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Mardi, au sortir d’un échange avec ses homologues européens à Luxembourg, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken (N-VA) a estimé que la réforme du règlement de Dublin était avortée. Lors d’une interview pour la télévision allemande, il a même déclaré qu’il fallait trouver « une manière de contourner l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme ».

Theo Francken a à nouveau plaidé pour réinstaurer les refoulements des bateaux de migrants, interdits en 2012 par la Cour européenne des Droits de l’homme sur base de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture et les traitements dégradants. Il a également évoqué la possibilité de nouer un traité avec la Tunisie pour y renvoyer les migrants fuyant la Libye.

C’est point par point le programme migratoire du Parti Populaire (PP). Pour Mischaël Modrikamen, président du PP : « Ceux qui tentent de rejoindre illégalement l’Europe par la Méditerranée ou les Balkans doivent être reconduits hors d’Europe. La grande majorité sont des migrants économiques. L’Australie pratique avec succès cette politique de rapatriement. Les vrais réfugiés doivent être accueillis dans des « SAFE ZONE » établies près des zones de conflits, sous la protection des forces européennes ou de l’OTAN et reconduits chez eux une fois le conflit terminé pour reconstruire leur pays. »

Du côté francophone, le Parti Populaire est le seul parti à accueillir avec enthousiasme la proposition du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration. Les autres partis s’indigent ou temporisent.

Pour le CDH, en déclin dans les sondages, Theo Francken n’a « ni mémoire ni âme ni sens humain », ce qui ne lui laisse plus grand chose.

Pour Défi, renoncer « en tout ou en partie » à la Convention Européenne des Droits de l’Homme équivaudrait à replonger dans les heures les plus sombres de notre Histoire. Ni plus ni moins.

Le Parti Socialiste, non content d’appeler une énième fois à la démission de Theo Francken, réfléchit à la possibilité de faire interdire la N-VA.

Les co-présidents d’Ecolo Zakia Khattabi et Patrick Dupriez se sont également indignés.

Quant au PTB, dont 70% des membres s’opposent à l’immigration incontrôlée mais dont le programme prône l’ouverture des frontières, il estime que le gouvernement fédéral n’a « aucun respect pour les droits fondamentaux ».

Du côté du MR, le président Olivier Chastel et le député David Clarinval sont montés au créneau pour défendre timidement Theo Francken, tout en temporisant et en prenant leurs distances. D’ailleurs, pour Olivier Chastel, le MR « continuera de respecter les conventions internationales ». Même si on ne peut rien faire pour les changer.

Tous se tournent à présent vers le Premier Ministre Charles Michel, pour demander qui un « recadrage », qui son soutien. Une situation embarrassante pour le Premier Ministre, qui pas plus tard qu’en 2013 affirmait que la N-VA se situait « à la frontière de l’extrême-droite » et qu’il y avait dans ce parti « des relents racistes ». Selon le porte-parole du Premier ministre : « Theo Francken devra rendre des comptes lors d’un prochain Conseil des ministres »

Pour rendre les choses encore plus compliquées, le commissaire européen en charge de la Migration, Dimitris Avramopoulos (non élu), a répliqué que la Convention était sacrée et que l’Union Européenne ne suivrait jamais le modèle australien (nda. : de refoulement des migrants illégaux). Un véritable casse-tête pour le MR, parti pro-européen, dont le manifeste stipule que « l’Union européenne doit assumer un rôle plus efficace dans des programmes de (…) politique migratoire ».

Du côté de Mischaël Modrikamen, les choses sont claires : « Si l’Union Européenne ne veut pas protéger les peuples, ils s’en chargeront eux-mêmes ! » Sur Twitter, il n’hésite pas à agiter la menace d’un Belxit…

 

 

 

 

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