Print Friendly

C’est le criant appel que lance l’essayiste Jean Sevillia, auteur de l’ouvrage intitulé « Moralement correct » (édition des Noyelles). Il revient sur le problème auquel est confronté notre vieux continent : la perte des valeurs qui fondent nos sociétés. Loin d’être une vieille lubie de conservateur de musée, Jean Sevillia pose ces enjeux comme décisifs quant à l’avenir de notre civilisation européenne.

Jean Sevillia, journaliste, écrivain et chroniqueur au Figaro magazine

Comment définir un « nous » à l’heure de l’individualisme triomphant? Le procès de personnalisation, disait Lipovetsky, a littéralement pulvérisé l’ensemble des cadres de vie collective. Des nations mal-aimées et houspillées, prétendues causes de tous nos maux; des familles éclatées entre plusieurs foyers, détruites par les recompositions sans fin, menant à une explosion de la mono-parentalité; des Églises vidées, désacralisées pour en faire des musées dans le meilleur des cas; des dimanches passés à pousser des buggys dans les grandes allées commerçantes; des sempiternelles excuses exigées par le reste du monde de nos dirigeants pour être pardonnés de l’histoire de l’Europe, réduite à sa cruauté et à son appétit sanguinaire…

Voilà là le triste sort que connaissent nos pays, à bout de souffle. Au sein de ceux-ci, des peuples désorientés, atomisés en somme…
Que de morale, — moralisme même ! — me rétorqueront certains, tant est si bien qu’on tournerait la page sans se gêner pour bien s’assurer de ne pas radoter! Sauf qu’à ceux qui se moquent bien du mot héritage, dont les syllabes ne raisonnent plus que dans les bureaux de notaires, je rétorque à mon tour que c’est toute une civilisation qu’on jette avec l’eau du bain, et force est de constater que nos contemporains ne mesurent pas les conséquences d’un tel lancé !

Pour l’auteur de ces lignes, Marion Maréchal Le Pen incarne ce nouvel élan du conservatisme, à en voir l’engouement qu’elle suscite autour d’elle.

Plus que de s’en prendre à des cultures étrangères — l’Islam pour ne pas le nommer – il devient urgent de redécouvrir notre substrat culturel et historique européen, afin d’admettre, comme dit dans un précédent article, qu’une véritable politique de civilisation ne peut s’en tenir à la critique de l’Autre, elle doit surtout se donner les moyens de redevenir elle-même » ! La résistance aux grands vents de la mondialisation nécessite de reconsidérer notre héritage. C’est ce que nous dit Jean Sevillia, en donnant quelques pistes pour mener à bien ce grand chantier intellectuel.
Face aux fameuses polémiques sur les crèches et les sapins de Noël, celles relatives aux crucifix dans les classes et dans les rues, il semble temps de contester l’éradication progressive des signes culturels au nom de la lutte contre le cultuel ! Deux notions qu’on peine encore à comprendre dans nos sociétés qui veulent être à la pointe d’une neutralité exemplaire que visiblement, personne ne réclame ! Supprimer les signes religieux, c’est aussi supprimer notre culture, puisque l’un et l’autre se confondent.
Qu’il en devient choquant de vouloir à ce point ne pas choquer, et d’établir comme projet de société la neutralisation d’une culture progressivement aseptisée, bientôt complètement coupée de son calendrier et de ses fêtes qui s’y inscrivent, quand celles-ci ne sont pas carrément récupérées pour être abaissées au rang d’évènements commerciaux sans précédent.
C’est d’un conservatisme dynamique dont nous avons besoin qui, loin d’être une doctrine visant à dépoussiérer un certain nombre de vieilleries du passé, se veut être une force à même d’aller quérir dans notre histoire et notre culture des leviers susceptibles de soulever notre monde contemporain. De résister.
D’un conservatisme à même de nous amener à revenir à nos fondamentaux, à ce qui a fait, et fera encore, notre singularité collective. De l’accumulation des expériences au long de l’histoire comme témoignage nécessaire à la définition de nos priorités, donc.
C’est par ce conservatisme dynamique qu’on redonnera à la politique un nouveau souffle, à même de dépasser par voie de conséquence les programmes bien tièdes de nos adversaires.

Parce que le mot identité n’est qu’une voie de garage s’il n’est pas défini avec plus de clarté. Cette identité, c’est de toute évidence le sujet majeur qui préoccupe une Europe en perte de repères. Plus que sa souveraineté, c’est la nature même du peuple qui est en jeu.
C’est ce à quoi Jean Sevillia nous exhorte, voyant par-là l’ultime chance de sauver ce qui peut encore l’être.

Loin d’exhumer le passé en décomposition pour le plaisir de se prendre pour un archéologue, c’est une volonté de revitaliser notre société actuelle qu’il veut réaffirmer. Entre le grand bond en avant vers la société ouverte aux quatre vents et la réaffirmation d’une culture singulière, se pose là un choix de civilisation qu’il reste à faire ! Que nous devons faire.

K.K.

Commentaires