Print Friendly
Dans le sens militaire et stratégique du terme, un «ennemi» est une entité qui menace réellement notre survie à court et à long terme et nos intérêts vitaux – pas celui qui ne partage tout simplement pas notre concept de démocratie et de droits de l’homme.
  • Une erreur géopolitique dangereuse faite par les pays occidentaux est de ne voir des ennemis que dans les groupes terroristes islamiques et les cibler dans le vide. De même, sinon plus, il est important de lutter contre les mouvements islamistes qui condamnent le terrorisme, mais propagent «pacifiquement» leur idéologie dans nos pays.
  • Avant de lancer des campagnes militaires au nom des droits de l’homme, ici, à l’ouest, nous devrions d’abord investir dans le renforcement de nos valeurs et encourager nos minorités musulmanes à adopter ces valeurs, plutôt que de les laisser tomber entre les mains d’organisations islamistes radicales. L’Occident doit arrêter de diaboliser sa propre identité judéo-chrétienne européenne et se débarrasser de l’extrémisme multiculturel.
  • Définir la Russie post-soviétique comme le principal ennemi de l’Occident, tout en considérant les monarchies islamiques sunnites du Moyen-Orient et la Turquie néo-ottomane-islamiste comme des alliés ou des amis, c’est une dangereuse erreur géopolitique.

Le principal intérêt de l’Occident et la mission principale de l’OTAN ne consiste pas à diaboliser les régimes dont ils ont peur, comme, par exemple, la kleptocratie autoritaire de Poutine ou d’autres États non démocratiques qui ne constituent pas une menace militaire directe. Il s’agit plutôt de protéger notre terre, notre mer, notre espace aérien et nos populations.

Pour l’accomplir, cependant, nous devons définir l’«ennemi».

Dans le sens militaire et stratégique du mot, un «ennemi» est une entité qui menace réellement notre survie à court et à long terme et les intérêts vitaux – pas celui qui ne partage tout simplement pas notre concept de démocratie et de droits de l’homme.

L’islamisme radical correspond à cette définition, puisque ses adhérents cherchent à remplacer notre mode de vie occidental par leur système antagoniste théocratique de la charia (loi islamique). C’est un défi réel pour notre ordre démocratique et laïc et pour la civilisation judéo-chrétienne.

Les terroristes islamiques sont des instruments – des armes humaines non conventionnelles – employées même par des organisations «amicales» (par exemple, les Frères musulmans, l’Organisation de la coopération islamique, la Ligue islamique mondiale, le Congrès islamique mondial) et les États (comme l’Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan, le Koweït et le Qatar) pour détruire l’Occident. Ils font cela en jouant un double jeu: ils sont nos alliés économiques, mais simultanément appuient ceux qui visent ouvertement à soumettre nos nations à la charia.

La Russie peut être envisagée comme l’ennemi de l’Ukraine ; elle est également considérée comme une menace pour la Pologne. Cependant, elle ne vise pas à détruire la civilisation judéo-chrétienne. Au contraire, la Russie post-soviétique épouse les valeurs orthodoxes chrétiennes qui sont semblables à celles de nombreux conservateurs chrétiens occidentaux. Moscou ne prévoit pas non plus d’attaquer les États-Unis.

S’attaquer à de «simples soldats» tout en permettant à la doctrine de s’épanouir est un exercice de futilité

L’idéologie islamiste n’est pas seulement une doctrine fondamentaliste ou revivaliste, telle que celle adoptée par certains groupes chrétiens ou juifs, mais plutôt une idéologie politico-religieuse totalitaire, risquant de mettre en péril toute l’humanité. C’est parce que son but ultime est de dominer le monde, tout comme le nazisme et le communisme.

