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Quel amateurisme … Alors que le pays est toujours sous la menace de terroristes se réclamant d’Allah et de l’Etat islamique, le politique a, une nouvelle fois, fait preuve de ses radicalisme et amateurisme idéologiques. Tout le monde (régions et communautés) y va de son « plan » de déradicalisation non coordonné, comme si les candidats au djihad respectaient les « frontières » des entités fédérées. Résultat : une cacophonie coupable, une perte de temps, une perte de deniers publics et surtout une perte énorme de crédibilité. Les condamnés de Sharia4Belgium et de son succédané Way of Life doivent rire derrière les barreaux. Jugez-en…

Premier volet du flop : l’ « expert » en déradicalisation de djihadistes, Montasser Alde’emeh, arrêté à son domicile de Molenbeek, le 11 janvier!

Montasser Alde'emeh,
Montasser Alde’emeh, coqueluche de la gauche médiatique et inculpé pour faux et usage de faux…

Montasser Alde’emeh est connu pour avoir été mener une enquête journalistique dans les rangs de l’Etat islamique et du mouvement terroriste Al Nusra en Syrie, à la recherche des belges perdus dans le djihad. Il a, dans la foulée, créé une ASBL « De Weg naar » (on ne trouve pas la trace au Moniteur sous ce nom …) dont l’objectif est de déradicaliser les « returnees » et de prévenir les départs de candidats au djihad. On lui doit le coaching de Michael « Younnes » Delefortrie, un djihadiste revenu de Syrie et condamné à trois mois (!) de prison avec sursis lors du procès de Sharia4Belgium. Reconverti dans la boulangerie halal à Anvers, Delefortrie n’a jamais renoncé à son idéal de combattant d’Allah au grand dam de Montasser Alde’emeh qui a jeté l’éponge : les returnees ne peuvent être remis sur le chemin de la raison.

Fort de ces expériences, le belgo-palestinien est vite devenu la coqueluche des médias et des politiques et montré en exemple dans le cadre de la lutte contre la radicalisation. Las … L’expert adulé vient de se voir inculper de faux et usage de faux. En cause, une attestation bidon de déradicalisation fournie à Jawad Ouchan – djihadiste arrêté alors qu’il partait pour la Syrie – afin d’appuyer sa remise en liberté devant la chambre du Conseil anversoise.

Egalement dans le collimateur de la justice, l’avocat du djihadiste, Me Nabil Riffi, ainsi que le frère de Jawad. Ce dernier, Khalid Ouchan, est l’imam de la mosquée Al Buraq de Malines. Celui-ci a remplacé, suite à de nouvelles élection, l’ancien imam sur fond de polémique de fraude et de mini coup d’état mené par la maison de jeunes ROJM. ROJM avait été rappelé à l’ordre en novembre 2011 par le collège des bourgmestre et échevins de Malines suite aux visites répétées de Sharia4Belgium et à la réalisation de vidéos de propagande dans les locaux de l’organisation. Mohammed Ouamari, porte-parole de ROJM, avait déclaré alors ne pas être au courant. La justice établira si Montasser Alde’emeh s’est brûlé les ailes aux flammes du radicalisme …

Ismael Saïdi
Ismael Saïdi, auteur et acteur de « Jihad », le grand ami des politiques Milquet ou Vervoort, condamné pour escroquerie…

Deuxième volet du flop : Ismael Saïdi, l’auteur et acteur de la pièce Jihad jette l’éponge sur fond de condamnation pour escroquerie

Autre coqueluche de Joëlle Milquet, Rudy Demotte, Fadila Laanan et Rudy Vervoort, Ismael Saïdi avait reçu, au profit de son ASBL AviScène (clin d’oeil au philosophe persan Abu ‘Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina) un subside de 275.000 € de la Région bruxelloise pour produire une série de capsules vidéo promouvant une lecture moderne du Coran. Rétroactes …

