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L’azuré du serpolet, c’est le nom très poétique mais officiel de ce petit papillon bleu très rare du Sud de l’Europe, qui a disparu de Belgique mais se trouve encore dans l’Ouest de l’Angleterre. Hélas, les animaux rares sont très recherchés par les collectionneurs; qu’il s’agisse des oeufs d’oiseaux en voie de disparition, ou ici d’un papillon quasi-disparu. Un azuré bien étalé « à la victorienne » vaut 300 EUR…

Phillip Cullen est condamné à 2 ans de prison avec sursis et 250 heures de travaux d’intérêt général pour avoir tué des papillons protégés pour sa collection

L’Angleterre vient de juger et condamner à 6 mois de prison avec sursis de 2 ans, un collectionneur, Phillip Cullen, qui avait tué au moins deux spécimens de ce papillon. L’entomologiste amateur devra faire 250 heures de travaux d’intérêt général, on l’espère dans des réserves naturelles.

L’azuré du serpolet a un cycle biologique extraordinaire: ses chenilles sécrètent une substance sucrée qu’adorent les fourmis; elles emmènent la chenille dans la fourmilière où elle est nourrie et où la chrysalide est protégée jusqu’à l’éclosion du papillon.

Cela repose la question de la disparition rapide de la vie naturelle en Europe: le remembrement agricole, l’extension tentaculaire des villes, les réseaux routiers de plus en plus larges, l’utilisation de pesticides destructeurs d’insectes qui eux-mêmes alimentent les oiseaux et d’autres animaux dans le cycle de la vie, etc…

Le cycle de la vie naturelle est menacé. On a essayé de le compenser en vendant par exemple pour la pollinisation, des bourdons qui meurent ensuite. On a voulu tuer les pucerons en répandant leurs ennemis les coccinelles, avant de s’apercevoir que les coccinelles chinoises qu’on avait lâchées, devenaient dominantes et faisaient régresser rapidement les espèces européennes.

Les papillons – tous les papillons – sont en voie de disparition rapide. Même les populations de piérides (les « blancs »), de citrons (les « jaunes »), de paons du jour ou de vulcains (famille des vanessa) ont diminué de 69% dans les zones urbanisées et de 50% dans les campagnes en quelques petites années.

La cause n’en est évidemment pas l’hypothétique réchauffement climatique, mais bien l’activité humaine et le manque de respect pour la nature. L’urbanisation galopante, même de l’Ardenne, l’installation de centrales éoliennes dans les dernières zones naturelles, nous donnera bientôt une nature appauvrie, sans diversité. Dommage.

La décision du tribunal britannique va dans la bonne direction. Phillip Cullen n’est pas condamné pour une éventuelle cruauté, mais bien pour la destruction d’une espèce protégée. La sévérité paie.

L.R.

 

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