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Il était une fois un petit singe plus malin que les autres… plus malin ? L’auteur de « Sapiens », Y.N. Harari n’en est pas trop sûr mais nous montre que ce « Sapiens » au gros cerveau avait et a une curiosité gratuite, insatiable, curiosité qui l’a amené à changer totalement son mode de vie, à vouloir toujours plus, toujours plus loin, toujours autre chose… à vouloir le bonheur !

J’ai adoré ce survol de l’histoire humaine fait par un érudit capable de se mettre au niveau de tous ses lecteurs, de leur apprendre d’où ils viennent, pourquoi et comment ils évoluent. Le livre est une entrée fulgurante dans un monde en même temps connu et inconnu, entrée qui se fait  avec humour autant qu’avec simplicité. Exception faite de quelques pages, mon plaisir à le lire était permanent et je voudrais vous en donner le goût par un extrait:

Selon la théorie du métissage, quand Sapiens se répandit dans les terres de Neandertal, il fraya avec ceux-ci jusqu’au mélange des deux populations. Si tel est le cas, les Eurasiens actuels ne sont pas de purs Sapiens, mais un mélange de Sapiens et de Neandertal. De même, quand Sapiens atteignit l’Asie de l’Est, il se mêla à l’Erectus local, si bien que Chinois et Coréens sont un mélange de Sapiens et d’Erectus.

L’approche opposée, la « Théorie du remplacement », raconte une histoire très différente d’incompatibilité et de révulsion, voire de génocide. Selon cette théorie, les Sapiens et les autres humains avaient des anatomies différentes et très probablement des habitudes d’accouplement, voire des odeurs, différentes. Sexuellement, ils ne se seraient guère intéressés les uns aux autres.

L’auteur de l’ouvrage, Yuval Noah Harari

Même si un Roméo Neandertal et une Juliette Sapiens étaient tombés amoureux, leurs enfants eussent été incapables d’engendrer à leur tour, parce que le fossé génétique qui séparait les deux populations était déjà infranchissable. Les deux populations restèrent entièrement distinctes , et quand les Neandertal moururent, ou furent tués, leurs gènes disparurent avec eux. Dans cette optique, Sapiens remplaça toutes les populations humaines  antérieures sans se mêler à elles. Si tel est le cas, on peut faire remonter tous les lignages humains contemporains à la seule Afrique orientale, voici 70.000 ans. Nous sommes tous de « purs Sapiens ».

Ce débat est lourd de conséquences. Dans la perspective de l’évolution, 70.000 ans est un intervalle relativement bref. Si la Théorie du remplacement est juste, tous les hommes vivants possèdent grosso modo le même bagage génétique, et les distinctions de race sont quantité négligeable. En revanche, si la Théorie du métissage est exacte, il pourrait bien exister des différences génétiques entre Africains, Européens et Asiatiques qui remontent à des centaines de milliers d’années. C’est de la dynamite politique qui peut donner des matériaux à des théories raciales explosives. (pp. 26-27)

J’ai particulièrement apprécié les précisions claires et nettes sur le Bouddhisme, des précisions qui concernent chacun de nous (pp. 264 à 267). La présentation du capitalisme, d’Adam Smith, est géniale. (pp. 363 à 369). Les commentaires  sur le bonheur et le sens de la vie – les constatations des neurobiologistes rendues compréhensibles par tous – m’ont ravie. (pp. 452 à 465). Un tout petit extrait montre que  la science ne saurait être désintéressée :

La recherche scientifique ne saurait prospérer  qu’en alliance avec une idéologie ou une religion. L’idéologie justifie les coûts de la recherche. En contrepartie, elle influe sur l’ordre du jour des chercheurs et détermine l’usage fait des découvertes. Pour comprendre comment l’humanité est arrivée à Alamogordo et sur la Lune – plutôt qu’à diverses autres destinations – il ne suffit pas de passer en revue les réalisations des physiciens, des biologistes et des sociologues. Il nous faut tenir compte des forces idéologiques, politiques et économiques qui ont façonné la physique, la biologie et la sociologie, les poussant dans certaines directions au détriment d’autres pistes. (p.322)

Et ma conclusion est : si vous ne lisez qu’un seul livre cette année, lisez Sapiens !

Mia Vossen

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