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Aujourd’hui, à travers le monde, 700 millions de jeunes filles âgées de moins de 18 ans sont mariées dont 250 millions de moins de 15 ans. Sept des dix-huits pays partenaires de la Coopération belge au développement sont confrontés à cette institutionnalisation de la pédophilie par le biais du mariage.

mariage enfantDes vies brisées et des économies minées

A l’occasion de la journée mondiale de la fille, le parlement s’est ouvert mercredi dernier à l’ONG PLAN pour une conférence internationale consacrée aux mariages précoces dans le cadre de son action spécifique « Stop aux mariages d’enfants », un projet qui s’inscrit dans la même philosophie que le combat de la jeune Malala qui vient juste d’être couronnée du Prix Nobel de la Paix.

Active dans 50 pays, PLAN récolte des fonds, sensibilise le monde développé aux problématiques de l’enfance dans les pays du Sud. Sur le terrain, l’ONG agit en s’appuyant sur des structures locales existantes pour apporter une aide aux jeunes filles mais aussi pour faire avancer la législation relative à la protection des enfants. Parmi les intervenants, outre Huib Hyuse de la KUL qui a livré un aperçu de la politique belge de coopération, Lyric Thompson (ICRW/Girls Not Brides, Washington) et Ruben R. Pereda (UNICEF, Bruxelles) ont mis en perspectives les chiffres et les tendances liés à ces mariages forcés qui touchent les plus jeunes.

Ce drame qui brise la vie de centaines de millions de jeunes filles constitue aussi un obstacle majeur au développement des pays, principalement en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, qui connaissent cette pratique. En effet, les jeunes filles courent beaucoup plus de risques de santé durant leur grossesses. Dans cette population spécifique le taux de mortalité en couche est beaucoup plus élevé tout comme celui des enfants. En outre, la maternité et les tâches domestiques éloignent ces mineures du parcours scolaire tout en hypothéquant leur niveau de vie. Au final, c’est un cercle vicieux sur fond de grossesses multiples, de déscolarisation, de pauvreté et de violence conjugale qui s’enclenche pour se multiplier au fil des années. Sans changement, en 2050, le nombre de mineures mariées s’élèvera à un milliard deux cent millions de femmes selon les projections de l’UNICEF.

Aujourd’hui, ces femmes en souffrance représentent à peine moins que la population des USA et celle de l’Union européenne réunies…

Haoua, fiancée à 9 ans, mariée à 11 ans.

En permettant à Haoua Ibrahim Ali et à Saa Gado de venir du Niger pour s’exprimer dans l’enceinte du parlement belge, PLAN a aussi donné la parole aux victimes et aux intervenants sur le terrain. Haoua, fiancée à 9 ans et mariée à 11 ans a ainsi livré le récit de son calvaire aux parlementaires belges et du dénouement heureux grâce à l’intervention directe de Saa Gado, représentante de PLAN Niger qui lui est venue personnellement en aide. Cette dernière a livré un plaidoyer aussi vibrant que lucide pour la mise à l’agenda du respect des droits de l’enfant. « Une loi de la protection de la jeune fille avait été introduite au Parlement mais elle a aussitôt été renvoyée en seconde lecture… et chez nous, cela veut dire aux calendes grecques! » explique-t-elle non sans humour en évoquant le lobbying intense que mènent les groupes religieux auprès des parlementaires pour contrecarrer toute velléité de changement au Niger en ajoutant : « Les imams ont un rôle central parce que ce sont eux qui célèbrent les mariages. Ils doivent être formés, sensibilisé et intégrés au travail législatif (…) Vous pouvez appuyer le Niger, vous pouvez influencer les lois du Niger en inscrivant cette priorité au sein de votre propre Parlement.»

Après le tonnerre d’applaudissements qui a succédé aux interventions sur la situation au Niger, lors des échanges avec le public, Khadidiatou Diallo, présidente du Groupe pour l’ Abolition des Mutilations Génitales (GAMS, Bruxelles) n’a pas manqué de faire écho à cette demande venue du terrain en Afrique en plaidant pour une forme de conditionnalité de l’aide que la Belgique apporte à ses partenaires en terme de respect des droits de l’homme parmi les plus élémentaires, en l’occurrence le droit de disposer de son corps et le droit à l’intégrité physique.

Le Parti Populaire souscrit à cette idée que l’aide au développement doit revenir à des Etats qui ne bafouent pas les principes fondamentaux des droits de l’Homme. Dans cette perspective, la conditionnalité peut constituer un moyen de pression pour impulser un changement favorable pour des catégories de la population en situation de faiblesse. Le parti populaire ne peut concevoir que le contribuable belge puisse financer un pays qui couvrirait la pratique de la pédophilie sous des prétextes culturels ou religieux.

Dans la foulée de cette conférence qui a pour objet les pays en voie de développement, le Parti Populaire souhaite qu’une attention plus grande soit portée à la multiplication, en Belgique, des mariages forcés impliquant parfois des mineurs belges ou résidants dans le pays.

T.H.

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