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Italie : une campagne nataliste sexiste et raciste ?

Moments difficiles pour Beatrice Lorenzin et son ministère de la Santé. C’est en effet la deuxième fois que cette dernière est contrainte à présenter ses plus plates excuses à la nation, suite à une campagne publicitaire nataliste jugée inopportune et offensante.

« Dépêche-toi, la cigogne n’attend pas ! » ; « La beauté n’a pas d’âge, la fertilité, si » ; « Jeunes parents : la meilleure façon d’être créatifs ! » Ces évidences biologiques, taxées de sexistes, ont déclenché l’ire des féministes autoproclamées (en réalité des phallocrates considérant les prérogatives du sexe féminin – enfantement, allaitement, garde des enfants – rétrogrades).

On a eu droit à tout le registre, allant de la glorification de l’individualisme proclamant « c’est mon corps donc mon choix », en passant par les cris d’alarme au « fascisme » dénonçant une immixtion de l’État dans la vie privée des citoyens, à la fausse vexation impliquant la « sensibilité des femmes frappées de stérilité ». Comme si ce n’était pas là, justement, le but de la campagne, à savoir celui de rappeler aux Italiennes que la première cause d’infertilité, c’est le renvoi à plus tard de la procréation (dans un pays où l’âge de la première grossesse est, en moyenne, de 32 ans).

Mais si le sexisme passe encore, le racisme, ah, ça, non ! Et c’est la dernière opération de communication qui a fait manifester certains citoyens et membres d’associations dans les rues de huit grandes villes, hier. Coupable, une affiche incitant à opter pour un style de vie saint, mettant en scène d’un côté de souriants jeunes gens aux traits européens targués de « bonnes habitudes à promouvoir » et, de l’autre, les « mauvaises fréquentations à abandonner » incarnées par une jeunesse multiraciale en train de faire usage de drogue. La ministre, qui s’est défendue arguant que« le racisme est dans les yeux de celui qui regarde, nous, nous pensons à la prévention, celui sur la photo n’est pas, pour nous, un “Noir” mais un jeune comme les autres », a tout de même retiré les affiches et licencié son directeur de communication.

On espère que les manifestants seront aussi attentifs quant à la composition de certaines équipes de football où ces mêmes “jeunes gens aux traits européens” sont toujours plus en minorité.

Des indignations, somme toute, assez superficielles. Car l’inélégance de l’opération réside plus dans le fait qu’elle n’est supportée par aucune mesure en faveur de la natalité, et qu’elle provient d’un gouvernement en dernière ligne des politiques natalistes, qui promeut la déconstruction de la famille, et qui a fait plonger le pays dans une crise économique profonde. 40 % des jeunes étant au chômage, et l’avenir ne profilant que la précarité, difficile, dans ces conditions, de penser à la procréation ! Ce qui est pourtant un des problèmes majeurs du pays : avec un des taux de natalité les plus bas au monde, les démographes parlent de « suicide démographique ».

Rappelons, cependant, que c’est aussi dans les régions les plus pauvres d’Italie (Campanie et Sicile) que l’on fait le plus d’enfants. Force est de constater que ce suicide démographique – comme ailleurs en Europe – n’est pas seulement la conséquence d’une économie en crise, mais celle de la disparition du lien social et de l’individualisme exacerbé à la recherche du divertissement aussi longtemps que possible.

Source: http://www.bvoltaire.fr/audreydaguanno/italie-campagne-nataliste-sexiste-raciste,284326

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