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La situation est telle que le nombre de suicides augmente dans cette profession et pour causes !

En analysant un échange de courriels émanant de Yip Feuille, membre du groupe « Revendications infirmiers » ainsi que de nombreux témoignages, c’est plus qu’un signal d’alarme. On ne peut qu’être abasourdi, face aux difficultés que vivent ces personnes qui ont choisi cette profession par vocation. Il ne s’agit pas seulement de soins prodigués, mais aussi et surtout de contacts humains. La réalité est qu’au quotidien, c’est un véritable drame qui les touche de plein fouet.

La concurrence déloyale

Les intervenants des grosses structures telles que les hôpitaux, maisons médicales, mutuelles, médecine pour le peuple ratissent large et, en finalité, évincent les indépendants du circuit des soins infirmiers. Cela contraint certain(e)s à jeter l’éponge, à plonger dans le burnout ou à en finir.

Car la réalité est atroce : tous les 3 jours, un indépendant décide de mettre fin à ses jours (source : RTL). A titre d’exemple – car il serait ici trop long d’énumérer l’ensemble des cas vécus –, un infirmier titulaire est concurrencé de manière fort peu déontologique par un infirmier salarié. Ce dernier peut dépendre, entre autres, d’un hôpital tout en bénéficiant en même temps d’un statut « d’indépendant complémentaire ». Ainsi, il ira puiser dans la patientèle de l’hôpital dans lequel il est salarié !

De même, il est anormal de constater qu’après avoir reçu des soins un matin par un titulaire, un patient rentre, l’après-midi à l’hôpital, et constate que seuls les frais hospitaliers sont facturés. Dans ce cas bien particulier, l’infirmier(ère) indépendant(e) ne percevra rien. L’inverse ne vaut guère mieux, et tout travail méritant salaire, les voici devenus bénévoles !

Il faut savoir que les charges des indépendants sont énormes. Il est de plus en plus fréquent qu’ils ou elles doivent recourir à l’emprunt, ne fût-ce que pour s’acquitter des lois sociales et autres taxes. En net, il est fréquent que ces personnes se retrouvent avec une part minime de leur brut, résultant de leurs prestations, tout en travaillant souvent 7 jours sur 7 et avec des horaires longs et aléatoires. En somme, il leur faut travailler pour une misère. Et pour comble, si on veut augmenter ses prestations, les lois sociales et impôts augmentent !

Les retards dans le remboursement des prestations

D’une façon générale, les barèmes dépendent de l’échelle de Katz, qui évalue les besoins sanitaires des patients (toilette, massage, etc). Ce recours à une grille établie est parfois un peu vicieux, parce que l’état du malade, donc des soins nécessaires, est sous-évalué. Ce qui limite les rémunérations par rapport aux soins réellement prodigués.

Les barèmes sont quasiment inchangés depuis des années, ce qui n’arrange en rien la situation. Mais plus encore, les tarifs de week-end et des jours fériés, dans les institutions communautaires, ne sont pas pris en compte. Les soins palliatifs ne le sont pas davantage.

Le cafouillage de l’informatisation

L’informatisation n’est certes pas une mauvaise chose, mais les plus anciens rencontrent, et c’est compréhensible, de grandes difficultés à s’y adapter. Il faut savoir qu’il existe des incompatibilités dans les différents systèmes. Et pour corser le tout, il arrive qu’il y ait des bugs rendant les logiciels non utilisables.

Il en va de même pour l’onéreux lecteur de cartes (achat et abonnement mensuel), désormais imposé. Les problèmes sont nombreux. Lorsque l’on souhaite envoyer ses prestations à l’Union nationale des mutualités socialistes (quand cela fonctionne !), le délai de paiement excède les 2 mois – qui et pourtant le délai maximum autorisé par I’Inami.

Tout le temps consacré à résoudre les problèmes techniques ainsi que l’encodage, c’est autant de temps en moins à accorder aux patients.

L’avenir de la profession

Il est morose. Perte de patientèle, et donc de revenus. Des divorces éclatent et ceux et celles qui sont seuls doivent faire face à une inquiétante précarisation.

Arrivé à un certain âge, se reconvertir en salarié relève du parcours du combattant. En cas d’arrêt, l’on ne peut devenir chômeur et même s’il existe une assurance « Salaire garanti », mais son coût la rend inaccessible à la majorité des travailleurs.

De plus en plus de personnes doivent accepter, en plus de leurs heures, des remplacements afin de pouvoir honorer leurs factures. Quant à la retraite, l’épargne-pension, autorisée par l’Inami, ne figure pas encore au Moniteur.

Et nos politiques ?

Pendant que certains souhaitent retirer la gestion du dossier Inami à Maggie De Block (source : Le Vif), le MR vante les mesures du Tax Shift, mais cela est loin de convaincre.

Toutes les couches sociales se précarisent. Le Parti Populaire s’engage à suivre de très près les revendications de ce secteur ou de tout autre.

Il y a urgence !

Ducrot Bertrand
Responsable local Mons-Centre du Parti Populaire

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