Print Friendly, PDF & Email

Le 3 mai dernier, 10 propositions concrètes ont été faites et publiées dans La Libre. Le but est de créer un “Islam de Belgique”. Ces propositions sont formulées par 4 auteurs: Ismaël Saidi, Tewfik Sahih, Zehra Günaydin et Michaël Privot. Est-ce une piste intéressante ou une voie sans issue?

Trois des 4 auteurs des 10 propositions pour un Islam de Belgique (photo La Libre)
Trois des 4 auteurs des 10 propositions pour un Islam de Belgique (photo La Libre)

Depuis les attentats de Paris, on n’a cessé d’entendre les politiques expliquer le même principe fondamental : « Il ne faut pas confondre islam et terrorisme ». Bien sûr, ils soutiennent en parallèle qu’il est capital de créer un “Islam européen”. En réponse à leur questionnement, voici que sont publiées dans La Libre: les “10 solutions radicales pour faire émerger l’Islam de Belgique”. A la première lecture, parmi celles-ci, plusieurs propositions pourraient être bénéfiques. Citons :

  • l’obligation pour chaque commune de cartographier les différentes mosquées présentes sur leur territoire et de pouvoir ainsi mieux les répartir si besoin est ;
  • l’obligation pour les imams de prêcher dans la langue de la région dans laquelle ils se trouvent ;
  • l’obligation pour les imams de posséder un grade académique en rapport avec leur fonction ;
  • l’instauration de la parité hommes-femmes dans les conseils d’administrations des mosquées.

D’autres, par contre, paraissent sujets à débat. Les quatre auteurs proposent que l’Etat reconnaisse et finance toutes les mosquées de Belgique. Effectivement, il n’y a actuellement que 82 mosquées sur 300 qui sont officiellement reconnues[1]. Cette mesure pourrait ainsi permettre à l’Etat d’avoir un contrôle sur les prêches de tous les imams et éviter les discours prônant le djihadisme. Le but est louable si l’on met de côté le coût exorbitant que demanderait une telle proposition. L’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) est l’un des rares organes représentatifs d’un culte qui bénéficie de larges subventions. Depuis 2006, les provinces et la région Bruxelles-Capitale ont déjà déboursé plus de 3 millions d’euros pour le fonctionnement de l’EMB[2].

tab1

De plus, le Service Public Fédéral Justice (SPF Justice) finance les traitements des imams et ministres du culte.

tab2

Toutes ces dépenses pour seulement l’EMB et 82 mosquées. Plus récemment, en 2014, l’Exécutif a bénéficié de 339 000€ de subventions supplémentaires[3].

Rajoutons à cela le financement de programmes d’échanges internationaux et la création d’un fond pour la production de traductions de traités en sciences islamiques (autres mesures phares que proposent les auteurs) et les coûts deviendront encore plus lourds..

La vraie question est : est-il vraiment primordial de payer les lieux de culte pour que l’Etat ait un droit de regard sur les prêches des imams et ainsi éviter les discours extrémistes ? Si l’ on mettait en place une simple loi condamnant l’apologie du terrorisme en Belgique, ces subventions n’auraient plus raison d’être et toutes ces dépenses seraient superflues.

Il est aussi important de se demander qui sont les quatre auteurs de ces propositions.

Michaël Privot détient un doctorat en langues et lettres avec spécialisation en langue arabe et histoire comparée des religions. Il est membre du conseil d’administration du centre Islamique de Verviers et directeur de l’European Network Against Racism (ENAR). Cependant, il a aussi intégré les Frères Musulmans durant sa carrière mais dit s’en être détaché aujourd’hui.

Tewfik Sahih est un enseignant qui a été 16ème sur la liste du CDH aux communales de 2012 où il a obtenu le 6ème meilleur résultat avec 510 voix[4]. N’ayant pas été nommé échevin, il a publié une violente attaque contre le CDH pour déni de démocratie. Il dit être également fondateur du think tank « Pensée d’islam en Belgique » dont on ne trouve trace nulle part, ni sur le web, ni sur son profil professionnel.

Ismaël Saidi est gradué en relations publiques et est licencié en Sciences sociales. Il est également réalisateur et scénariste et s’est fait connaître grâce à sa pièce Jihad. Il n’a aucune compétence académique sur l’Islam.

Zehra Günaydin est médecin. Elle a fait partie du conseil d’administration de l’EMB mais s’en est fait exclure en 2012. Elle est depuis membre de l’Alternative Démocratique des Musulmans de Belgique qui s’oppose fortement à l’EMB. Est-elle honnête dans ses “10 solutions” ou a-t-elle encore un compte à régler avec l’Exécutif des Musulmans pour l’avoir remerciée?

En conclusion, il est fondamental de créer un islam adapté aux valeurs européennes afin de mieux repérer et condamner les diverses formes de radicalisme. Mais il ne faut pas que cela se fasse en gaspillant l’argent du contribuable dans des mesures infructueuses et inadéquates. Certaines de ces propositions peuvent être bénéfiques mais seulement si on les applique avec intelligence et habileté. Alors, peut-être, pourrons-nous voir émerger un islam de Belgique.

Raphaël Van Nieuwenhuysen

[1] rtbf.be, « le financement des imams et des mosquées en 3 questions », article de Radia Sadani

[2] Chiffres et tableaux : centre-craig.org, “Le financement public de l’Islam en Belgique”, Jean-François Husson.

[3] etaamb.be, Arrêté Royal du 13 juin 2014, publié le 11 juillet 2014.

[4] bru2012.irisnet.be, résultats élections communales Schaerbeek.

 

Commentaires