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La tomate en boîte, en concentré ou en ketchup, en pizza, en junk food fait partie de notre quotidien depuis tellement longtemps ! Et nous pensons tous que ces tomates « gorgées de soleil » viennent d’Italie, d’Espagne ou de France… Eh non ! Elles viennent surtout de Chine, où la production ne s’embarrasse pas de craintes en matière de pesticides, fongicides et autres engrais chimiques…

Jean-Baptiste Malet, excellent journaliste d’investigation

Le marché de la tomate est mondialisé et profondément inéquitable. C’est ce que nous apprend le journaliste d’investigation Jean-Baptiste Malet dans une enquête passionnante et édifiante.

Un bouquin à lire… chez Fayard

En 2011, Jean-Baptiste Malet (30 ans) découvre par hasard que « Le Cabanon », un fleuron provençal de la production de tomate d’industrie, a été racheté par l’armée chinoise quelques années plus tôt ! Il s’embarque alors dans un périple de près de trois ans, qui le mène des Etats-Unis à la Chine, pour comprendre la logique qui a présidé à ce rachat. Il traque en définitive les boîtes de conserves de tomates, leurs étiquettes mensongères et leurs propriétaires avides et mafieux

Son livre est publié chez Fayard. Il y décrit les luttes entre multinationales, l’exploitation des agriculteurs, les expériences génétiques, les usines déshumanisées et la course vers l’Afrique qui sous-tendent le marché de la tomate.

“La tomate d’industrie est à la tomate fraîche ce qu’une pomme est à une poire. C’est un autre fruit, une autre géopolitique, un autre business. La tomate d’industrie est un fruit artificiellement créé par des généticiens, dont les caractéristiques ont été pensées pour être parfaitement adaptées à sa transformation industrielle. Cette tomate n’est pas ronde : elle est oblongue. (…) Elle est tellement ferme qu’elle n’éclatera jamais, même si elle est placée tout au fond de la benne, sous la masse de plusieurs centaines de kilos récoltés.”

Un marché annuel de 10 milliards de dollars

Les conserves de tomates continuent d’être étiquetées “Made in France” grâce aux directives stupides de la Commission européenne, alors qu’elles sont produites en Chine

Un tour de passe-passe permis par la loi européenne autorise ce mensonge sémantique. Conditionnée en France, la mixture réalisée à partir de tomates chinoises, en Chine, devient miraculeusement française.

La mafia est originaire du sud de l’Italie . C’est donc tout naturellement qu’elle a utilisé cette production comme un outil de plus pour blanchir et gagner de l’argent. Et puis, comme tous les industriels de ce secteur, elle a rapidement compris que ce produit, l’aliment le plus consommé dans le monde, était en croissance et donc source de profits faciles.

Des boîtes de concentrés de tomate chinoises contiennent souvent 69 % d’additifs pour seulement 31 % de tomates ! Des usines de transformation àTianjin (près de Pékin) coupent le concentré de tomates avec divers additifs comme de la fibre de soja, de l’amidon, du glucose. Ces ingrédients tous moins chers que la tomate. Ces additifs ne sont pas déclarés sur les étiquettes, qui vantent une authenticité italienne ou française. Ces boîtes sont exportées en Afrique, essentiellement dans l’Ouest, où elles sont vendues pour rien et concurrencent alors les producteurs de tomates africains. Le continent est vulnérable parce qu’il n’y a aucune autorité sanitaire organisée ou alors elles sont contournées par la corruption.

L’Allemagne et les Pays-Bas sont les deux plus gros exportateurs de sauces et de ketchup en Europe et ils ne produisent pas la moindre tomate d’industrie. C’est le consommateur qui est berné.

Merci à l’Union européenne, tellement efficace dans tous les domaines, qui n’est jamais parvenue à harmoniser les prises de courant, mais détermine la courbure des bananes importées. Lisez ce livre, vous serez édifié !

C.T.

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