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Un plafond s’effondre au Palais de Justice de Bruxelles. Pas de victimes, c’est le principal. Mais comment en est-on arrivé, en Belgique (et pas qu’à Bruxelles), à un tel état de délabrement ? 

Une partie du plafond du palais de justice de Bruxelles – plus précisément, le plafond du greffe de la Cour de Cassation – s’est effondré, ce matin du 5 septembre 2018. Naguère circulaient des chiffres extravagants à propos des frais de remise en ordre du bâtiment : cela allait chercher dans les 300 à 400 millions d’euros et on attendait la fin des travaux en… 2040 (voir : https://www.7sur7.be/7s7/…/Le-Palais-de-Justice-renove-Revenez-dans-20-ans.dhtml).

On ne sait pas si c’est l’avocat général de la Cour de Cassation, André Henres, qui en tonnant sa mercuriale, deux jours auparavant, aurait précipité l’effondrement du plafond, mais une chose reste : la lente descente aux enfers du Palais de Justice semble une histoire sans fin.

Les travaux de sécurisation devaient être terminés pour le mois de juillet 2018 – ils ne l’auraient été qu’en septembre (Voir : https://www.lalibre.be/…/bruxelles/bruxelles-la-fin-des-travaux-de-securisation-du-palais-de-jus…). Avec le résultat auquel on assiste aujourd’hui.

1. VICTIME DE LA REGIONALISATION. La vérité, c’est que personne ne veut payer les travaux indispensables (et urgents) qui pourraient maintenir l’immeuble debout. La Région bruxelloise n’a pas l’argent. La Belgique unitaire n’existe plus et ni la Région wallonne, ni la Région flamande ne veulent se mouiller dans ce dossier.

Le Palais de Justice est clairement la victime de la régionalisation.

En attendant, le bâtiment est occupé et il risque de s’effondrer sur ses occupants. En réalité, l’entretien doit être assuré par la Régie des Bâtiments (voir : https://www.regiedesbatiments.be/fr/projects/palais-de-justice-4). La Régie dépend du gouvernement fédéral et est actuellement de la compétence du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA).

2. OU EST PASSE L’ARGENT ? Tous les autres niveaux de pouvoir se sont défilés. Ainsi, le Fonds mondial pour les monuments a placé le Palais de Justice sur sa liste de monuments menacés pour l’année 2016. Une aubaine pour la Région bruxelloise, qui se débarrasse ainsi de la responsabilité unique sur l’immeuble.

On se retrouve devant la même impéritie qui nous vaut les tunnels sur le point de d’écrouler, les ponts chancelants et autres « ouvrages d’art » mal en point. Pendant des années, des budgets ont été votés pour l’entretien de ces constructions, mais rien n’a été fait. Où est passé l’argent ? Ainsi, les échafaudages autour du Palais de Justice ont été installés en… 1987 !

La question n’est pas populiste. En raison de l’état désastreux du Palais de Justice, le ministère de la Justice est forcé de louer des locaux pour que justice soit rendue. Cette situation pompe des millions par an (voir budget de la Justice sur : https://justice.belgium.be/fr).

3. SABOTAGE ? Trop d’intérêts obscurs sont en jeu dans cette affaire. Une  vraie situation à la belge. La Régie des Bâtiments (fédérale) se trouve en charge de l’entretien, mais tous les plans de rénovation doivent recevoir l’accord de laCommission des Monuments et Sites (bruxelloise).

On voit d’ici la guéguerre que se livrent les deux entités. Au sein même de la Régie, c’est la foire d’empoigne, nourrie par les ambitions de ceux et celles qui ambitionnent des postes de direction… tout en mettant des bâtons dans les roues des « chers collègues ».

Et comme rien n’est jamais simple et gratuit, la Régie s’est retrouvée sous la loupe d’enquêteurs, qui avaient décelé des possibilités de corruption de fonctionnaires. C’est pourquoi ces derniers voient d’un mauvais oeil le travail de la Commission des Monuments et Sites…

4. UN PEU D’ESPOIR ? Il faut rester prudent. En 2012, un concours a été lancé pour décider de l’avenir du Palais de Justice. Il fut question de le transformer en musée, agrémenté de boutiques, de restaurants et d’espaces de spectacle. Ce n’est qu’en 2016 qu’il fut décidé de conserver sa destination de Justice au Palais.

Selon l’architecte Johan Van Dessel, cité ce 5 septembre dans Bruzz voir : https://www.bruzz.be/), le bureau d’architectes Jaspers-Eyers avait proposé la transformation du palais en centre commercial, uniquement pour décourager le retour de la fonction judiciaire dans le bâtiment. La raison : l’Etat loue des lieux de substitution aux chambres du Palais de Justice à l’un des fondateurs de ce bureau Jaspers-Eyers, qui aurait tout intérêt à maintenir le statu quo actuel !

Une solution doit être trouvée. Il est urgent d’abandonner la politique des travaux de colmatage. Ainsi, la rénovation de la coupole a coûté 3 millions d’euros, alors que sous elle, le bâtiment n’est plus entretenu depuis la fin de la guerre. Il faut remplacer des blocs de pierre ; la structure métallique rouille depuis une centaine d’années.

Tout cette gabegie est le résultat d’une politique des partis traditionnels, qui n’éprouvent aucun intérêt pour le bien général et pour celui des citoyens. Ce n’est pas un Palais de Justice ou un tunnel qui s’écroulent : c’est tout le système qui a permis d’en arriver à ce stade de délabrement. Le PARTI POPULAIRE le clame depuis sa création. Lorsqu’il faisait entendre sa voix sur le sujet, il se faisait taxer de populisme. L’effondrement d’un plafond dans la Palais de Justice de Bruxelles montre à suffisance qu’il est toujours bon d’être populiste.

D.K.  

 

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