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Les blessures graves de Boris Faure, l’éviction de Jean Messiha d’Europe 1… Pour Gilles-William Goldnadel, ces événements ne sont que les derniers révélateurs d’une manipulation de l’information par l’idéologie dominante, qui use de la défense du « bien» comme d’un outil de censure.

Mon fidèle lecteur sait bien que je professe depuis quelque temps l’idée que la société occidentale est affligée d’une méchante crise de nerfs. Une névrose l’accable depuis près d’un demi-siècle, mais paradoxalement, depuis que l’esprit public commence à se libérer de l’idéologie qui le domine, la voilà qui s’énerve et qui devient méchante.

Par temps calme, l’instance inconsciente de censure que j’appelle aussi «autorité d’occultation» de l’idéologie médiatique dominante se contente de dominer paisiblement l’esprit public en focalisant arbitrairement sur ce qui lui convient et en dissimulant ou minimisant ce qui la dérange.

Mais après une rude bourrasque, voilà qu’à présent l’idéologie en voie de contestation et que je pourrais nommer antifasciste d’opérette, fait donner à présent ses nouveaux talibans. Gros plan sur les unes et travelling sur les autres.

  • Je ne connais pas Jean Messiha mais il paraît qu’il fait partie du Front National. Il est acquis qu’il devait participer à l’émission- débat de l’excellent Christophe Hondelatte sur Europe 1. À la suite de quelques vociférations de ces défenseurs de la liberté d’expression sans limite pourvu qu’elle se borne à leurs idées, la participation de l’intéressé a été annulée.
Je conçois parfaitement qu’on puisse détester le Front National, c’est même une liberté sans limite, mais j’interdis qu’on m’interdise d’écouter ce qu’il a à dire

Je conçois parfaitement qu’on puisse détester le Front National, c’est même une liberté sans limite, mais j’interdis qu’on m’interdise d’écouter ce qu’il a à dire. À l’antipode extrême du planisphère politique, prenez ma consœur Raquel Garrido, insoumise autoproclamée. J’aurais du mal à m’accorder avec elle sur une couleur, ou sur le temps qu’il fait, et pourtant j’aurais plaisir à lui porter la contradiction dans quelques jours dans l’émission de Thierry Ardisson «Les Terriens du Dimanche». Cela s’appelle le débat démocratique, mais ceux qui se gargarisent chaque jour avec ce mot en ont fait un breuvage vomitif pour recracher tous ceux qui les dégoûtent.

Si un membre de la gauche extrême avait connu le sort funeste de Messiha, l’idéologie antifasciste d’opérette aurait ressorti son plus beau vocabulaire résistant pour expliquer que le fantôme de Goebbels avait été aperçu rue François 1er. Mais ici, pas de phrases, le silence. Le néant. Le rideau occultant.

Un député fraîchement élu assomme un représentant politique d’un parti adverse à coups de casque de moto. Il se défend en prétendant avoir été injurié racialement. Sa victime est dans un tel état qu’elle est admise d’urgence dans une unité de soins intensifs.

Le crâne de Boris ne vaut manifestement pas l’anus de Théo

La chose est peut-être courante en Turquie, en Biélorussie ou au Zimbabwe, mais en France elle n’est pas arrivée depuis la IIIe République. C’est donc un fait exceptionnel pour ne pas dire unique. C’est ce qui est arrivé la semaine dernière lorsque le député de la République en Marche M’jid El Guerrab a envoyé à l’hôpital Boris Faure, cadre du Parti Socialiste. Résultat: quelques articles très calmes dans la presse de papier mais l’audiovisuel pratiquement aux abonnés absents à commencer par celui du service public. Le crâne de Boris ne vaut manifestement pas l’anus de Théo. Ici une tempête, là, l’autorité d’occultation veille à ce qu’il n’y ait qu’un grain.

Mon imagination est impuissante à décrire l’ouragan résistant, si par malheur, un député du parti de Monsieur Messiha ou de Monsieur Wauquiez avait frôlé le cuir chevelu ou seulement l’épiderme du motard à la fois casqué et député.

Quant à l’esclavagisme, les chrétiens et les noirs pourraient bien diligenter une procédure à Alger pour obtenir réparation des razzias sur les côtes méditerranéennes et en Afrique

À la suite du cyclone médiatique de Charlottesville, l’idéologie dominante a réussi à tétaniser toute réflexion critique en interdisant de blâmer ces violentes organisations d’extrême-gauche, totalitaires, anti-blanches, parfois antisémites, dès lors qu’elles ont préempté l’appellation magique et immunisante d’«antifasciste» qui les fascine tant qu’il leur va comme un gant.

Dans l’euphorie de cette victoire médiatique, des deux côtés de l’Atlantique, des talibans déchaînés ont entrepris qui d’interdire «Autant en emporte le vent», qui de déboulonner des statues d’esclavagistes, qui de vouloir supprimer les rues Colbert et bientôt Bonaparte.

Dès lors, je ne vois pas pourquoi je m’interdirais de débaptiser l’hôpital Saint-Louis, le bon roi n’ayant pas toujours été d’un philosémitisme irréprochable. Dans mon élan vengeur, j’interdirais également volontiers «La Grande Illusion». Outre que le communiste Jean Renoir a eu des mots très aimables pour Adolf Hitler, le rôle de petit juif mercanti que campe Marcel Dalio m’a toujours inspiré des sentiments mélangés. Brûlons donc ce chef-d’œuvre et faisons sortir des navets pour cultiver les poires. Quant à l’esclavagisme, les chrétiens et les noirs pourraient bien diligenter une procédure à Alger pour obtenir réparation des razzias sur les côtes méditerranéennes et en Afrique.

Mais gardons-nous d’avoir le mauvais goût de réclamer des comptes à la Mauritanie pour l’esclavage des noirs qui se poursuit encore aujourd’hui. Seul le passé fantasmé du passif blanc est fascinant, le réel sombre du présent est moins intéressant.

À ce degré de névrose collective et de nécrose intellectuelle, je ne vois plus qu’une médecine ultime: Un éclat de rire, et le mot merde en prime.

GILLES WILLIAM GOLDNADEL

Source: https://www.dreuz.info/2017/09/05/goldnadel-selon-que-vous-appartenez-au-camp-du-bien-ou-non-les-medias-vous-menagent-ou-vous-ecrasent/

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