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L’enquête PISA témoigne de l’effondrement de l’enseignement francophone belge. Pourtant, l’objectif annoncé de la Ministre – l’excellence – est réalisé: les cours que je « récolte » sont d’un niveau inconnu de mon temps. Ainsi, un futur mécanicien doit savoir durant quels siècles la Bible a été écrite, dans quelles langues… il doit analyser la déforestation en Amazonie (mais ignore l’existence des continents), il a un cours d’algèbre parfaitement construit…

J’ai même disposé d’un cours de chimie de la fin du Secondaire d’un niveau supérieur à mes cours d’université : la formation complète de laborantins! Les élèves n’avaient pas de travaux pratiques et le sens du mot « chimie » leur a échappé jusqu’au bout…

L'école se passerait bien de la sollicitude du monde politique...

Ainsi donc, la plupart des cours actuels sont de très haut niveau. A la fin du processus d’apprentissage, le constat est net : les élèves n’ont le plus souvent pas la moindre idée de ce dont on leur a parlé, ne situent rien. Ils ont usé de leur mémoire, pas de leur intelligence. Seuls les enfants de parents instruits ou riches ont pu s’instruire (ailleurs qu’à l’école) Pour les autres, c’est le retour au Moyen Age, le par coeur, la fraude !Que se passe-t-il ?

Il y a cinquante ans, mes profs m’ont assuré une formation, un accès à la culture modeste – pas « de haut niveau » – mais cette formation était cohérente, solide dans tous les domaines, structurée. La ligne du temps, par exemple, structurait le cours d’histoire.

Aujourd’hui, seuls quelques aspects ponctuels du savoir sont présentés et ceci avec un luxe inouï de détails. 90 % de la culture générale nécessaire à la formation d’un esprit solide, critique, n’est jamais évoquée. On observe des pics de savoir isolés dans un vide général ! « Pics de savoir » ? Pas toujours: la littérature, par le souci de flatter les jeunes âmes, est souvent remplacée par des chansons de rue, des écrits sans style et sans contenu.

C’est tout juste si la Ministre a un léger souci devant le récent jugement PISA particulièrement peu flatteur. Et j’ose la question: va-t-on continuer les petits jeux qui accompagnent « le haut niveau » pour pouvoir distribuer des points et satisfaire les parents?

J’ai même vu des mots croisés, des mots cachés, des rébus, des dessins et des coloriages ! Va-t-on continuer sur le chemin du non-contrôle du niveau réel des élèves: peu ou pas de travaux personnels, des QCM et des textes à trous vite corrigés ? Tricherie garantie, niveau réel nul tout aussi garanti ! Va-t-on changer?

Je crains une réponse négative mais il y a une « consolation » : le niveau de l’enseignement baisse presque partout en Occident. Ainsi, quand, il y a 20 ans, on évoquait déjà l’enseignement francophone belge à l’agonie, la réponse était immédiate : « Faites comme les Flamands, ils sont premiers dans l’enquête PISA ! » C’est le contraire qui a lieu: les Flamands sont en baisse et bientôt ils seront au niveau des francophones. D’après les dernières nouvelles, la Finlande suit le même chemin….

Il ne faut pas désespérer. Une solution existe: au lieu d’étudier par coeur ou de consacrer leur temps après l’école au copier-coller sur internet, les élèves pourraient bénéficier à l’école d’une sélection de cours excellents dans chaque domaine de leur programme, s’aider les uns les autres avec l’aide du professeur.

Enseignants, directeurs d’école, cessez de vous soumettre à l’autorité de personnes « du ministère » qui n’ont jamais vu un élève de près, qui n’entrent jamais dans une classe mais décident de l’avenir de nos jeunes, de notre pays! Un peu de bon sens ! Nous ne vivons plus au Moyen Age; la technique nous offre des cours bien structurés. La technique ne remplace pas les enseignants mais permet à tous d’évoluer à partir de BASES acquises au rythme de chacun. J’espère une adaptation, une réflexion utile…

C.B.

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