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Supprimez cet Etat que je ne saurais voir. Nouveau venu dans la sphère politique, le Parti libertarien tentera de récolter les signatures pour se présenter au scrutin de mai 2014, avec un programme limpide et sans entrave. Toute intrusion dans les libertés individuelles, dont celles de circuler, de religion ou… de se droguer, avec des conséquences néfastes sur le “vivre-ensemble”, sera bannie.

Image 2Les libertariens n’aiment pas les carcans, même lorsqu’il s’agit de se positionner sur l’échiquier politique, puisque trancher entre la droite et la gauche consisterait “à choisir les libertés à abandonner”. Si l’on ne craignait de les froisser en les enfermant dans un héritage historique, on percevrait volontiers en eux les héritiers de mai 68 pour qui il serait, aujourd’hui comme hier, “interdit d’interdire”. C’est dans le paradoxe même de ce slogan éculé que résident leurs limites.

Intellectuel de renom, Jean-Claude Michéa se plaît à dénoncer la supposée duplicité du libéralisme, dont l’un, sociétal, serait, selon la vulgate, bon par essence et l’autre, économique, serait dévoyé. Là où le philosophe livre une critique féroce du libéralisme, les libertariens endossent les deux versants du courant pour en faire un programme politique. Libertés toutes donc !

Respectant sa logique, le Parti libertarien prône la libération de l’immigration, car “ceux qui osent quitter leur pays pour vivre ailleurs dans de meilleures conditions sont les individus les plus entreprenants, les plus courageux, les plus épris de liberté.” Par-delà la logique implacable, allant jusqu’à la régularisation des “sans-papier”, la conséquence du nomadisme contemporain, dont l’immigration de masse est le résultat le plus visible, est une multiplication des tensions au coeur des quartiers où le multiculturalisme est érigé en modèle de vie.

Répondant à La Libre Belgique, qui l’avait classé à la droite de la droite, avec notamment le Parti Populaire, le Parti libertarien, avait d’ailleurs tenu à mettre les choses au clair : “Défendant la liberté et les droits de tous les individus, nous ne partageons en rien les positions de certains des partis cités en matière d’immigration ou de liberté religieuse, bien au contraire, ces partis se trouvent être nos premiers adversaires sur ces terrains”.  

On ne pourra reprocher aux libertariens de ne pas avoir de la suite dans les idées. Observant certes à raison que le commerce de la drogue enrichit les mafias, ils préconisent, plutôt que de lutter contre celles-ci,  “d’abandonner définitivement les vieux réflexes prohibitionnistes pour ouvrir les produits stupéfiants au droit du commerce ordinaire.” Envoyer un tel signal à la population est non seulement dangereux, mais à l’image de l’ensemble du programme, créerait une situation où les droits seraient absolus et les devoirs réduits à néant.

Confronté aux réalités au coeur desquelles sont plongées nos régions, le programme du Parti libertarien abrite quelques propositions que des esprits dotés de bon sens ne peuvent balayer d’un revers de la main : allégement des institutions, fin de l’oligopole syndical, liberté des établissements en matière d’enseignement afin de mettre fin “à l’endroctrinement politique”, construction de l’Europe par le bas, fin des privilèges. Le problème résulte en réalité des conséquences ultimes de la mise en application d’un tel programme. Sans Etat, même minimal, et donc sans gouvernement, comment gérer les problèmes démographiques, sécuritaires, économiques qui ne manqueront de se poser dans une période de mondialisation parfois archaïque ?

C’est donc avec la contradiction du serpent – un des symboles du mouvement- qui se mord la queue que les libertariens entendent mener quelques politiques, notamment de mobilité, permettant certes une plus grande fluidité des trafics, énergétique “qui n’exclut pas le nucléaire”, de sécurité et de justice, “en prônant une répression accrue pour les atteintes aux libertés des personnes”. Qui d’autre qu’un Etat intransigeant dans ses fonctions régaliennes et stratège dans ses autres compétences pourrait les mener habilement ?

A trop vouloir déconstruire des siècles d’héritage, les libertariens, contrairement à leur ambition de substituer un droit naturel à la loi du plus fort, ne feront que renforcer la guerre de tous contre tous. Partant du présupposé que l’homme est bon, alors que qu’il est aussi un loup pour l’homme, ou nécessairement rationnel, alors qu’il ne sait avoir une vision globale, les libertariens pensent pouvoir créer une société qui soit composée d’hommes libres. En l’absence de toute règle ou de consensus idéologique mondial, un tel système tombera fatalement sous le joug de nouvelles forces hostiles à la démocratie. Car l’homme, trop laissé à lui-même, se tourne toujours vers des solutions simplistes et violentes.

GREGORY BRUEL

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