Le Grand Condé – Le rival du Roi-Soleil ? Exposition à Chantilly…

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Ce prince hante toujours – avec bienveillance ! – le domaine du château de Chantilly…

 
« Au moment que j’ouvre la bouche pour célébrer la gloire immortelle de Louis de Bourbon, prince de Condé, je me sens également confondu, et par la grandeur du sujet, et, s’il m’est permis de l’avouer, par l’inutilité du travail. »

Ainsi commençait l’oraison funèbre de Bossuet dédiée à ce cousin de Louis XIV.

Entré dans la postérité en tant que Grand Condé, ce prince hante toujours – avec bienveillance ! – le domaine du château de Chantilly, écrin de la plus importante collection de peinture classique de notre pays, après le Louvre, enrichie au XIXe siècle par le fils de Louis-Philippe, le duc d’Aumale, qui hérita de l’ensemble du domaine. Il était donc naturel que soit consacrée à ce Bourbon, ici-même – au Jeu de Paume exactement –, une exposition, la première du genre : Le Grand Condé – Le rival du Roi-Soleil ?

Mais de qui parle-t-on ? Du génial tacticien militaire, vainqueur, notamment, des Espagnols à la bataille de Rocroi en 1643, laquelle annonçait le début de la suprématie militaire française en Europe ; du frondeur égaré – traître à son roi, qui lui pardonna ses errements et accepta, en 1671, son invitation à Chantilly pour sceller leur réconciliation – ou de l’amateur d’art éclairé ? De tous ceux-là car l’homme eut plusieurs vies.

Pour raconter cet illustre personnage du roman national, excédant bel et bien les frontières de 1789, gravures, tableaux – dont le remarquable Portrait du Grand Condé, par Juste d’Egmont –, sculptures, livres et armes d’époque se succèdent dans une scénographie aussi délicate qu’enveloppante, à tel point que, pour un instant, notre temps se met de lui-même entre parenthèses.

Et s’il s’est politiquement fourvoyé – au point de servir l’Espagne, qu’il avait jadis combattue, contre le royaume de France –, au moins ce prince aura-t-il eu le nez fin sur le plan des arts et des lettres, accueillant chez lui des noms qui résonnent encore dans notre imaginaire et nous enorgueillissent d’être français : Molière – dont on peut admirer le fameux portrait par Mignard, habituellement exposé dans le château, au musée… Condé ! –, La Fontaine, Racine, La Bruyère, etc.

Est évoqué aussi le souvenir de Vatel, « alors grand ordonnateur des plaisirs du prince mais déshonoré par le retard de l’arrivée de la marée lors des réjouissances organisées par le Grand Condé en l’honneur du roi », explique-t-on. Vatel se suicidera alors à Chantilly.

Après cette visite, il sera toujours temps de se perdre dans le parc du château, œuvre de Le Nôtre – qui le préférait à celui de Versailles –, où à l’ordre royal répond un apparent désordre propice à la rêverie solitaire ! Ce sera comme une prolongation de la visite car ici règne, pour l’éternité des hommes au moins, le souvenir d’un personnage devenu une pleine page de notre histoire, qui préféra finalement l’ombre intime de son domaine à la lumière parfois aveuglante de la cour.

Source: http://www.bvoltaire.fr/charlesdemassieux/le-grand-conde-le-rival-du-roi-soleil-exposition-a-chantilly,288546

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