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Il y a 60 ans, les potages « nid d’hirondelle » ou « aux cheveux d’ange » étaient pratiquement inconnus en Belgique. Ce sont devenus les classiques des restaurants chinois (et thaïs) dans les « Chinatown » de nos villes. L’immigration asiatique est exemplaire par sa volonté d’intégration, sa riche culture non-invasive, son absence de revendications insensées, et aussi par son histoire. Rapide tableau d’une immigration réussie. 

1. LES RAISONS D’UNE EMIGRATION. L’arrivée des travailleurs et familles asiatiques s’est fait en douceur et par vagues successives. A chaque fois, ce sont des drames humains qui ont poussé des Chinois, des Vietnamiens ou des Thaïlandais à quitter leur pays.

Pour ce qui concerne la Chine, une première vague migratoire date de l’entre-deux- guerres. Des pêcheurs des provinces du Guangdong et de Fujian (sud de la Chine) fuirent les guerres locales, l’invasion japonaise. Ces émigrants partirent pour tous les coins du monde. Ceux qui arrivèrent en Europe le firent via les ports de Hambourg, Rotterdam, Londres et Anvers. Nombre d’entre eux devinrent marchands ambulants.

Mais c’est dans l’après-guerre de 1940 que l’émigration asiatique prit toute son ampleur. Les années 1950 à 1970 virent affluer des Chinois fuyant le régime communiste de Mao (instauré en 1949) et plus spécifiquement les famines déclenchées par « le grand bond en avant » (un programme pour l’industrialisation forcée de la Chine, qui fit plusieurs millions de morts) et la « révolution culturelle », qui remplit les prisons et les camps de « rééducation »(en réalité, d’extermination). Cette fois, la plupart des émigrés provenaient de Hong Kong, encore sous mandat britannique – jusqu’en 1999 – mais sous la menace constate d’une invasion communiste, et aussi de Shanghai et de la province de Zhejiang.

Du coté du sud-est asiatique, c’est la guerre du Vietnam et le régime communiste qui s’ensuivit (1975) qui jeta à la mer des dizaines de milliers de victimes du nouveau régime.

2. LES RECITS D’UNE EMIGRATION TRAGIQUE. Tan, le patron du restaurant Dakar II, à Bruxelles, raconte dans le livre Des Dragons à la Bourse (éditions Erfgoedbrussel) : « Dans les années 1970, j’étais écolier à Saigon. Les Américains ont perdu la guerre en 1975 et ont livré le Vietnam du Sud aux communistes. Il y a eu une guerre contre le Cambodge et je risquais d’y être enrôlé. Avec mon frère, nous avons réuni tous nos avoirs et nous avons entrepris la grande traversée vers la Malaisie. Là, nous sommes restés dans un camp de réfugiés. Ce n’est qu’en 1979 que nous avons pu bénéficier d’un programme d’accueil de réfugiés en Belgique. Dès mon arrivée à Zaventem, j’ai cherché du travail ; j’en ai trouvé à Wavre, avant d’ouvrir mon premier restaurant à Bruxelles« .

Autre récit d’un Chinois, qui tient à garder l’anonymat :  » En 1997, j’ai rejoint une triade (groupe mafieux – ndlr) qui m’a pris quelque 10.000 euros pour gagner Pékin et Moscou par avion. Après, il a fallu voyager dans des camions – c’était le seul moyen de fuir vers l’Europe. J’ai travaillé en noir pour survivre. C’étaient des heures impossibles à servir dans un restaurant. Mais j’avais un oncle éloigné résidant en Belgique, ce qui m’a permis de régulariser ma situation. »

Le fondateur du magasin Kam Yuen (ex Sunwah) peut raconter le parcours rocambolesque de ses parents, partis de Chine pour s’établir au Surinam, avant d’aboutir àAnvers.

3.UNE PRESENCE HARMONIEUSE. Traditionnellement la communauté asiatique traîne une image réduite aux restaurants chinois, vietnamien, thaïlandais. On la retrouve aussi dans les domaines de la boulangerie, du vêtement exotique, de jeux vidéo, etc.

Mais les nouvelles générations brisent cette image facile. Nombre d’enfants des pionniers suivent (et réussissent) des études de haut niveau. On les retrouve dans la médecine, la recherche, l’informatique…

Les traditions asiatiques enrichissent notre paysage culturel, sans vouloir le dominer ou s’imposer par la force ou les attentats. Ainsi, chaque année, le Nouvel An chinois donne lieu à des fêtes publiques où chacun est le bienvenu, quelle que soit son origine.

Les questions de non-emploi sont résolues en famille ou en communauté. « Nous détestons émarger aux caisses de sécurité sociale. Quand un Chinois perd son emploi, son entourage le prend en charge et lui fournit un emploi, même dur, même subalterne, mais qui l’aide à survivre et à se choisir une nouvelle orientation professionnelle« , nous confiait un des propriétaires du restaurant Hong Kong Delight, à Bruxelles.

4. L’ABSENCE DES « HUMANITAIRES ». Apart la Croix Rouge et certains organes de l’ONU, les Asiatiques n’ont guère pu compter sur la médiatisation de leurs pérégrinations. Ainsi on a oublié que les Vietnamiens furent des « boat people », ces malheureux lancés et abandonnés en pleine mer, sans que des ONG « humanitaires » ne nous abreuvent de fausses informations sur les « migrants » – il y eut des milliers de morts, dans l’indifférence des « humanitaires » biberonnés aux « droits de l’homme ». Ces malheureux étaient cependant victimes d’attaques par des pirates qui les dépouillaient avant de les jeter aux requins…

Il faut aussi préciser qu’ l'(implantation asiatique dans le centre de Bruxelles a redonner vie à un quartier en état de mort lente et de taudisation.

Bien intégrée, paisible, industrieuse, vigilante à ne pas bousculer les traditions belges tout en restant fidèle aux siennes, l’immigration asiatique est vraiment exemplaire. Telles les immigrations italiennes et espagnoles, elle s’est fondue dans la réalité belge, tout en l’enrichissant. Que serait la Belgique sans les rouleaux de printemps, les bouddhas souriants et non-agressifs ou les téléphones Huawei ? 

D.K.

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