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Le ministre français de l’Enseignement semble prendre sa fonction au sérieux en souhaitant rehausser le niveau des apprentissages de base à l’école. Finis les chipotages pédagogiques et les réformes allant dans le sens contraire du bon sens.

A quand pareille décision dans notre pays qui, pourtant, il n’y a pas si longtemps que ça, peut-être une vingtaine d’années, était reconnu pour son enseignement de qualité?

Vingt ans, c’est bien cela.

Depuis, le décret Missions, entré en vigueur en 1997, notre enseignement n’a cessé de décliner pour arriver à la situation désespérante que nous connaissons aujourd’hui: tout le monde doit réussir, c’est-à-dire obtenir le CESS ou son équivalent dans l’enseignement technique ou professionnel, au prix d’un laisser-aller total dans l’acquisition des savoirs.

Pourtant, les pédagogues nous diront que nos élèves sont compétents. Compétents? Est-on compétent quand on est incapable à 18 ans et le CESS en poche d’écrire vingt mots sans commettre la moindre faute d’orthographe? Bien sûr car la compétence relève de la capacité à rechercher le mot sur lequel on bute dans le dictionnaire.

Est-on compétent lorsque que l’on est incapable de réaliser de tête quelque calcul mental si élémentaire soit-il? Evidemment, vu que la compétence relève cette fois du maniement plus ou moins efficace de la calculatrice.

Est-on compétent lorsque l’on ignore les connaissances de base de ce que l’on appelait naguère la culture générale? Bien entendu étant donné que la compétence se fonde sur la rapidité à trouver la réponse sur Internet depuis son IPhone ou sa tablette.

Les compétences sont acquises. Et les diplômes qui, comme le dollar, ne valent plus que leur poids en papier font la fierté de ceux qui les reçoivent. Ces derniers ont donc l’impression de posséder une richesse qui en réalité ne vaut pas grand-chose. Ils ont l’impression de pouvoir s’affranchir de toutes les difficultés alors qu’on ne leur a jamais appris à les affronter et encore moins à les subir. Ils ont acquis au fil de leurs années d’école l’illusion du savoir, ignorant que les difficultés existent. A défaut d’avoir développé des bases solides qui leur serviront toute leur vie, ils ont – grâce au type d’enseignement reçu – développé l’orgueil.

Si l’on continue dans ce sens, les professeurs d’aujourd’hui jugés « has been » seront remplacés par des « spécialistes ». Le professeur de français sera remplacé par quatre ou cinq spécialistes: un expert de la conjugaison, un maître de grammaire, une sommité de l’orthographe, un professionnel de la littérature,… Chacun s’illustrera dans son domaine mais péchera dans les autres.

Je vois d’ici le côté cocasse voire surréaliste de la scène lorsque l’incollable narrateur de l’oeuvre de victor Hugo inscrira au tableau les titres de l’écrivain: « Odes et balades », « Les misérable », « l’are d’être grand pair », … Ledit spécialiste s’excusera au besoin de ne pas pouvoir tout connaître mais de maîtriser ce pour quoi il a été formé. Sera-t-il possible de lui tenir rigueur de ses méconnaissances? Non, bien sûr. Il n’est pas coupable d’ignorer ce qu’il ne lui a pas été demandé de connaître. Mais malheureusement, comme disait Platon, la grande ignorance n’est-elle pas le vice?

Voilà ce vers quoi nous nous dirigeons lentement mais sûrement, si nos responsables politiques ne prennent pas les décisions qui s’imposent en matière d’enseignement.

Non à l’école de l’excellence. Oui à l’école de l’exigence.

L. Brasseur

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