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Venu des élèves, il est le plus souvent la marque d’une morale lacunaire, une forme d’irresponsabilité, de jalousie destructive.

Le harcèlement à l’école a toujours existé, mais il semble qu’il prenne de plus grandes proportions. Un jour de novembre 2012, c’est un élève de 5e qui est attrapé dans la cour de récréation par une quinzaine d’élèves, plus jeunes que lui: ses agresseurs le maintiennent au sol, le rouent de coups, filment la scène, mettent la vidéo sur Facebook. Un exemple parmi d’autres.

Parfois, le dénouement est plus tragique encore. Le dimanche 12 mars, TF1, dans l’émission « Sept à huit », a diffusé le témoignage émouvant d’une mère dont la fille, victime de harcèlement scolaire, s’est suicidée. Elle s’en veut de ne pas avoir compris plus tôt ce qu’il se passait. Pour combattre ce fléau, elle a décidé de publier les mémoires inachevés de sa fille en leur donnant pour titre cette résolution mise en exergue : « Rester fort. »

Émilie – c’est son prénom – décrit son calvaire : crachats, coups de pied, insultes et moqueries, mouchoirs usagés lancés sur sa tête, c’était son lot quotidien. Elle a le défaut de bien travailler : on la surnomme « l’intello la plus moche de la classe ». Elle finit par craquer, ne veut plus retourner à l’école, achève sa troisième par correspondance.

Au lycée professionnel, elle semble aller mieux. Mais elle est fragile. Elle ne veut pas être prise en photo. Elle pleure souvent. « Ils l’ont bousillée », dit sa mère. Elle finit, un soir, par se défenestrer : elle reste un mois dans le coma, puis décède.

Cela ne s’est pas passé dans un collège difficile, mais dans un établissement plutôt bourgeois où il sied de porter des habits de marque, où le paraître l’emporte sur l’être.

Ses professeurs ne se sont rendu compte de rien : c’était une bonne élève, qui ne posait pas de problème de discipline. On ne peut reprocher aux enseignants de n’avoir pas vu ce que la mère elle-même n’a pas vu. D’autant plus qu’un élève ne révèle pas souvent qu’il est harcelé. Il en a honte et se remet en cause lui-même plus qu’il ne remet en cause ses harceleurs. 

C’est ainsi que peuvent se jouer dans les murs d’un établissement scolaire des drames méconnus qui se terminent parfois en tragédie.

Face à ce phénomène, qui prend de l’ampleur, le ministère fait ce qu’il peut, c’est-à-dire pas grand-chose. Il met en place des actions contre le harcèlement à l’école. Il a créé deux Numéros Verts : « Non au harcèlement », où les élèves, les parents et les professionnels peuvent demander conseil, « Net écoute », pour le harcèlement sur Internet. Mais ces mesures ne sont pas à la hauteur du mal.

Ce fléau ne touche pas seulement les élèves. Des professeurs eux-mêmes sont en butte au harcèlement de leurs élèves, de leur supérieur hiérarchique, voire – plus rarement – de leurs pairs. Généralement, ils ne s’en vantent pas. Jusqu’au moment où ils craquent, eux aussi, perdent confiance, tombent dans la dépression.

Le phénomène du harcèlement n’est pas seulement une distraction stupide, un jeu sadique de celui qui joue au fort contre le faible. Venu des élèves, il est le plus souvent la marque d’une morale lacunaire, une forme d’irresponsabilité, de jalousie destructive. De la part d’adultes, il traduit un sentiment d’infériorité refoulé, une conscience de sa propre bêtise qui trouve son remède dans l’anéantissement de l’autre.

Source: http://www.bvoltaire.fr/jeanmichelleost/harcelement-a-lecole-manifestation-de-propre-faiblesse,319185

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