Ismael Saïdi est né en Belgique le 20 septembre 1976. Il réussit à 19 ans les examens de recrutement à la police et reprend dans le même temps des études supérieures. Gradué en relations publiques de l’ULB et en sciences sociales de l’UCL, il quitte la police pour réaliser sa passion première : devenir cinéaste. Domaine dans lequel il va exceller. Il scénarise et produit 30 épisodes d’une série marocaine à succès « Ya Biladi », scénarise et réalise une série télévisée toujours marocaine « Rhimou » pour enfin scénariser, coproduire et réaliser en 2009 son premier long-métrage « Ahmed Gassiaux », suivi par « La Reine des Sables » (aidé par la Commission de soutien à la production cinématographique marocaine à hauteur de 279.000 €) et par « Moroccan Gigolos » en 2013, film coproduit par la Communauté française et … VOO. Ismael Saïdi a reçu également des subsides de la Communauté française pour la pièce bien connue « Jihad ». Bref, une belle réussite professionnelle et artistique qui nous change des clips haineux du rap de banlieue.

Notre écrivain, scénariste, producteur et réalisateur n’ayant rien d’un « savant » islamologue semble avoir été dépassé par son succès. Le projet supporté par son ASBL AviScène (mais surtout les subsides (trop) importants attribués) a été critiqué pour une non-mise en concurrence par Emmanuel De Bock (Défi, ex-FDF) ; Saïdi a reçu des menaces de musulmans radicaux opposés au projet et, in fine, se voit rattrapé par une condamnation pour escroquerie par la cour d’appel de Casablanca en 2014. En cause, deux chèques en bois (35.000 €) émis lors de la production du film « Ahmed Gassiaux » qui lui ont valu en appel quatre mois de prison avec sursis et l’obligation de rembourser ses dettes. Ismael Saïdi conteste avoir eu l’intention d’escroquer qui que ce soit et reconnaît avoir fait preuve de négligence en ne se présentant pas à l’audience d’appel. Un peu faible comme défense ?

Laissons de côté cette « dénonciation » opportune au moment où 275.000 € allaient tomber dans les caisses de l’ASBL AviScène pour nous intéresser au fond.

Première observation. L’ASBL AviScène a été créée le 4 février 2015. Son objet social principal : la production et réalisation de films. L’administrateur-délégué est Ismael Saïdi, la trésorière, son épouse (qui fut par ailleurs maquilleuse pour le film Moroccan Gigolos). Affaire de famille donc, et qui pose problème. La loi sur les ASBL permet qu’un administrateur puisse également être employé de celle-ci (et donc rémunéré) pour autant qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt entre les deux fonctions. La même loi interdit à une ASBL d’enrichir ses administrateurs et membres. Sauf à imaginer qu’Ismael Saïdi travaille gratuitement (ce qui n’est pas à exclure), le danger de conflit d’intérêt existe bel et bien. Les services de Rudy Vervoort (et de Fadila Laanan) ont-ils vérifié la légalité du montage ? A n’en point douter, le « métier » de Saïdi est la production et réalisation de films. Pourquoi ne pas avoir créé une SPRL soumise à l’impôt des sociétés ?

Deuxième observation. On retrouve dans le projet de capsules un certain Michaël Privot. L’islamologue converti Michaël Privot est, de son aveu, un ancien membre de la Confrérie des Frères musulmans, mise sur la liste des organisations terroristes par l’Egypte et certains états arabes. Michaël Privot ne convainc point en se déclarant ex-Frère musulman : en effet, il est toujours directeur de l’ENAR (European Network Against Racism), organisation connue pour être une officine de la Confrérie.

Une récente étude du Berlin Social Science Center établit que 66% des musulmans belges estiment que le croyant doit retourner aux racines de la foi (c’est le mot d’ordre des sunnites et des wahhabites) ; 82 % estiment qu’il ne peut y avoir qu’une seule interprétation du Coran (à savoir l’interprétation sunnite) et 70% que la charia est plus importante que les lois des hommes. En réponse à ce constat, Michaël Privot martèle que l’ « on peut être à la fois fondamentalisme et démocrate ». Opinion radicale compatible avec le projet de déradicalisation dont il est (était ?) une des chevilles ouvrières ?

