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La Turquie dirigée par Erdoğan le Grand Calife, vit depuis quelques temps des troubles graves.

Les toutes dernières atrocités à Istanbul et Izmir, perpétrées et revendiquées ou non par l’état islamique, confirment la dégringolade sécuritaire du pays. Comme d’habitude, ce sont des innocents qui ont été assassinés.
La communauté internationale horrifiée, à juste titre, par les différents drames qui ont été vécus par les Turcs ces derniers mois, risque de présenter Erdoğan, à tort, en martyr.

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Ce sont les citoyens turcs qui sont les vraies victimes.

Nous n’allons pas présenter la biographie de Recep Tayyip Erdoğan, qui est disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Internet, mais nous intéresser aux graves incohérences et manipulations du Calife et à sa volonté de soumettre le pays à son autorité absolue.

Cet homme qui a été successivement maire d’Istanbul, Premier Ministre et depuis 2014, Président de la Turquie, avait bien caché son jeu dans les premières années.
Fondateur en 2001 du « Parti de la justice de du développement » (AKP) qui est devenu rapidement majoritaire à l’Assemblée Nationale, nous aurions pu croire qu’il travaillait à l’épanouissement de la Turquie pour faire entrer son pays dans une vraie démocratie moderne. Il souhaitait évidemment poursuivre les négociations pour l’entrée de la Turquie en UE, ce qui aujourd’hui se révèle une chimère, à juste titre.

Après un bon début de redressement économique du pays, cet homme s’est progressivement dévoilé : mégalomane, nationaliste – impérialiste ottoman, musulman radical (« Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats » et « la femme n’est pas égale de l’homme »), et enfin dictateur.

Sans vouloir entrer dans une chronologie trop complexe, il faut retenir que les premières manifestations de son emprise idéologique sur le pays ont été marquées par le limogeage des « sympathisants » de son ancien allié Fethullah Güllen, intellectuel musulman, créateur du mouvement Hizmet (« service »), par des purges visant la majorité des « Kémalistes » laïcs et de nombreux citoyens d’origine kurde. S’en sont suivies, au fil du temps, des « épurations » plus larges dans la presse, l’armée, la magistrature, les universités.

Erdoğan a aussi tenu un rôle très ambigu dans l’affaire des migrants, soumettant l’Europe à une sorte de chantage.

Lorsque vint la tentative de coup d’état du 15 juillet 2016, Erdoğan fut sauvé et aidé, in extremis, par des informations émanant des services secrets russes. Sans eux, Erdoğan serait aujourd’hui mort ou en prison. Les Américains n’étaient curieusement pas au courant !

Le monde entier connaît la répression ciblée, décidée par le Calife, suite à ce putsch manqué. Faisant arrêter non seulement les putschistes, mais aussi tous ceux qu’il voulait museler depuis longtemps.

Ce coup d’état bien réel, a été une occasion unique pour anéantir toute l’opposition.

Dans sa fureur, sans s’en rendre vraiment compte, Erdoğan semble avoir détruit ses propres services de renseignements capables d’anticiper, tant les attentats « Kurdes » que « djihadistes ». Aujourd’hui l’intelligence militaire et les renseignements policiers turcs n’existent plus.

Son amitié soudaine avec Vladimir Poutine, s’explique aisément. Sans les Russes, la Turquie serait la proie d’attentats bien plus nombreux avec le risque pour le pays, de partitions diverses. C’est aujourd’hui la Russie qui fournit les informations classifiées au renseignement turc.

Les Américains et l’OTAN sont dans une position très inconfortable et invraisemblable. Le pays membre de l’OTAN le plus important de cette région fait alliance avec Vladimir Poutine. Obama doit en être malade ! Nous n’avons pas pu obtenir de confirmation sur un point qui nous paraît important. Les armes nucléaires de l’OTAN stockées dans la base turque d’Incirlik, ont-elles été transférées ailleurs ?

Nous n’avons pas oublié dans cet imbroglio, la volonté d’Erdoğan de rayer de la carte, les combattants kurdes du PKK. Certes, celui-ci n’est pas composé de chérubins, mais la peur panique d’Erdoğan pour l’indépendantisme kurde explique beaucoup de choses.

Les responsables occidentaux se font très discrets sur les massacres (évoqués par divers médias) perpétrés par l’armée turque, dans des bourgades stratégiques kurdes.
Pour nous, le rassemblement des Kurdes des 4 pays (Iran, Irak, Turquie, Syrie) en une nation autonome est très probable sur le long terme. Ne pas le reconnaître est une erreur géopolitique.

Nous ne pouvons omettre non plus les ex-magouilles complaisantes de la Turquie avec Daesh: achats de pétrole, fournitures d’armes, soins aux combattants djihadistes blessés, etc…Osons le dire : Erdoğan a été un allié de circonstance de Daesh. Il a depuis retourné sa veste.

Les problèmes de plus en plus graves de la Turquie découlent à l’évidence, en grande partie de l’action d’Erdoğan, qui a très longtemps joué avec le feu !

JACQUES D’EVILLE

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