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La popularité de Trump n’a jamais été très forte dans les grandes villes. C’est dans les régions, là où se trouve la classe ouvrière que Trump est toujours très populaire.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit ce texte d’opinion de Salena Zito (chroniqueuse républicaine qui vit à Pittsburgh), publié dans le New York Post le 25 mars. Elle n’est pas neutre politiquement, mais son analyse se démarque de celle des «experts» interviewés dans les médias de masse.

Ne croyez pas les cotes d’approbation dans les sondages– Trump est populaire là où ça compte

Youngstown, Ohio–Les analystes étaient tout excités cette semaine de rapporter que la cote d’approbation du président Trump mesurée par la firme de sondage Gallup a fait un plongeon au plus bas niveau historique connu (chutant à 37 points), mais il faut savoir que les cotes d’approbation n’ont pas toutes le même poids.

Car en politique américaine, c’est la géographie qui compte [l’élection l’a prouvé].

  • Si vous demeurez en milieu urbain, entouré de minorités, ou en milieu universitaire, Donald J. Trump se noie irrémédiablement dans les sondages. Il obtient une cote d’approbation glaciale de 29 pour cent dans les villes, 35 pour cent dans les banlieues urbaines, dans le dernier sondage NBC/Wall Street Journal.
  • Mais, si vous habitez dans le deuxième cercle, celui des banlieues, en dehors des villes, dans une zone dortoir en périphérie, ou dans les troisième et quatrième cercles qui composent l’Amérique rurale, le président obtient une cote de 53 à 59 pour cent d’approbation– selon le même sondage.

La plupart des gens qui vivent dans ces régions sont assez satisfaits de lui.

C’est une situation déroutante qui déconcerte de nombreux journalistes [ils ont déjà oublié que sa victoire lui a été donnée par le centre de l’Amérique, et non les grandes villes et les deux côtes], les membres de l’establishment permanent et les experts des deux côtés du clivage politique depuis le jour où Trump a été assermenté.

Selon toute vraisemblance, ce soutien enthousiaste continuera pendant très longtemps.

Pourquoi ? Parce que les gens qui vivent dans ces cercles extérieurs aux villes ne sont pas seulement séparés par la géographie. Ils sont séparés par la culture, les traditions et les aspirations qui diffèrent de celles de leurs cousins urbains.

Ils en ont aussi marre de se faire ridiculiser par la classe politique sur la notion qu’ils appuient Trump inconditionnellement.

Surtout quand ils lisent (oui, ils savent lire !) des chroniques du genre de celle du New York Magazine publiée par l’ancien critique de théâtre Frank Rich, qui a porté un coup bas aux supporters de Trump :

«Alors que vous ne pouvez pas blâmer notre nouveau Président pour son affection envers les gens peu éduqués qui lui ont donné ce chèque en blanc, nous avons le droit de nous en abstenir. Si nous sommes libres de détester Trump, nous sommes libres de détester ses électeurs les plus loyaux, qui nous ont tous mis dans cette situation risquée».

Cette façon méprisante de décrire à grands traits leurs vies, leurs croyances et leur intellect –eux qui imaginent Rich et ses amis ricanant en sirotant leur chardonnay– est ce qui les a d’abord repoussés loin d’un parti démocrate de plus en plus élitiste.

Don Brick est un de ces électeurs.

Il a voté pour Obama, ensuite pour Trump. Et bien qu’il se hérisse devant la manière dont Trump se met parfois dans l’embarras, il n’y a aucune chance qu’il lui retire son soutien.

«J’ai compris pour qui je votais. J’ai compris qu’il un rapport élastique avec la vérité (sic). Je voulais quelqu’un qui ne soit pas un politicien, et je suis très satisfait de la façon dont il mène les affaires à Washington quand il s’agit de faire avancer les choses», explique Brick.

Ce gérant d’une épicerie à la retraite, qui est retourné travailler à temps partiel simplement parce qu’il aime son travail, est particulièrement heureux avec le démantèlement de l’ObamaCare.

