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La Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), créée en 1979, a pour objectif, selon la description de sa mission reprise sur son site, de « contribuer au développement de l’économie wallonne en soutenant financièrement des entreprises wallonnes ou implantées en Wallonie, qui mènent des projets industriels ou de services générateurs de valeur ajoutée ».

Pour mener à bien son core-business, la SRIW a mis en place 13 sociétés et filiales actives dans l’immobilier (SOFIBAIL), l’agro-alimentaire (SIAW), l’économie sociale (SOWECSOM), l’aéronautique, l’espace et la défense (SOWASPACE), la technologie (SRIW Techno), l’environnement (SRIW Environnement), les énergies renouvelables et la biotechnologie environnementale (BE Fin), la promotion immobilière résidentielle (SRIW Immobilier), le financement de l’assainissement et l’équipement de sites industriels (SOWAFINAL), la gestion administrative et financière du groupe (SRIW Finance), l’octroi de garanties de la Région aux entreprises (GELIGAR) et en synergie avec la SOGEPA l’aide d’urgence aux entreprises touchées par la crise financière (FIWAPAC).

La SRIW c’est aussi 611 millions € d’immobilisations financières, 400 entreprises soutenues, 99 interventions financières de la Région wallonne dans des sociétés (prises de participation et prêts), 140 millions € investis pour un bénéfice de 49 millions € (chiffres 2013).

Derrière ces résultats mis en avant par le Groupe SRIW se cachent des échecs patents et des interventions qui posent question. Penchons-nous, à titre d’exemple, sur la holding BE Fin S.A. Le président du conseil d’administration de BE FIN S.A. est Olivier Vanderijst aux commandes depuis le 22 mai 2009. L’homme aux 30 mandats  déclarés en 2009 (dont 27 non-rémunérés) a été, jusqu’en 2009, directeur de la cellule stratégique de politique générale du ministère des Affaires sociales et de la Santé publique sous l’ère Onkelinx. Il était auparavant directeur de la cellule stratégique de politique générale de la Ministre de la Justice qui n’était autre que la même Laurette Onkelinx. Il siège au conseil d’administration de BE Fin S.A. aux côtés Jean Sequaris (étiqueté CdH – 29 mandats dont 5 rémunérés). Le bilan 2013 de cette filiale fait apparaître un résultat peu glorieux : une perte de l’exercice 2013 de 2.449.648 €, une perte cumulée de 1.814.262 €.

Le rapport de gestion 2013 du Conseil d’administration rassure en indiquant que la solvabilité de l’entreprise n’est pas menacée. Il n’empêche, la perte aurait pu être évitée.

Lorsqu’Olivier Vanderijst a repris la présidence du conseil d’administration en 2009, les bénéfices reportés de BE Fin S.A. s’élevaient à 7.446.869 €. Plus de neuf millions d’euros perdus en 5 ans : quasi l’équivalent du capital de la société. Une des causes au « bouillon » financier est, de l’aveu même du conseil d’administration, une réduction de valeurs financières liée à la faillite de la S.A. SECOBOIS (production d’électricité par cogénération) actée le 10 février 2014. BE Fin S.A. possédait 28,6% des actions de l’entreprise faillite et lui avait octroyé en 2013, un an avant la faillite, un prêt de 149.000 €. Belle anticipation … !

A côté du désastre financier réglé par le contribuable, SECOBOIS a laissé sur le carreau 23 salariés.

La faillite d’ECOBOIS survient après celle de NEOCHIM, actée en 2012 et dans laquelle BE FIN S.A. a dû enregistrer une réduction conséquente de valeurs financières. Selon le ministre wallon de l’économie Marcourt, BE Fin S.A. est entrée au capital de SECOBOIS S.A. en 2006, pour un montant de 500.000 €, alors que la production n’a effectivement débuté qu’à la mi-novembre … 2012, avant de mettre la clé sous le paillasson en février 2014. Le Groupe SRIW aurait au total investi 1 million € sous forme de capital et octroyé 350.000 € sous forme de prêt. Namurinvest, un autre holding wallon est intervenu sous forme de prêts à hauteur de 1,1 millions € tandis que la DG06 de la Région wallonne a octroyé deux primes pour un montant total de 770.000 €.