Ismael Saïdi et Michael Privot ont signé une tribune dans La Libre proposant 10 mesures radicales (mot assurément mal choisi) pour faire émerger l’Islam de Belgique. Parmi ces propositions (qui ont fait l’objet d’un article dans Le Peuple), on peut découvrir « Mise sur pied et financement de programmes d’échange internationaux entre mosquées et instituts universitaires islamiques promouvant activement le développement de pensées islamiques contemporaines, ancrées dans leurs contextes nationaux respectifs (par exemple : Bayan Claremont de l’Université Claremont Lincoln et le Zaytuna College (USA), Université d’Etat Islamique Syarif Hidayatullah (Indonésie)). »

Université d’Etat Islamique Syarif Hidayatullah (Indonésie) : Cette université est en réseau avec Al-Azhar University (Cairo) et la King Saud University (Riyadh). Pas vraiment des exemples de représentants d’un Islam « modéré »…

Bayan Claremont : Cette institution américaine a participé à une réunion organisée par l’International Institute of Islamic Thought (IIIT) visant à établir un consortium des institutions académiques US enseignant l’Islam. L’IIIT a été créé en 1980 par la Confrérie des Frères musulmans.

Zaytuna College (USA) : Le but déclaré sur le site de l’institution est de “faire de Zaytuna une place où la tradition musulmane vit. (…). Le “Clarion Project (ONG américaine indépendante monitorant le fondamentalisme musulman) relève que ce collège a une longue histoire liée à l’incitation au terrorisme religieux aux relations avec des prédicateurs et “savants” extrémistes. Son fondateur, Hamze Ysuf déclarait en 1996 : « Je suis citoyen de ce pays (NdR : les USA) non par choix mais par naissance. Je réside dans ce pays, non par choix, mais par conviction pour diffuser le message islamique dans ce pays. (…) Je ne crois pas aux faux dieux de la société, qu’ils s’appellent Jésus ou démocratie, ou Droits de l’Homme ». En 1992, le co-fondateur du collège déclarait appuyer l’idée qu’un califat islamique devait entreprendre le djihad contre les ennemis de l’Islam. Le collège a également invité Tariq Ramadan, la figure de proue des Frères musulmans en Europe, en guest star d’une série de conférences organisées par l’établissement. Enfin les fondateurs Hamze Yusuf and Zaid Shakid se produisent régulièrement dans des colloques organisés par des officines fréristes. Exemples à suivre pour faire émerger un Islam belge comme le propose Michael Privot ?

Ismaël Saïdi n’est pas islamologue ; jamais il n’a, dans ses interviews, revendiqué un retour à la tradition des premiers temps de l’Islam ni donné un appui à l’idéologie politico-religieuse des Frères musulmans. Il semble bien qu’il ait été embrigadé comme « idiot utile » dans la signature de ces propositions portées par le Docteur Jekill et Mister Hyde qu’est Michaël Privot. Mettre un fondamentaliste à la tête d’un projet « déradicalisation » : surréalisme à la Belge ?

Il serait bon de rappeler aux politiques de tous les partis au pouvoir dans le puzzle communautaire belge que le pays est sous la menace terroriste et qu’il le restera encore pendant des mois, voire des années. Joëlle Milquet vient seulement de découvrir que la Task Force radicalisation existait depuis un an ! Ceci, conjugué aux flops des initiatives individuelles et politiques anti-radicalisation donne à la population un sentiment d’amateurisme dans le chef de ses élus. Le spectacle affligeant du projet « capsules » mort-né a de quoi interpeller. Ne faudrait-il pas d’abord déradicaliser idéologiquement le monde politique et confier la lutte anti-djihad à des gens sérieux choisis par des politiques compétents ?

Terminons cet article en remerciant Ismael Saïdi pour son engagement citoyen dans la lutte contre les fous d’Allah tout en lui conseillant, à l’avenir, de confier ses déboires financiers à de meilleurs avocats.

P.H.

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