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Il y a quelques semaines, notre roi nous avait assemblés à Tolpiacum pour la bataille contre les Alamans…clovis

Ce qui s’est passé hier, jour de Noël, me semble si extraordinaire que je n’ai d’autre choix que de tenter de le raconter. J’espère que ces quelques lignes, maladroitement dictées par un homme d’armes à un homme d’Église – seule personne de ma connaissance qui sache écrire -, trouveront quelques lecteurs.

Il y a quelques semaines, suite à la demande d’aide de Sigebert, notre roi nous avait assemblés à Tolpiacum pour la bataille contre les Alamans.

Nous étions moins nombreux que l’ennemi et la bataille commença très mal. Clovis était figé par la tristesse de voir ses hommes se faire massacrer. J’ai vu Aurélien courir vers lui et lui hurler ces mots : « Le dieu de Clotilde ! Invoque le dieu de Clotilde ! » Clovis sortit de sa torpeur et je le vis invoquer le Ciel, les mains ouvertes. Voir notre roi ainsi me donna une force nouvelle. Je me retournai et de toute la violence de mon bras je lançai ma francisque sur un homme qui avançait pour me tuer. Il fut instantanément coupé en deux. Or, c’était le chef des Alamans. Ceux-ci prirent peur et la bataille prit un tour bien différent.

Les événements extraordinaires d’hier n’auraient pu se dérouler sans cette victoire. Notre roi Clovis – nous disions auparavant Hlodowig, ce qui signifie « illustre dans la bataille » – voulait honorer la promesse qu’il avait faite à notre reine Clotilde : si son dieu nous donnait la victoire, il l’adorerait ! Nous arrivâmes donc, toute l’armée franque réunie, devant la cathédrale de Reims.

Clovis était en palabre avec l’évêque Remi, qui lui parlait de ce dieu. Après quelques instants, Clovis dit qu’avant d’adorer ce Jésus, il devait obtenir notre assentiment. Nous ne lui en laissâmes pas le temps ! L’un de nous s’avança et en notre nom s’adressa à notre roi :

« Les dieux mortels, nous les rejetons, Ô roi, et c’est le Dieu immortel que prêche Remi que nous sommes prêts à suivre. »

L’évêque ce entendant, on commença les préparatifs. L’encens fume, les cierges brillent. Le cortège se met en marche, au chant des hymnes… Rémi mène le roi par la main du logis royal au baptistère…

« Patron, n’est-ce pas là le royaume de Dieu que tu m’as promis ? Non, réplique l’évêque, ce n’est pas le royaume de Dieu, mais la route qui y conduit. »

Clovis descend dans la cuve, presque nu ; Remi se penche sur lui et d’une voix forte ose lui dire :

« Courbe doucement la tête, ô Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. »

On voulut alors oindre notre roi. Mais nous étions si nombreux que ses hommes ne pouvaient se frayer un chemin pour lui apporter les huiles nécessaires. Le saint homme leva alors les mains au Ciel. À cet instant précis, une lumière plus éclatante que le soleil inonde l’église ! On entend une voix : « La paix soit avec vous ! C’est moi ! N’ayez point peur ! » Une odeur céleste embaume l’atmosphère. Je n’oublierai jamais cette senteur ! Le roi, la reine, tous se jettent aux pieds de Remi. Il pointe son regard vers le Ciel. Arrive à cet instant une colombe d’une blancheur éclatante. Elle dépose dans ses mains une petite ampoule, d’où il prélève un peu d’huile, et commence à oindre notre roi qui est resté à genoux.

Puis il s’adresse à notre chef, et à travers lui, à nous tous :

« Mon fils, le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Église romaine qui est la seule véritable Église du Christ.
Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes.
Il sera victorieux et prospère tant qu’il sera fidèle à la Foi romaine.
Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu’il sera infidèle à sa vocation.

Vers la fin des temps, un descendant des rois de France régnera sur tout l’antique Empire romain

Hier, moi, simple soldat de Clovis, j’ai aussi reçu ce baptême.
Nous pouvons maintenant tous repartir vers de nouvelles conquêtes.

Source: http://www.bvoltaire.fr/robindelaroche/sest-passe-hier-extraordinaire-laissez-moi-raconter,302254

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