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Nos fidèles lecteurs se souviendront qu’un courageux journaliste du Peuple avait vainement tenté de trouver du jambon et des chicons dans une artère commerçante de Molenbeek (l’article est toujours en ligne sur la présente page). Cette fois, il s’est rendu à Marcinelle, près de Charleroi. But de l’équipée : trouver un pot de sauce cocktail. Il en aura été pour ses frais…

Dans Marcinelle, où planent encore les fantômes de Spirou, de Spip, de Fantasio, du Marsupilami, de Boule & Bill, des Schtroumpfs, de Buck Danny et de tant d’autres, le remplacement de populations s’est opéré à grande vitesse.

Après-guerre, on y a connu l’immigration italienne qui plongea au centre de la terre pour y cueillir le charbon. Ces gens méprisés ont payé un très lourd tribut : la catastrophe de la mine du Bois du Cazier (1956) marque encore les esprits.

Avec les immigrations nord-africaine et turque, ce fut une toute autre affaire. Il faut évidemment rendre hommage à ceux qui ont travaillé à la mine, alors qu’elles n’étaient plus entretenues, car les actionnaires (Société Générale, entre autres) savaient qu’elles fermeraient tôt ou tard.

La Belgique a abandonné ces travailleurs, semant ainsi le mécontentement. Les regroupements familiaux n’ont rien arrangé, et les Marcinellois ont vu leur commune se transformer de fond en comble. La politicaillerie locale a joué la carte du « nouveau prolétariat » – en réalité, l’extension du clientélisme politique. Cela n’entraîna que des tensions et des divisions dans la population : les uns croyaient que l’on favorisait les autres.

Peu à peu, les petits commerces ont disparu. L’arrivée des supermarchés en périphérie furent les grands responsables de cette désertification. Mais l’épicerie a subsisté. Sauf qu’elle s’est complètement communautarisée.

Or donc, notre valeureux journaliste a quitté la gare de Charleroi Sud, longé le chemin de fer, emprunté le pont enjambant les voies et a pénétré au cœur de Marcinelle. Face à l’église Saint-Martin subsiste la salle « La Ruche », autrefois un café avec une salle de fête, aujourd’hui, un complexe multifonctionnel de haut niveau.

Les petites épiceries, les marchands de journaux ont disparu. Ou plutôt, ils ont été remplacés par des night shops (certains, ouverts toute la journée !), d’éphémères commerces de fruits et légumes (et tant d’autres choses) chez lesquels viennent s’approvisionner les nouvelles populations.

Comme il ne se faisait plus d’illusions sur la probabilité de trouver du jambon et des chicons, notre valeureux enquêteur s’est mis à la recherche d’un pot de sauce cocktail. Le soir, il avait invité des amis et s’apprêtait à leur proposer des légumes crus (carottes, choux fleurs, céleris…) en guise d’apéritif. Trempé dans une sauce cocktails, le chou-fleur perd de son amertume.

Déception : trois épiceries visitées, pas de sauce cocktail ! Rue de l’Ange, pas de sauce cocktail, rue Destrée, un Delhaize, mais notre valeureux enquêteurs veut privilégier le petit commerce.

Il se perd un peu dans les rues adjacents, visite quelques autres commerces tenus par des nord-africains, toujours pas de sauce cocktail. Mayonnaise, sauce provençale, andalouse, ketchup, à l’ail, à l’aïoli, mexicaine, au poivre vert, bref, sauces à presque n’importe quoi. Mais pas de sace cocktail.

Interrogés, les commerçants éludent la question : « On n’en a pas », « On fait pas ça », « N’existe pas », « Y en a plus », « Personne n’en demande ».

Finalement, un épicier un peu agressif a dévoilé le pot-aux-roses (en sauce) : « Ici, on vend pas d’alcool ». Fichtre ! Notre valeureux enquêteur avait oublié qu’un peu de whisky entre dans la confection des sauces cocktail. C’est pourtant évident : on ne fait pas des cocktails rien qu’avec du Fanta mélangé à du Sprite !

Ainsi, les vieux Marcinellois, de souche ou d’origine italienne, doivent se rabattre sur le Delhaize pour trouver de la sauce cocktail. Et encore, il paraît que des islamistes rabiques ont adressé des protestations au gérant de ce supermarché, exprimant leur indignation devant la présence d’une sauce « alcoolisée » parmi les autres saveurs proposées…

Il paraît que cela se répand – comme une sauce. Dans certains quartiers de Liège, de Verviers, de Bruxelles s’élèvent des voix : « Nous ne pouvons pas toucher des pots de sauce impure si nous voulons acheter un pot de mayonnaise, placé à côté d’un produit non-halal« .

Quelques jours plus tard, notre valeureux limiers avait préparé un plein panier de bonbons, à distribuer aux enfants maquillés, sillonnant les rues à l’occasion d’Halloween. Il aura dû les manger lui-même, au risque de devoir passer après chez le dentiste. Personne n’est venu sonner, comme les autres années.

Triste raison : les parents des petits Belges « de souche » n’osent plus laisser sortir leurs enfants, une fois la nuit tombée (l’heure d’hiver venait d’entrer en vigueur) ; et des barbus ont enfoncé dans le crâne de leurs coreligionnaires que les bonbons ne sont pas halal ! Ils contiendraient de la gélatine, qui trouve son origine dans la couenne de porc.

Voilà donc ne raison de plus qui sépare les gens. Les petits musulmans aimeraient bien manger des bonbons – leurs religieux le leur interdisent. Comme le font tous les enfants, les petits non-musulmans aimeraient bien partager les friandises avec leurs copains musulmans : ils ne le peuvent pas. Une maman outrée racontait à notre valeureux enquêteur qu’elle avait été appelée chez la directrice de l’école primaire, fréquentée par son bambin, parce que ce dernier avait voulu distribuer des bonbons, ce qui « était une atteinte au vivrensemble, ne respectant pas la diversité ».

L’altruisme, la convivialité, la gentillesse devenant des « atteintes au vivrensemble », décidément les temps changent…

Ne nous laissons pas aller au pessimisme. Buvons là-dessus un bon whisky. Sans sauce autour.

F.M.

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