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Du latin et de la mécanique pour tous, la fin de l’enseignement professionnel et des redoublements, la prolongation d’un tronc commun… voilà quelques points forts du contrat d’avenir qu’on voudrait imposer dans l’enseignement francophone belge. Est-ce la garantie d’un avenir radieux pour nos enfants ?  Pas sûr du tout, nous écrit Mia Vossen, enseignante, dans cette carte blanche.          

L'enseignement du latin pour tous, comme la mécanique pour tous?... D'abord les bases!
L’enseignement du latin pour tous, comme la mécanique pour tous?… D’abord les bases!

L’enseignement – comme toute notre société sur bien des plans – se dégrade depuis plus de 30 ans. Des mesures s’imposent. Qu’il s’agisse de mes anciens élèves dans le supérieur, d’actuels élèves dans le secondaire ou de futurs élèves encore dans le primaire, quasi-tous se sentent idiots, incapables. Leurs enseignants tremblent devant des inspecteurs aux exigences que je ne comprends pas, exprimées dans la novlangue du ministère. Grâce à la novlangue nous sommes tous toujours en tort…

La déroute est totale, PISA en témoigne. Les résultats pour l’école de la Communauté française sont effrayants, en maths, en Sciences, en Français… Il fallait du changement et la ministre présente du changement. En maths, la Flandre sort 3e et la Francophonie belge 20e… Les maths étaient l’objet principal de l’étude PISA cette année, et le retard des francophones est d’un an sur les flamands (un an = 40 points). Ces mauvais résultats sont avant tout le résultat des réformes menées depuis longtemps (décret-mission, socle de compétences, pédagogie de plus en plus imposée, diminution de l’autonomie, tests standardisés de faible niveau comme le CEB, etc). Les réformes censées réduire les inégalités ne portent pas leurs fruits, mais déstabilisent les écoles les plus performantes. Une évaluation sérieuse est indispensable. 

Les parents et les professeurs sont mécontents. Il fallait du changement et la ministre présente du changement.

Usinage numérique  à l'école.
Usinage numérique à l’école.

Résumons et commentons :

1/ Des vacances plus longues permettent de « recharger les batteries ». Le contrat d’avenir répartit des blocs de congé sur l’année scolaire en les réduisant en été. Pourquoi pas ?

2/ Du latin et de la mécanique pour tous semble intéressant. Que tous aient des notions de la langue qui a donné naissance à la nôtre, que tous sachent se servir de leurs deux mains, me plairait. Mais, professeur, j’observe que les élèves à l’école ont déjà trop à apprendre, sont incapables de lire-comprendre un texte simple, d’écrire une phrase facile… de faire une règle de trois. Ceci alors qu’on leur donne des cours « de haut niveau » dans une série de domaines qui n’existaient pas auparavant. Les directeurs d’école se demandent comment répondre à cette exigence… En Flandre, on a tenté l’expérience latin-mécanique. Ce fut un flop. Bref, enseignons les BASES avant le latin et la mécanique !

3/ La fusion du Technique et du Professionnel. Pourquoi ne pas dire honnêtement qu’on ne veut plus de Professionnel dans les écoles ? CEFA et IFAPME « récolteront » très vite des jeunes qui n’ont rien à faire de 4 heures de français – telles qu’elles sont données, elles sont sans la moindre utilité pour leur avenir – ni de 4 heures de maths de si haut niveau que mon mari mathématicien n’en comprend ni le sens ni le but: on rend les notions les plus simples très compliquées, le vocabulaire « en jette » mais n’est pas compris. Précisons que ces heures de « cours généraux » n’apprennent en général rien aux Techniques non plus mais les élèves des Techniques arrivent à rester assis sur leur chaise…

4/ L’école primaire jusqu’à 15 ans ? Pourquoi ne pas apprendre les BASES avant 12 ans? Cela me semble possible. C’était possible auparavant.

5/ On veut éviter aux maximum les redoublements : BRAVO… à condition que les élèves soient motivés pour l’apprentissage. Ne pas avoir à redoubler est quasi-toujours synonyme de « ne pas avoir à travailler ». Et je comprends les élèves qui ne travaillent pas, ce sont même souvent les plus intelligents qui se montrent les plus rétifs devant ce qu’on appelle « enseignement » ! Ils ne supportent pas toujours les petits jeux idiots semés de grands mots… et qui n’apprennent rien.

Soyons précis : toutes ces mesures coûtent beaucoup d’argent, aucun résultat n’est garanti et un flop monumental nous attend (De Standaard, 2/12/16). Un ministre sorti de son cocon saurait que la plupart des enseignants tremblent devant les inspecteurs, suivent à la lettre des instructions qu’ils ne comprennent pas… n’instruisent pas leurs élèves.

Je proposerais – sur le modèle finlandais et comme proposé entre autres par John Rizzo (1) et Céline Alvarez (2) – une totale liberté aux enseignants, liberté de s’adapter vraiment à leurs élèves. La Finlande est fière de l’absence de toute inspection venue de l »extérieur, elle propose un programme clair à suivre. Et les résultats de la Finlande sont ceux que tous les pays d’Europe envient…

Mia Vossen

(1) John Rizzo, Sauver l’école ? Ker éditions, 2015

(2) Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant. Les arènes, 2016

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