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La campagne a présenté des similitudes avec ce qu’on observe ici en Europe.

Le Premier ministre indien Narendra Modi (નરેન્દ્ર મોદી) est poursuivi d’une haine tenace par la presse occidentale, mais très apprécié de son peuple : lors des élections régionales organisées dans l’État d’Uttar Pradesh — le plus peuplé de la Fédération, avec plus de 200 millions d’habitants —, les électeurs indiens ont donné à son parti 77 % des sièges à pourvoir, un véritable plébiscite annonciateur de succès pour les élections générales de 2019.

L’événement mérite d’être signalé pas seulement par son amplitude et le fait qu’il s’agit de la consolidation d’un parti résolument national, mais aussi parce que la campagne a présenté des similitudes avec ce qu’on observe en France et ailleurs en Europe. Qu’on en juge.

Pour résister à la vague Narendra Modi, les partis indiens n’ont pas hésité à former de grandes alliances, sans hésiter à jeter par-dessus bord toute cohérence politique. En Uttar Pradesh, cette stratégie électorale a pris la forme d’un accord entre le parti local au pouvoir et le Parti du Congrès.

Dès l’annonce de l’accord, les médias et les observateurs en vogue à Delhi se sont employés à vanter l’efficacité de cette alliance et la jeunesse des chefs de ces deux formations, Akhilesh Yadav (अखिलेश यादव) et Rahul Gandhi, qui allaient attirer irrésistiblement les jeunes électeurs. 

Ils étaient renforcés dans ces convictions par les organismes de sondage qui, additionnant subtilement les clientèles des deux partis, les votes musulmans et ceux des basses castes, annonçaient la défaite de Narendra Modi.

Autre argument de poids : le changement des billets de banque décidé en novembre pour lutter contre l’argent noir avait entraîné un grand désordre dans l’ensemble des échanges quotidiens, et les paysans pauvres étaient censés se venger de tous ces tracas en sanctionnant le parti au pouvoir au centre. Une analyse brillante de la BBC, publiée la veille des résultats, faisait la synthèse de toutes ces fines observations et prévoyait une déroute du parti national, décrit régulièrement comme néo-fasciste.

Espérons que les similitudes ne s’arrêteront pas là. En Inde, le verdict électoral a démenti les pronostics : le peuple ne s’est pas laissé séduire par la jeunesse des chefs de file, ni par les rapprochements entre politiciens professionnels. Ils ont su gré à Narendra Modi de tenter de s’attaquer à la corruption qui gangrène le pays et ils ont oublié, un temps, leurs divisions historiques pour exprimer leur confiance dans un leader plaçant l’intérêt national au-dessus des intérêts des communautés.

Bien sûr, après la victoire sans précédent du perdant annoncé, les instituts de sondage nous expliquent, toujours aussi savamment et diagrammes à l’appui, pourquoi ils se sont complètement fourré le doigt dans l’œil : ce n’était pas par volonté d’influencer les électeurs, non, pas du tout. C’est parce que les modèles utilisés, construits à partir des comportements électoraux passés, se sont révélés inadéquats, inadaptés aux bouleversements politiques en cours…

Source: http://www.bvoltaire.fr/didierloiseau/victoire-parti-nationaliste-indien-ca-interesse,318815

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