«Ma femme, qui est beaucoup trop jeune pour prendre sa retraite, a vu ses primes de soins de santé faire un bond de 40 pour cent avec l’ObamaCare», dit-il. «Tout le monde a oublié que l’été dernier, on annonçait que les primes allaient être encore plus élevées et que les prestataires de soins de santé sortaient des États à un rythme si alarmant que le marché des soins de santé était sur le point de s’effondrer».

Brick est l’un de ces électeurs que les démocrates vont avoir beaucoup de difficultés à récupérer. Il est de ces électeurs qui étaient réticents à s’exprimer librement lors des sondages destinés à savoir pour qui ils avaient l’intention de voter, en raison de la dérision à laquelle ils étaient confrontés de la part des militants progressistes et des experts.

En plus des attitudes culturelles, Brick représente également la problématique géographique. Il est dans l’une des circonscriptions démocrates de Pennsylvanie– Westmoreland– qui a voté massivement pour Trump.

En 2012, Mitt Romney a remporté Westmoreland par 40 000 voix, mais Trump a augmenté ces appuis de façon significative, en battant Hillary Clinton de 57 000 votes.

Si vous considérez les élections de mi-mandat en 2018 en espérant que Trump sera un poids mort pour les Républicains en lice pour des sièges au Congrès, il est plus important que vous sachiez comment les gens voient le Président dans le nord-Est de l’Ohio ou à Scranton, en Pennsylvanie, qu’à Boston, à Baltimore ou à Philadelphie.

Pourquoi ? Parce que dans la vallée Mahoning de l’Ohio, il y a eu un changement de 21 points de soutien de Barack Obama vers Trump dans le 13e district du Congrès tenu par le représentant démocrate Tim Ryan. Ryan n’a pas été défait mais un siège démocratique autrefois solide sera désormais vulnérable lors des élections de mi-mandat en 2018.

Egalement, dans le 17e district de Pennsylvanie où siège Scranton, Trump a transformé le déficit de 12 points de Mitt Romney en 2012 en une victoire de 10 points sur Hillary Clinton.

Il s’agit d’un net changement de 22 points perdu par les démocrates. Alors que le représentant démocrate Matt Cartwright a réussi péniblement à conserver son siège dans ce district, sa victoire paraît bien faible quand on sait que son adversaire républicain n’était pas financé et complètement inconnu.

Et les sièges à Baltimore, Boston et Philadelphie, où Trump a atteint le fond du baril selon les sondages ? Eh bien, Trump était sûr qu’il n’allait pas réussir dans ces zones très progressistes. Mais les démocrates ne vont pas gagner des appuis en conservant des sièges qu’ils ont déjà.

Autrement dit, il est trompeur de se concentrer sur les gros chiffres des sondages au niveau national qui ne captent pas le sentiment anti-establishment des électeurs là où ça compte– dans l’Amérique ouvrière– dont une grande partie a historiquement formé la base des appuis aux démocrates.

C’est une base aigrie vis-à-vis de son propre parti qui n’a pas su tenir compte de ses préoccupations pendant presque toute une génération, en dépit du fait qu’elle a voté pour le parti maintes et maintes fois. À présent, elle est en rupture avec les démocrates et elle est passée dans le camp de Trump derrière lequel elle met tout son poids.

En dépit des difficultés que connaît Trump à Washington– certaines auto-infligées– ces électeurs ne l’ont toujours pas abandonné.

Compte tenu de tous ses problèmes des 60 derniers jours, les experts vont hocher la tête en entendant cet argument.

Tout ce qu’ils voient, c’est le soi-disant effondrement de Trump.

Mais ils devraient aller se balader dans leurs propres régions et écouter ce que disent les autres catégories d’électeurs. Jusqu’à présent, leur soutien à Trump n’a pas varié depuis le jour des élections– et cela pourrait être de mauvais augure pour les démocrates l’an prochain.

Traduction par MAGALI MARC

Source: http://www.dreuz.info/2017/03/26/chut-ne-le-repetez-pas-aux-journalistes-trump-est-plus-populaire-que-ne-le-pretendent-les-experts/

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