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Voici trois jours que l’on rejoue l’éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer, avec la Commission  européenne dans le rôle principal et l’AFSCA (Agence Fédérale belge pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) dans celui de l’idiot utile. Cet épisode-ci se déroule dans le cadre bucolique du pays de Herve.

Pour rappel, la Commission européenne est partie en guerre contre les fromages au lait cru, au prétexte qu’ils seraient sujets à des infections bactériennes dangereuses. Une interdiction des produits au lait cru signifierait la fin des succulents fromages tels le camembert ou le brie. Ridicule!

Encore une fois, le petit producteur local et l’artisanat de qualité sont cloués au pilori par la technocratie de Bruxelles qui dans son aveuglement bureaucratique fait fi de l’histoire, de la biologie et du bon sens réunis.

L’unique fromage AOP de Belgique. La France n’a pas le monopole des fromages qui sentent bon et fort. Le Herve, pour ceux qui le connaissent et l’apprécient, est un de ces fromages au goût et au fumet inimitables. C’est d’ailleurs le seul à être protégé par un label AOP en Belgique. Sur une tranche de pain accompagné d’un trait de sirop de Liège, c’est un véritable régal! A Bruxelles, on voudrait nous faire avaler qu’il s’agit d’un poison mortel! En tout cas, s’il est au lait cru.

Seuls deux producteurs travaillent encore cette spécialité locale à partir de lait cru, nous explique Pascal Fauville, Premier fromager d’Europe et vice-champion du monde 2013, avant d’ajouter : « il y a encore quelques années, plusieurs centaines de personnes vivaient de cette activité. Chaque ferme de la région produisait son Herve, avec ses spécificités gustatives. Aujourd’hui, on voudrait laisser croire que seul le lait cru est susceptible de permettre aux germes pathogènes de se développer, mais c’est faux. Et puis, c’est aller contre l’Histoire car, depuis la nuit des temps, le lait cru a profité à l’alimentation humaine par son apport en protéines. Si nous avons des vestiges de voies romaines dans la région, c’est aussi parce qu’en ce temps-là, les Romains avaient du fromage dans leur poche. Alors, oui, il faut des normes pour éviter de faire n’importe quoi, mais il ne faut pas faire n’importe quoi sous prétexte de normes! ».

L’Union européenne impose des normes sanitaires drastiques depuis 2005 concernant les produits au lait cru, notamment sur fond de psychose à la listeria, une bactérie qui peut s’avérer mortelle chez les individus les plus fragiles (enfants, personnes âgées, femmes enceintes,..). Ce type de bactéries ne représente un réel danger qu’au-delà d’une certaine concentration. Ce que l’on oublie souvent de préciser, c’est que le lait cru n’a pas le monopole des bactéries agressives et que la listeria peut tout aussi bien se développer dans du lait pasteurisé. Et ces cas de recontamination sont généralement bien plus virulents. En effet, le lait cru, c’est avant tout un écosystème, composé d’une multitude de microorganismes plus ou moins pathogènes, qui s’ajuste et s’autorégule. La pasteurisation détruit cette flore bactérienne dont la majeure partie contribue à limiter la prolifération des éléments les plus dangereux. Dans un lait « inerte », ces derniers ne rencontreront aucun frein à leur développement!

Alors qu’on nous matraque en permanence avec ce refrain qui veut que « le risque zéro n’existe pas », l’Union européenne semble pourtant bel et bien partie en croisade contre ce risque zéro en se donnant pour mission l’éradication à terme du lait cru. Depuis peu, plus aucune trace de listéria n’est autorisée chez le producteur. Pourtant, entre 2009 et 2013, sur le demi-milliard d’habitants que compte l’UE, on a dénombré 200 cas mortels de listériose. Cela représente un cas sur 10 millions par an… Quand on voit l’incidence des accidents domestiques et le nombre de chutes mortelles, on ne comprend pas pourquoi l’UE ne prohibe pas l’usage des escaliers et n’impose pas la construction de bâtiments sans étage. Et que dire de la voiture! En attendant, l’émoi suscité par le traitement réservé à la fromagerie Munnix par l’AFSCA est tel, qu’une pétition, lancée il y a trois jours, a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.

Incohérence et langue de bois. Le drame des fermiers qui produisent et transforment le lait cru réside dans leur taille. Cela commence par leur difficulté à peser dans les processus décisionnels de l’Union européenne, à l’inverse des grands lobbies. Cela se poursuit ensuite sur le terrain lorsqu’ils sont confrontés aux « opérations » menées par les organismes de contrôle, comme l’AFSCA en Belgique, chargée d’appliquer l’ineptie des dogmes de Bruxelles. Les déclarations, dénuées de tout courage d’un Willy Borsus, n’y changeront rien. Quand on entend le ministre en charge des PME et de l’agriculture annoncer via l’agence Belga que: « Productions artisanales de qualité et normes sanitaires européennes ne sont pas incompatibles. Dans la mesure de ce qu’autorise la législation européenne, je reste évidemment attentif aux intérêts liés au maintien des productions issues des circuits courts et de l’artisanat. », on reste impressionné face à cette performance dans l’usage de langue de bois !

José Munnix défend son herve au lait cru
José Munnix défend son herve au lait cru

En attendant, ce sont les petits producteurs qui ont disparu, un à un, et en silence. Heureusement, aujourd’hui José Munnix, l’un des derniers, a choisi de se battre et il nous dit : « Je ne le fais pas pour moi, mais pour maintenir une tradition. On va détruire tout l’artisanat… on le démolit! L’AFSCA est revenue cet après-midi et la police aussi, comme si j’étais un dangereux criminel qui allait contaminer la Belgique! Mais, moi non plus, je n’étais pas seul. On était quelques résistants, dont M. Noël, qui vient d’arrêter son exploitation de fromage de brebis ». On aurait juste envie d’ajouter : « Ils sont fous ces… Européens! ».

Pourtant l’opacité qui entoure les négociations autour du TAFTA, les dérogations à l’étourdissement accordées dans le cadre de l’abattage des animaux pour des motifs religieux ou encore la tolérance d’un pourcentage de graisse végétale en lieu et place de beurre de cacao dans le prétendu « véritable chocolat » montrent combien la volonté politique peut contourner bien des difficultés, quand elle y est contrainte. Le tout, semble-t-il, étant de taper assez fort sur la table des négociations pour sortir le monde politique de sa torpeur. Conscient des conséquences dramatiques de « l’Europe à tout prix », le Parti Populaire défend fermement le maintien d’une agriculture de qualité pratiquée dans des exploitations locales respectueuses de l’environnement et du terroir.

Tatiana Hachimi

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