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Au bout du compte Rabat et Alger réduisent les Palestiniens en simple instruments dans la lutte que mènent ces deux capitales du Maghreb dans leur conflit interminable sur le Sahara occidental. Chacun des deux pays, membres de la Ligue Arabe, essayent de ramener les Palestiniens à leur camp respectif.

Les Palestiniens ont ce statut symbolique de victime éternelle dans la mentalité arabe, étant donné qu’ils constituent un soi-disant peuple opprimé et sous une occupation prétendue. Dans l’inconscient arabe, les Palestiniens représentent l’innocence et le martyr. Dans la littérature politique arabe, l’individu palestinien est le défenseur légendaire de l’honneur arabe imaginé.

Le Maroc veut donc légitimer sa présence illégale dans cette ancienne colonie espagnole en prétendant que les Palestiniens soutiennent unanimement sa souveraineté dans ce territoire du Nord-Ouest de l’Afrique.

En même temps, Alger veut ramener les Palestiniens à soutenir indépendance de ce vaste territoire, qui donne sur la côte ouest de l’Atlantique, en faisant un parallèle entre la situation des Sahraouis  et des Palestiniens.

Rabat menace le Comité palestinien pour sa solidarité avec le peuple sahraoui

L’apparition du drapeau sahraoui dans les récentes manifestations palestiniennes à Gaza a mis le Maroc dans tous ses états. Selon le journal palestinien Adamir (la conscience), les services  de renseignement marocains ont menacé le président du Comité palestinien pour la solidarité avec le peuple sahraoui, Mohamed Madi, le 26 avril 2018.

Une source proche de ce comité rapporte que l’épouse de Mohamed Madi a reçu l’appel d’un homme, se présentant comme un homme d’affaires palestinien vivant au Maroc et marié à une Marocaine, la prévenant que les hautes autorités marocaines étaient «très embarrassées» par ce que faisait son mari et qu’elles auraient donné l’ordre à certaines éléments  vivant à Gaza d’«agir contre toute personne qui oserait porter atteinte à l’unité territoriale du Maroc».

La personne qui a appelé a, d’après la même source, demandé à l’épouse de Mohamed Madi de faire pression sur son mari pour l’amener à renoncer à ses activités et à envisager une visite au Maroc pour y rencontrer les responsables marocains et soutenir le point de vue marocain sur la question sahraouie et dire ensuite que c’est celle-ci la position de l’ensemble des Palestiniens.

Prenant les menaces au sérieux, la famille du chef du Comité palestinien pour la solidarité avec le peuple sahraoui a décidé, d’après la même source, d’affecter des gardes du corps pour assurer sa sécurité dans ses sorties et assure que Mohamed Madi «demeurera attaché à ses convictions et que rien ne l’en détournera».

Le président de cette organisation palestinienne a répondu à cette injonction du Maroc en affirmant que les Palestiniens continueront à brandir le drapeau du Sahara Occidental et que leur geste traduit leur soutien à «un peuple qui vit en Afrique du Nord, qui a des représentants reconnus aux Nations unies et qui a des représentations diplomatiques à travers le monde ».

Le territoire du Sahara occidental est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique depuis le départ des Espagnols, la même année.

Levée de boucliers marocaine

Le gouvernement marocain est en colère contre son voisin. Il accuse le gouvernement algérien d’encourager les Palestiniens de soutenir l’indépendance du Sahara occidental.

En effet, l’emblème sahraoui a été brandi aux côtés du drapeau palestinien lors des manifestations à Gaza contre Israel, ce qui a poussé Rabat à protester auprès des responsables palestiniensauxquels il demande que cessent les activités des organisations palestiniennes de soutien au peuple sahraoui. L’information a été révélée, le 6 avril dernier, par le journal palestinien Adamir (la conscience).

 

Sitôt les images de l’emblème sahraoui brandi lors des marches du «grand retour» à Gaza, le roi Mohammed VI avait instruit son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, de dépêcher un émissaire dans l’enclave palestinienne pour faire part de la colère de Rabat auprès des responsables du Hamas.

De sources rapportent qu’Alger a entamé une campagne internationale de grande envergure avec des activistes palestiniens pour mettre en place un réseau parlementaire international de soutien au peuple sahraoui. Selon ces mêmes sources, cette démarche a poussé les deux chambres du Parlement marocain à mettre en place un comité de coordination qui prendra les mesures nécessaires pour contrer cette nouvelle offensive algérienne.

Le site palestinien Adamir croit savoir que le gouvernement marocain a mobilisé pas moins de quarante médias pour contrecarrer cette action de soutien au peuple sahraoui, une opération de propagande qui serait pilotée par un dirigeant du parti islamiste au pouvoir, le PJD, et le secrétaire général de la Conférence islamique européenne et président de la Fédération générale des musulmans de France, Mohamed Bechari.

L’ONU presse pour un compromis dans les six prochains mois

La Minurso, la mission de l’ONU au Sahara occidental, a été renouvelée pour six mois seulement afin de mettre une pression maximale sur le Maroc et le Front Polisario. Vingt-sept ans après sa création, la mission de l’ONU au Sahara occidental fait l’objet, chaque année, d’un renouvellement.

Au bout de plusieurs semaines de négociations et de trois jours de report du vote, les parties se sont finalement accordées, vendredi 27 avril, sur un texte qui met une pression maximale pour une reprise des négociations directes et aboutir à un « compromis juste et durable » pour le Sahara occidental.

Le texte demande aux parties de rejoindre « sans préconditions et de bonne foi » la table des négociations et réaffirme la volonté du Conseil d’« aider les parties à parvenir à une solution politique réaliste, juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ».

Le Polisario réclame la tenue d’un référendum d’autodétermination, comme fixé par les Nations unies, tandis que Rabat, considére que la zone fait partie intégrante de son territoire. Un cessez-le-feu et une zone tampon ont été décidés depuis 1991.

Dans un communiqué, le représentant du Front Polisario Mahmed Khadad indiquait « n’accepter rien de moins que droit légal à l’autodétermination et à l’indépendance » mais « être prêt à s’engager dans des pourparlers ».

Les parties ont six mois pour trouver un terrain d’entente, sans quoi Washington a envoyé une menace à peine voilée regrettant que la Minurso « soit devenue l’exemple typique d’un conflit gelé et d’une mission qui ne sert plus d’objectif politique ».

Entre temps les Palestiniens sont devenus des instruments dans cette rivalité entre le Maroc et l’Algérie.

Ftouh Souhail

Source: https://www.dreuz.info/2018/04/30/les-palestiniens-sont-devenus-des-instruments-dans-cette-rivalite-entre-le-maroc-et-lalgerie/

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