Print Friendly

Depuis des décennies (depuis l’introduction de la Politique Agricole Commune, le 14 janvier 1961), l’exploitant agricole est le mal aimé des partis politiques traditionnels. Comment peut-on accepter, par exemple, que le producteur soit obligé de vendre le lait à 35 % en-dessous de son coût de production ?

Les chiffres sont clairs. Le coût de production d’un litre de lait s’élève à 41,37 cents, main d’oeuvre comprise, représentant un montant de 14,7 cents. Or, ce même litre est acheté à 26,7 cents ! En retirant les frais de main d’oeuvre, le coût de production d’un litre tourne autour des 28 cents. Il y a donc un manque à gagner d’au moins 1,3 cents au litre.

D’année en année, la situation des petits producteurs se dégrade. En 2010, le manque à gagner était de 16 % (soit 5,87 cents) ; il est passé à 35 % (14,67 cents) en 2016. Ces chiffres nous sont fournis par le MIG-EMB (Milcherzeuger Interessengemeinschaft – European Milk Board).

Les coûts de production en Belgique, pendant la même période, se sont envolés : de 28,93 cents, en 2010, à 41,37, en 2016. La situation est encore plus catastrophique pour les producteurs wallons : de 29,16 cents à 43,36 vents, entre 2010 et 2016, alors qu’en Flandre, on parle d’une évolution de 28,79 cents à 40,13 cents.

L’Europe est la grande responsable de cette situation intenable par les petites entreprises laitières. Les quotas laitiers, imposés depuis l’empyrée de la Commission Européennes, sont une catastrophe et ne favorisent que les gros producteurs. Or, les conditions d’élevage intensif, pratiqué par les grosses entreprises, sont responsables des épidémies qui ont décimé les troupeaux, à plusieurs reprises, ces dernières années. Les petits producteurs sont les premières victimes des obligations d’abattages massifs – souvent injustifiés.

C’est aussi l’Europe qui laisse faire les entreprises de grande distribution. Maîtres des marchés, ces dernières imposent des prix d’achat du lait, de plus en plus bas. Le consommateur n’en profite pas, puisque les prix du lait n’ont pas diminué en parallèle. Pour les super et hypermarchés, seule compte la marge bénéficiaire. En ce qui concerne le lait, ces marges importantes se sont faites sur le dos des agriculteurs et des consommateurs !

Dernière folie de l’Europe : le lait en poudre. Afin de cacher les réalités misérables des petites entreprises, l’Europe se targue de leur acheter le lait pour le transformer en poudre. Problème, rien qu’en Belgique, 350.000 tonnes de lait en poudre attendent acheteurs… La surproduction de cette denrée fait chuter les prix sur le marché mondial. Membre du comité directeur du MIG-EMB, Erwin Schöpges nous déclarait récemment : « L’Europe a acheté le lait en poudre avec de l’argent public et n’est plus capable de l’écouler ».

Encore une folie européenne réalisée avec l’argent du contribuable. Et une folie qui met en danger les petits producteurs de lait, qui ne parviennent pas à faire entendre leurs cris de détresse par les représentants des partis traditionnels, bien trop occupés par les manoeuvres politiciennes à la Région wallonne.

Des mesures concrètes peuvent être prises. Il suffit d’écouter les fermiers, agriculteurs et producteurs de lait, qui jouent leur survie : chaque année, la Belgique enregistre la fermeture de 700 entreprises agricoles. Et pourtant, la production de légumes, fruits, viandes et laits de qualité reste la base d’un économie saine. Il faut sauver le soldat fermier !

Saluons chaleureusement la création, ce 2 septembre dernier, de la coopérative agricole Marguerite Happy Cow. Elle réunit 9 familles d’agriculteurs, détenteurs de quelque 500 vaches. La production annuelle avoisine les 4 millions de litres, dont une partie est transformée en fromage.

La coopérative permet aussi aux consommateurs de devenir des souscripteurs, à raison de 50 euros la part. Tant en agriculture qu’en politique, c’est avec du neuf que l’on bâtira l’avenir !

Commentaires