Par conséquent, l’envoi de troupes dans les pays du Moyen-Orient pour lutter contre les terroristes sur le champ de bataille est inutile lorsque l’idéologie islamiste radicale de ces terroristes se répand «légitimement» dans les mosquées et les madrassas sur notre sol, souvent avec le soutien de nos gouvernements et des lobbies multiculturels. En d’autres termes, s’attaquer à de «simples soldats» tout en permettant à la doctrine de s’épanouir est un exercice de futilité.

Un autre problème que l’Occident n’a pas encore résolu est philosophique: il coopère avec les États musulmans et ouvre ses sociétés à des groupes islamistes radicaux sans aucune forme de réciprocité.

Les pays musulmans et les organisations non gouvernementales profitent de la démocratie occidentale pour s’engager dans des activités – telles que le prosélytisme – qu’elles condamnent elles-mêmes. À l’Ouest, ils jouissent de la liberté de parole et de religion. Chez eux, ils emprisonnent ou exécutent des «apostats» non musulmans et musulmans.

Comme l’a écrit le philosophe politique du XXe siècle Karl Popper dans son oeuvre «La Société ouverte et ses Ennemis*» («The Open Society and Its Enemies»):

«Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui».

La situation actuelle remonte à des décennies d’erreurs géostratégiques et de guerres contre-productives. Voici l’un des nombreux exemples – comme au Pakistan, en Turquie, en ex-Yougoslavie et en Macédoine – l’opération cyclone, l’appui de la CIA à un groupe djihadiste, les moudjahidines, contre l’armée rouge, avant, pendant et après l’invasion soviétique en Afghanistan à la fin de 1979.

Ce mouvement myope vis-à-vis de l’avenir, consistant à soutenir un groupe islamiste fanatique dans sa lutte contre un ennemi différent, est né d’un paradigme « anti-civilisationnel » minimisant le pouvoir de la culture et de la religion en tant que forces motrices. C’est un modèle encore utilisé par de nombreux stratèges occidentaux, qui comparent l’aide américaine aux moudjahidines à celle donnée aux Contras nicaraguayens en 1981 et au mouvement polonais Solidarnosc en 1980.

C’est une comparaison tout à fait fausse.

À la différence des fanatiques moudjahidines et de leurs combattants, les Contras et Solidarnosc n’avaient aucun objectif totalitaire mégalo thématique. Leur seul but était la liberté de la tyrannie.

Aujourd’hui, il est impératif que nous n’autorisions pas les batailles internes à Washington à nous empêcher de reconnaître que le conflit est plus large, ce qui montre son affreux visage avec chaque attaque à la voiture bélier dans une capitale européenne, et à créer une stratégie pour sauver l’Occident de son plus grand ennemi immédiat.

Une approche à trois volets :
  • Avant de lancer des campagnes militaires au nom des droits de l’homme, ici, à l’ouest, nous devrions d’abord investir dans le renforcement de nos valeurs et encourager nos minorités musulmanes à adopter ces valeurs plutôt que de les laisser tomber entre les mains d’organisations islamistes radicales.
  • L’Occident doit arrêter de diaboliser sa propre identité judéo-chrétienne européenne et se débarrasser de l’extrémisme multiculturel.
  • Une nouvelle stratégie englobant tout l’Ouest devrait être créée pour améliorer et cimenter le lien entre les États-Unis et la vieille Europe et encourager la Russie à en faire partie [c’est la vision de Donald Trump, entravée par les Démocrates avec l’invention du dossier Russie]. Il est temps de se concentrer sur l’ennemi réel – celui à notre porte qui place nos pays dans sa ligne de mire.
  • Définir la Russie post-soviétique comme le principal ennemi de l’Occident, tout en considérant les monarchies islamiques sunnites du Moyen-Orient et la Turquie néo-ottomane-islamiste comme des alliés ou des amis, c’est une dangereuse erreur géopolitique.

ALEXANDRE DEL VALLE

Source: https://www.dreuz.info/2017/09/07/reconnaitre-lennemi-reel-et-actuel-lislam-radical-pas-la-russie-par-alexandre-del-valle/

Commentaires