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C’est une évidence : l’Europe s’appauvrit. La croissance de l’après-guerre, les « 30 glorieuses » sont loin derrière nous. Tous nos indicateurs, dont le chômage (photo de tête), sont mauvais. Et le plus clair, c’est l’évolution du pouvoir d’achat. Les salaires et revenus augmentent officiellement de 0,4% en 2017, mais le pouvoir d’achat du Belge qui travaille, diminue en réalité de – 0,3%. Depuis 2009, nous nous sommes appauvris de -2,6% !

C’est la même situation dans la plupart des pays européens : les revenus dans l’Union européenne augmentent nominalement cette année de 2,2%. C’est le résultat publié par l’Institut allemand d‘études socio-économiques WSI (Fondation Hans Böckler – liée au syndicat DGB). Cette étude est relayée par le journal De Standaard.

Mais avec une inflation moyenne de 1,8% dans les 28 pays européens (Grande-Bretagne incluse), il ne reste qu’une maigre moyenne de 0,4% de hausse des revenus. Les Européens qui travaillent ne bénéficient donc quasi-pas de la hausse de la conjoncture de 1,9%.

Et pour de nombreux pays, dont la Belgique, le taux de croissance des revenus est négatif : Italie, Espagne, Finlande ou Belgique en sont quelques exemples. La tendance s’accentue depuis 2009, année qui a suivi la dernière crise économique.

La cause immédiate en sont les tentatives des gouvernements de restaurer la compétitivité de leur économie. En Belgique, cela passe par une « modération » de la hausse salariale et les manipulations de l’ajustement à l’index. Le gouvernement de Charles Michel a décidé en 2015 de pratiquer un saut d’index : l’indexation automatique à l’augmentation du coût de la vie n’a pas été appliquée.

Il est vrai que ce rabotage forcé a permis de ramener le niveau salarial et la compétitivité de la Belgique à un niveau «normal » par rapport à ses trois voisins : France, Allemagne, Pays-Bas. Heureusement que dans le même temps, les salaires allemands ont été augmentés de 9% entre 2009 et 2016…

Les principales hausses du pouvoir d’achat en Europe sont le fait d’un « rattrapage » des pays d’Europe centrale. En Hongrie, l’augmentation réelle des revenus est de 4%. Elle est même de 8,3% en Roumanie, mais ils viennent de beaucoup plus loin.

La Belgique de Charles Michel est mal en point et le gouvernement fédéral ne fait que chipoter des « réformes » à la marge

Fondamentalement, l’Europe se porte de plus en plus mal. Il y a une faible reprise économique et une légère baisse du chômage – même en Belgique – mais la Francophonie belge garde un chômage effrayant: 16% à Bruxelles par exemple… Le déclin général est lent mais régulier et la Belgique de Charles Michel est l’un des pays les plus mal en point :

  • Endettement excessif du pays
  • Coût beaucoup trop élevé du fonctionnement de l’Etat et de ses institutions ; administrations fédérale, régionale et locale pléthoriques
  • Fiscalité et charges directes et indirectes incroyablement abusives sur les sociétés et surtout sur les personnes physiques
  • Complexification du fonctionnement des entreprises par des masses de règlements, de législations tatillonnes et de nouvelles obligations créant des masses de paperasserie
  • Non-application des lois essentielles et faiblesse de la Justice face aux trafics divers et à la criminalité
  • Immigration légale et illégale de personnes non-qualifiées, et pertes de consommation/taxation par transferts internationaux non surveillés
  • Coût en explosion de la sécurité publique (police, Sûreté, armée, protections passives des lieux)
  • Taxation abusive des plus-values boursières, détournant de l’investissement dans les entreprises
  • Coût délirant de l’énergie, dû à une politique qui n’a de vert que le nom
  • Perte de substance industrielle par délocalisation et désindustrialisation de l’Europe, due à une politique erronée de « globalisation » de l’UE
  • Baisse de la natalité et vieillissement de la population
  • Faiblesse du taux d’emploi (chômeurs âgés), coûteux systèmes de prépension toujours en place, chômage généralisé (sauf dans certaines régions de Flandre), faiblesses en matière de formation technique, pas de formation couplée en entreprise (il y a 40 ans que le patronat le demande !)
  • Etouffement de la consommation des ménages par réduction du pouvoir d’achat
  • Etc…

La coupe est pleine. L’agilité des entreprises est sérieusement entamée. L’absence de mobilité du marché de l’emploi s’accentue. On se félicite de timides créations d’emploi, mais ce n’est quasiment que dans le secteur non-marchand, largement subsidié. La désindustrialisation se poursuit malgré les plans Marshall et autres. Même si beaucoup des maux cités ci-dessus, qui nous accablent, n’ont pas un impact économique immédiat, la Belgique doit faire face à un « estompement du dynamisme » et un découragement qui nous ont fait entrer dans une spirale vicieuse.

Face à ces maux, qui sont dus à 50 ans de « deficit spending » et de mauvaise gestion de l’état par les partis traditionnels, le gouvernement de Charles Michel (comme le précédent de Di Rupo) ne fait qu’augmenter la fiscalité, sans réellement réduire les coûts par des mesures structurelles fortes.

Il manque 200 millions d’EUR au budget de l’état, malgré les soigneux calculs ? Qu’à cela ne tienne, chaque ministre va chipoter et raboter son budget de quelques millions, on ajoutera une petite taxe ou deux, et Charles Michel annoncera qu’il va aussi récupérer le nombre de millions non trouvés « dans la lutte contre la fraude fiscale et sociale ». Et hop ! Encore un an de gagné sans réformer en profondeur !

Comment Charles Michel peut-il déclarer avec aplomb « qu’on n’a jamais autant réformé » ? C’est le règne de l’immobilisme et de la déresponsabilisation. Pathétique.

C.T.

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