont aussi été rembarqués. Il est navrant de ne pas les apercevoir.

On ne nous dira pas que ce repli fut initialement décidé par les britanniques qui rompirent le combat et se retirèrent unilatéralement sur Dunkerque après la défection belge, abandonnant une contre-offensive qui devait rompre l’encerclement vers la Somme. On oublie enfin de signaler la chance inouïe qui a permis ce succès : la décision d’Hitler de stopper ses divisions blindées à 25 kilomètres de Dunkerque. Ordre incompréhensible accordant le répit salutaire. On ne fait rien sans la chance. Dunkerque en 1940 est un miracle comme le fut la Marne en 1914.

La critique française, sans doute quelque peu déférente envers les producteurs hollywoodiens et leur sens indépassable du spectaculaire, est unanimement positive. Il est vrai que c’est l’honneur de l’Angleterre d’avoir été la première à mettre le nazisme en échec et d’avoir ainsi permis sa défaite finale. La honte du nazisme perdure. Cela méritait d’être rappelé et cela est réussi.

Sans doute les Français oublient-ils quelque peu leur histoire et peuvent ainsi tolérer certains détournements. On peut s’interroger : cette critique aurait-elle rassemblé la même belle unanimité si un producteur français avait eu l’idée d’un film rappelant les mérites de l’armée française et de ses combattants au cours d’une bataille de la dernière guerre ? Rien n’est sûr, tant l’autoglorification et  la pensée positive semblent mal supportées en France…

Colonel (ER) Gilles LEMAIRE

Revue ENGAGEMENT » de l’ASAF – Source : www.asafrance.fr

Video complément d’information: http://www.youtube.com/watch?v=XaR1BH-yuIA

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