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La médecine ne saurait échapper à cette évolution.

Certains hommes politiques rêvent d’« ubériser » la société. Ces partisans de l’ubérisation proposent de la réformer afin de pouvoir imposer leur mode de fonctionnement sans les contraintes légales actuelles, et ils ne considèrent le monde qu’à travers le prisme de leur nouveau modèle social et économique.

Cette évolution semble évidente pour certains utopistes (dont la culture hors-sol leur permet de rêver à un univers digne du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley) qui voient dans l’ubérisation de la société le premier maillon d’une modification radicale de celle-ci, afin que le monde ne soit plus qu’un vaste marché uniforme débarrassé des contraintes réglementaires locales, où puisse s’exprimer en toute liberté l’expansionnisme dévastateur de firmes censées apporter des améliorations à des modèles économiques existants, mais dont l’intérêt n’est en réalité que financier.

La médecine ne saurait échapper à cette évolution. On connaît déjà les plates-formes téléphoniques chargées de prendre les rendez-vous chez le médecin. Pour l’instant, ces plates-formes sont au service du médecin abonné, mais le rapport de force peut s’inverser rapidement. Elles peuvent devenir des lieux de passage privilégiés pour des malades désireux d’obtenir rapidement une consultation auprès de n’importe lequel des médecins inscrits dans leur organigramme. La facilité d’accès primant alors sur le choix du praticien.

Nous ne pourrons pas éviter que cette médecine de dépannage s’organise pour offrir une réponse adaptée à la demande urgente, ou pressée, de certains malades. Les médecins l’ont déjà en partie abandonnée et les services d’urgence croulent sous les demandes de ce type.

Mais ce qui est envisageable pour la médecine de dépannage ne saurait l’être pour la médecine d’écoute et de consultation, celle où le patient a un lien étroit et choisi avec son thérapeute.

Alors les médecins devront rester vigilants, car les concepteurs de logiciels désirent aller plus loin.

 Il en existe déjà qui permettent, à l’aide d’un simple smartphone, de taper ses symptômes pour obtenir un diagnostic et des conseils thérapeutiques, court-circuitant ainsi la consultation médicale. La circulation du savoir et de l’information passe désormais par des canaux qui n’existaient pas autrefois. Il est très facile d’aller chercher des informations sur Internet. Ces nouvelles façons de partager un savoir peuvent remettre en cause le dialogue médecin-malade.
 

Si, sous couvert de scientisme, nous décidons de confier notre santé à des automates, nous acceptons une relation qui exclut toute empathie, toute chaleur humaine, cela même qui, en agrémentant les relations interindividuelles, permet souvent d’atténuer la douleur et la souffrance.

Même si, dans certains domaines, la machine peut se révéler supérieure à l’homme, il faudra veiller à ce qu’elle ne le remplace pas dans toutes les disciplines qui traitent de l’humain, et tout particulièrement en médecine. Car là où la machine ne peut qu’apporter une réponse technique, même très pertinente, le médecin peut apporter une réponse humanisée parfaitement adaptée au cas du malade, prenant en compte, non seulement son problème pathologique, mais aussi tout son environnement moral, familial, culturel et social, quitte à ce que cette réponse perde un peu de sa pertinence en osant s’éloigner du consensus thérapeutique. Car il faut espérer que le rôle du médecin ne se résumera pas à celui d’un technicien uniquement capable d’interpréter un arbre décisionnel anonyme.

Les machines savent déjà le faire !

Source: http://www.bvoltaire.fr/luberisation-de-medecine/

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