Bel exemple de gaspillage « vert ».

BE Fin S.A. a également du souci à se faire pour l’avenir : Le holding détient 16,64 %de DIWOOD (Mariembourg), en perte cumulée de 5.768.944 €, dont SECOBOIS était une filiale. En 2013, BE Fin avait injecté 170.089 €, sous forme d’apport de prêt au capital de DIWOOD S.A., la même somme en 2012, sous forme de participation après une même opération en 2011 pour 255.448 €.

La Région wallonne a-t-elle pour vocation d’injecter des fonds publics dans des entreprises moribondes dont le business plan ne laisse aucun espoir objectif de survie ?

Autre opération sujette à question de BE Fin S.A. : Le holding wallon entre en 2006 pour 48,94% au capital d’une minuscule société anonyme … tchèque établie à Litinov : CELIO AS. Cette société est active dans la gestion et le traitement des déchets, emploie 35 salariés et est une filiale de la société tchèque UNIPETROL AS. Le rachat d’actions, en 2010, portera la participation de BE Fin S.A. à 50% du capital. BE Fin S.A. a revendu ses participations en 2012 probablement pour restaurer sa trésorerie mise à mal par ses déboires. CELIO AS n’a aucune filiale en Wallonie, ni en Belgique par ailleurs. L’expertise en matière de traitement des déchets et de leur valorisation est une des compétences des entreprises environnementales wallonnes. Qu’est donc allée faire BE Fin S.A. dans cette galère ? Pourquoi immobiliser plusieurs millions de fonds publics pendant 6 années dans une société tchèque qui n’a aucun lien avec la Wallonie et qui pouvait entrer en concurrence avec nos entreprises ? En quoi cette participation de BE Fin S.A. a-t-elle contribué au développement de l’économie wallonne et de nos entreprises, objet social de la SRIW ?

Un dernier détail : En 2012, le bilan de BE Fin S.A. indique une somme de 140.125 € au poste rémunérations de la société.

Rien d’extraordinaire. Sauf que cela correspond à 0,1 Equivalent temps plein qui a presté 114 heures de travail, soit 1230 € bruts de l’heure. Mieux que le taux horaire du libéral Armand De Decker facturé au milliardaire sulfureux Chodiev … Qui a profité de cette rémunération faramineuse? (En 2011, la rémunération horaire des 3 Equivalents temps plein du moment se montait à 77 € bruts de l’heure.)

L’affaire Kubla-Duferco-Sogepa a mis en lumière la nécessité d’un contrôle accru de la part de la Cour des Comptes et du Parlement wallon sur les montages financiers opaques de la Sogepa.

Le PTB et le Parti Populaire ont mis ce point à l’agenda des travaux de leur Assemblée. Le Groupe SRIW, au vu des échecs de sa filiale holding BE Fin S.A., devrait faire également l’objet d’un audit externe et indépendant. Politiquement, la question du cumul des mandats d’administrateurs de sociétés publiques (deux mandataires de BE Fin S.A. totalisent 59 mandats) ainsi que de leur politisation, au détriment parfois de leurs compétences réelles, devrait faire l’objet d’une sévère réglementation.

A l’heure où le citoyen est amené à supporter des économies drastiques et des impôts, taxes et redevances supplémentaires, le moins que l’on puisse attendre de nos gestionnaires publics est de nettoyer une fois pour toutes les écuries d’Augias de ces sociétés publiques de financement. C’est une question d’éthique mais aussi de justice !

P.H.

Sources : Bureau d’Etudes du Parti Populaire – Rapports de gestion des sociétés citées, Moniteur

belge et Banque nationale de Belgique – Centrale des bilans.

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